Résistance et condamnation des meneurs du “Hirak” au Maroc

Ce mardi 26 juin en soirée, après 9 mois de procès, les principaux membres du mouvement de protestation Hirak au Maroc ont été condamnés à des peines allant jusqu’à 20 ans de prison ferme.

 

Les manifestations

Fin 2016 et jusqu’en juin 2017, les manifestations qui avaient été organisées à Al Hoceima et dans le Rif portaient des revendications sociales. Il s’agissait de protester contre le sous-développement dans lequel avait été plongée la région, souffrant du manque d’hôpitaux, d’écoles et d’universités.

 

Les manifestations s’étaient déroulées de manière pacifique, sans armes et sans aucune revendication séparatiste. On pouvait y voir des femmes, des enfants, des vieillards. Aucune aide n’est venue de l’étranger, aucun financement extérieur. Il s’agissait d’un soulèvement populaire.

 

La répression policière avait été brutale : intrusions de force la nuit dans les habitations et arrestations en grand nombre. Mais la mobilisation contre la pauvreté dans la région avait bénéficié d’un large soutien populaire dans tout le Maroc.

 

Les condamnations

Après un procès de 9 mois, le couperet est tombé ce mardi 26 juin dans la soirée pour les 53 accusés poursuivis dans le cadre des événements d’Al Hoceima.

Nasser Zefzafi, Nabil Ahamjik, Ouassim Boustati et Samir Ighid ont été condamnés à 20 de réclusion ferme. Mohammed Haki, Zakaria Adehchour, Mohamed Bouhenouch ont écopé chacun de 15 ans. Sanctionné d’une amende, un seul des 53 accusés n’a été condamné à aucune peine de prison. 

 

Plusieurs accusés étaient poursuivis pour «atteinte à la sécurité intérieure de l’État», «préparation d’un complot contre la sécurité intérieure», «réception de fonds, de donations et d’autres moyens matériels destinés à mener et à financer une activité de propagande en vue d’attenter à l’unité et la souveraineté du Royaume» et «participation à un attroupement armé».

Ces accusations provenaient du pouvoir en place et l’indépendance de la justice a été sérieusement mise en doute. Les avocats de la défense ont refusé de plaider par solidarité avec les prévenus, qui ont boycotté les dernières audiences afin de protester contre la “partialité de la justice”.

 

L’information et les protestations

Après le verdict, les proches des accusés ont quitté le tribunal en criant leur colère. L’Association marocaine des droits humains (AMDH) dénonce un “simulacre de justice”, tandis que quelques médias marocains ont souligné la “sévérité” des peines. Des vidéos de protestations ont aussitôt envahit internet. Partout, dans le pays, des mouvements d’indignation contre ce jugement ont eu lieu. D’autant que le problème de la pauvreté n’est toujours pas résolu. Un comité de soutien aux détenus du Hirak à Casablanca a appelé à la poursuite des sit-in à travers le pays jusqu’à la libération des “prisonniers politiques” du mouvement Hirak du Rif. Une pétition (1) a été également lancée, réclamant au parlement marocain de promulguer une loi d’amnistie générale pour les détenus du mouvement rifain. La mobilisation s’organise également à l’étranger, notamment en France et en Espagne

 

L’information, au Maroc comme ailleurs, circule à présent sur twitter, les réseaux sociaux et dans les téléphones du pays tout entier. Quelque chose s’est déverrouillé. La protestation sociale ne passe plus par l’émeute violente, comme on a pu en voir quelques unes dans les années 80 (2) mais se manifeste par des actions, marches et sit-in pacifiques. Plusieurs autres villes ont déjà connu de pareils mouvements de protestation (3). Ce sera à l’avenir un peuple informé et mieux préparé qui réclamera la justice et la démocratie, n’en déplaise à tous ceux qui souhaitent, au Maroc comme ailleurs, museler l’information libre.

 

Source: Investig’Action

Notes:

 

(1) https://secure.avaaz.org/fr/petition/lshb_lmGrby_ryD_llmTlb_blfw_lshml_l_mtqly_Hrk_lryf/?fGuvrmb&utm_source=sharetools&utm_medium=facebook&utm_campaign=petition-534481-lshb_lmGrby_ryD_llmTlb_blfw_lshml_l_mtqly_Hrk_lryf&utm_term=Guvrmb%2Bfr&fbogname=Mehdi

 

(2) En 1981 et 1984, des manifestations populaires contre la hausse des prix des denrées de base sont durement réprimées et font plusieurs centaines de morts à Casablanca, à Marrakech et dans le nord du pays.

 

(3)En 2007, des manifestations contre la hausse des prix des produits alimentaires de base ont eu lieu à Sefrou (centre). Sidi Ifni (sud), Bouarfa (est) et Taza (centre) ont connu des manifestations similaires entre 2005 et 2012.