Trois questions à Philippe Huysmans sur la censure des GAFAM

Une vidéo d’Investig’Action censurée par YouTube. Nouveau tir de barrage pour ménager la propagande de l’Otan? Depuis plusieurs années, les GAFAM resserrent l’étau sur les médias alternatifs. Philippe Huysmans nous explique comment ça fonctionne.

Comment les équipes de YouTube décident-elles de censurer une vidéo?

Rien de magique, je pense. On sait depuis la fameuse fuite d’infos de chez Google vers Projet Veritas qu’ils utilisent notamment de banales listes de mots-clés, que ce soit écrit ou dans la bande son de la vidéo elle-même vu que Google est pratiquement le seul à disposer d’outils d’IA capables de reconvertir le son en texte. Je crois que ces mots-clés ont deux impacts : 1. Provoquer un affaissement des coefficients de propagation -ce que tu appellerais « viralité »-, c’est la stratégie de l’édredon; 2. Faire sonner une petite clochette chez les équipes de censeurs, bien humains ceux-là.

Seront surveillés plus attentivement les comptes ayant déjà été « marqués » complotouilleux. Ces mêmes comptes se verront d’office appliquer un édredon double épaisseur… Cela causera aussi un effet de shadow-ban, les vidéos ressortiront nettement moins ou seront invisibles lors d’une recherche, soit sur YT soit sur Google.

Sur quels critères se base cette censure? Est-elle politiquement neutre?

Lors de l’affaire Vorhies, il avait été parfaitement mis au clair que Google favorisait le candidat démocrate tout en rendant pratiquement invisible Trump. Ces gens se croient investis d’une mission qui serait d’installer le Kandubien et de réduire tous les autres au silence.  Est-ce que Twitter n’avait pas été jusqu’à fermer le compte de Trump?

Or il est clair qu’InvestigAction est très critique, s’agissant ici par exemple du conflit dans le Donbass, et de la propagande de guerre ahurissante qui l’accompagne dans nos médias.  Vous et moi sommes donc dans le camp du mal.

Une censure est toujours subjective, puisqu’elle tend à discriminer sur des critères arbitraires rédigés par des humains qui poursuivent des buts politiques précis. Et ils peuvent pousser loin le détail, car le boulot est fait par des machines.

Quelles sont les évolutions récentes et comment y faire face?

L’évolution va toujours vers le durcissement, vers moins de liberté d’expression, parce que le fascisme qui s’installe ne peut plus supporter aucune contradiction.

Le jeu est truqué, et quand on arrive à ce point-là, la question n’est pas de savoir comment on va pouvoir continuer à survivre aux trois coups suivants, mais plutôt de retourner la table et s’orienter vers une autre activité.

Alors oui, on peut tricher ici et là, ne publier sur YT que des résumés d’une vidéo en mettant des liens en description vers des vidéos qui seraient publiées entièrement sur Rumble ou Odysee. Mais quand tu regardes ça d’un point de vue objectif, ça reste le système D qui postule d’un compromis avec un système facho. 

 

Source: Investig’Action

Photo: Jules Xénard (CC)