Toutes les élections présidentielles nord-américaines depuis la guerre d’Irak ont présenté des candidats qui l’ont soutenue

Ils viennent de partis différents, ont des profils différents, défendent certaines idées différentes et débattent sur les plateaux de télévision lors des campagnes électorales. Mais ils se rejoignent tous sur un point, et c’est le pire! (IGA)


Le gouvernement le plus puissant au monde n’a pas organisé une seule élection présidentielle sans qu’un candidat de premier plan ne soutienne l’un des actes les plus malfaisants jamais commis par un gouvernement.

Les États-Unis ont fait beaucoup, beaucoup de choses ignobles tout au long de leur histoire, mais l’invasion de l’Irak en 2003 figure certainement parmi les dix premières. Cette invasion a tué plus d’un million d’êtres humains, déstabilisé une région entière, conduit à la montée d’ISIS et d’Al-Nusra et facilité l’émergence d’un nouvel interventionnisme au Moyen-Orient, tout cela sans aucun bénéfice pour le peuple américain. C’est tout à fait impardonnable.

Et cela sans que le gouvernement n’en subisse les conséquences. Aucun changement réel, quel qu’il soit, n’a été apporté aux institutions militaires, gouvernementales, politiques ou médiatiques américaines pour garantir qu’une telle atrocité ne se reproduise plus jamais. Cela parce que les initiateurs de la politique étrangère américaine avaient bien l’intention de recommencer. Il n’y a même pas eu de véritables conséquences politiques, preuve en est que les politiciens qui ont soutenu l’intervention en Irak ont obtenu depuis lors le statut de candidat démocrate et républicain à la présidence.

C’est de la folie. Le fait que chaque lutte électorale pour le poste de commandant en chef de l’armée la plus puissante de l’histoire de la civilisation ait présenté au moins un candidat ayant a soutenu l’un des actes les plus malfaisants jamais commis dans l’histoire sanglante de leur nation est trop insensé pour qu’on puisse vraiment mettre des mots dessus. Cela en dit long sur l’état actuel du système politique américain.

 

L’actuel candidat démocrate à la présidence est un exemple particulièrement flagrant de ce fait : non seulement il a soutenu l’invasion de l’Irak mais il a joué un rôle de premier plan pour la faire accepter. Current Affairs explique :

En 2003, M. Biden était « un sénateur poussant à la guerre [en Irak], qui a aidé à vendre le discours de l’administration Bush au public américain », qui « a voté pour le programme de Bush et a contribué à le promouvoir ». Il était le plus important partisan de la guerre au Sénat. Biden a répété le mythe selon lequel Saddam Hussein possédait des armes de destruction massive, en disant que « ces armes doivent être délogées de chez Saddam Hussein, ou Saddam Hussein doit être délogé du pouvoir ». La guerre qui s’ensuivit fut l’une des catastrophes les plus meurtrières de l’histoire de la politique étrangère américaine — le nombre de morts irakiens s’élevait à des centaines de milliers, voire à des millions, et 4 500 soldats américains y ont trouvé la mort. Et ce ne sont là que les morts : d’innombrables autres ont été laissés mutilés ou souffrant de PTSD pour le reste de leur vie. Pour chaque personne décédée, il y a une famille qui se battra toujours afin de surmonter cette perte. Ce n’est pas une question anodine. Lorsqu’on choisit un commandant en chef, on veut quelqu’un qui ne lance pas de guerres d’agression catastrophiques.

Avant Biden, il y a eu Hillary Clinton qui, en tant que sénatrice américaine, a non seulement voté pour la guerre en Irak, mais qui l’a également ardemment défendue au Sénat et a déclaré, plus d’un an après l’invasion, qu’elle ne regrettait pas de l’avoir fait.

« Non, je ne regrette pas d’avoir donné autorité au président sur cette question, car à l’époque, c’était dans le contexte des armes de destruction massive, des graves menaces qui pesaient sur les États-Unis, et il est clair que Saddam Hussein était un vrai problème pour la communauté internationale depuis plus d’une décennie », a déclaré Clinton à Larry King en avril 2004.

Contrairement à Clinton et Biden, leur adversaire Donald Trump n’a pas pu faciliter activement l’invasion de l’Irak puisqu’il n’était pas en politique à l’époque. Mais en 2002, Howard Stern lui a demandé de but en blanc : « Êtes-vous favorable à l’invasion de l’Irak ? » et il a répondu par l’affirmative. Si Trump n’était pas en mesure d’évaluer clairement l’Irak, étant donné qu’il ne faisait pas de politique à l’époque, il n’y a aucune raison de croire qu’il aurait fait mieux que Biden et Clinton s’il avait été sénateur américain en exercice en 2002, vu les énormes pressions exercées par l’administration Bush pour aligner tout le monde sur sa position.

Avant eux, il y a eu le candidat républicain Mitt Romney en 2012, qui avait déjà déclaré dans un débat lors des primaires républicaines en 2008 que « c’était la bonne décision d’aller en Irak. Je l’ai soutenue alors et je la soutiens encore aujourd’hui ».

C’était longtemps après que tous les faits ont été connus et il était évident depuis des années, même à partir d’une analyse amorale des coûts et des bénéfices, que l’invasion de l’Irak était un désastre fondé sur des mensonges qui provoquaient plus de problèmes qu’ils n’en résolvaient.

Avant cela, il y a eu John McCain en 2008, qui, sous son misérable prétexte de psychopathe à vie, a soutenu l’invasion non seulement de l’Irak, mais aussi de tous les autres pays environnants.

Et en 2004, c’est John Kerry qui s’est présenté contre le boucher George W. Bush lui-même, juste après avoir voté en faveur de la guerre de Bush en 2002.

Plus on y pense, plus cela devient scandaleux. L’élu le plus puissant du gouvernement le plus puissant de la planète, doté de la force militaire la plus puissante que le monde ait jamais connue, ne devrait pas prendre des décisions aussi affreuses, et il est même insensé de devoir le dire.

La façon dont les gens de gauche et les anti-impérialistes sont fustigés comme des privilégiés et des mesquins chaque fois qu’ils soulignent le bilan d’un candidat sur cette question cruciale est ignoble. Il ne s’agit pas d’ergoter avec pédanterie, c’est le strict minimum requis pour un poste aussi puissant. L’argument selon lequel l’invasion de l’Irak a été soutenue par la plupart des politiciens éminents de l’époque ne défend pas ces derniers, c’est une accusation de la politique américaine dominante.

Aucun de ceux qui ont soutenu l’invasion de l’Irak ne devrait faire de politique. Ces gens ne devraient pas pouvoir trouver un emploi plus important ou plus influent que celui d’une caisse enregistreuse. Il est tout à fait légitime pour tout électeur de rejeter tous ceux qui ont soutenu l’impardonnable invasion de l’Irak, et même de rejeter l’ensemble du système politique qui leur a donné naissance.

 

Source originale: Le blog de Caitlin Johnstone

Traduit de l’anglais par D. Gilliard pour Investig’Action