Pourquoi le Nicaragua, Cuba et le Venezuela se sortent si bien de la lutte contre le COVID-19 ?

Dans la lutte contre le COVID-19, ce sont précisément les trois pays du continent américain durement frappés par des sanctions économiques étatsuniennes qui s’en sortent bien mieux que les autres. Une chose est sûre : la pandémie a mis à nu la crise du modèle néolibéral et capitaliste. 

 

Le véritable nombre de morts du covid.

Le continent américain, tout comme l’Europe, est durement frappé par la crise du coronavirus. Le nombre de morts du covid par habitant y est 6 fois plus élevé que dans le reste du monde. Néanmoins trois pays s’en sont très bien sortis : le Nicaragua, Cuba et le Venezuela, qui se démarquent clairement du reste.

Pour ce qui est du nombre de morts du COVID-19, nous ne nous basons pas sur les chiffres présentés par les autorités nationales, car il sont souvent sous-évalués par rapport au nombre réel. Par contre nous utilisons une étude de grande ampleur réalisée par l’Institut de statistiques et d’évaluation de santé publique (IMHE) de l’université de Washington.

L’IHME calcule le nombre total de décès du Covid-19 en comparant le nombre attendu de décès, toutes causes confondues, sur la base des tendances avant la pandémie, avec le nombre réel de décès, toutes causes confondues, pendant la pandémie. Cette surmortalité est corrigée en éliminant les décès qui peuvent être attribués indirectement à la pandémie (report d’opérations urgentes par manque de lits dans les unités de soins intensifs) ou les décès qui sont évités grâce à la pandémie (par exemple, moins de décès dans la circulation routière en raison d’une mobilité réduite). On obtient ainsi le nombre de décès directement causés par le SARS-CoV-2, autrement dit, les décès dus à le Covid-19. Pour le continent américain, les différences entre pays sont considérables. Le graphique laisse peu de place à l’imagination.

Il y a au moins trois raisons au score remarquable du Nicaragua, de Cuba et du Venezuela : une action rapide et déterminée, des soins de santé bien organisés et la mobilisation de la population.

 

Intervenir rapidement et fermement

Dans de nombreux pays les gouvernements ont pris des mesures très laxistes ou tardives. Tant Trump que Bolsonaro ont rejeté le COVID-19 comme une grippe inoffensive, voire un canular. Les deux présidents se sont même opposés à des mesures de sécurité telles que le port du masque naso-buccal. Au Chili, l’assouplissement des restrictions a été beaucoup trop précipité ces derniers mois, et le pays est maintenant frappé par une quatrième vague. Le motif de ce laxisme est de garantir les privilèges de l’élite économique. Afin de sécuriser leurs profits, les mesures de sécurité telles que le confinement, la distanciation sociale et le port obligatoire de masques sont mises en œuvre de manière aussi minimale que possible. C’est le cas du Guatemala, par exemple, mais aussi du Brésil et des États-Unis.

Le tableau est très différent au Nicaragua. Là-bas, le soin à la population est central, et non la recherche du profit de l’élite économique. Dès fin janvier, alors que la plupart des pays occidentaux écartaient encore la probabilité d’une pandémie, le Nicaragua préparait les services de près de 20 hôpitaux à recevoir les patients du COVID. Le gouvernement a fait opérer des contrôles sanitaires aux frontières terrestres, avec quarantaines obligatoires, et il a lancé un programme de lutte contre la désinformation diffusée par les réseaux sociaux.

Et à Cuba, neuf jours après la découverte des trois premiers cas, le pays se confinait déjà. Pareil pour le Venezuela.

 

Des soins de santé bien organisés

Quarante ans de régime néolibéral se sont révélés désastreux pour les soins de santé dans la plupart des pays d’Amérique, y compris les États-Unis. Pour une grande partie de la population, les soins médicaux sont inabordables. En outre, la qualité des soins médicaux s’est considérablement détériorée. Ce système de soins de santé inadéquat et inaccessible explique en grande partie le nombre élevé de décès du covid sur le continent.

Cela contraste fortement avec la situation à Cuba, au Venezuela et au Nicaragua. Ces pays ont beaucoup investi dans les soins de santé et les soins médicaux y sont gratuits ou très bon marché. Dans ces trois pays, la prévention est un élément essentiel dans le système de santé. En période de pandémie, ceci revêt une importance cruciale.

 

Mobilisation de la population

Une pandémie est un monstre à plusieurs têtes et pour le vaincre, il faut le soutien de la population. Les quarantaines et autres mesures de sécurité ne fonctionnent que si la population est prête à les suivre.

Cuba dispose d’un solide réseau social, bien huilé par les plans d’urgence en cas d’ouragan, et qui rassemble toutes les forces vives de la communauté : cabinets médicaux, écoles, lieux de travail, comités de quartier, organisations de masse. Ce réseau a été mobilisé pendant la crise du Coronavirus.

Au Venezuela comme au Nicaragua, des milliers de brigades ont été déployées pour lutter contre la pandémie de manière locale et décentralisée. De cette façon, toute la population a pu être atteinte.

Dès le début de la crise du coronavirus, des campagnes de sensibilisation ont été lancées dans ces trois pays via les réseaux sociaux et les médias traditionnels, pour informer la population et la mettre en garde contre les fake news liées au COVID-19.

 

La faillite du modèle néolibéral et capitaliste

Cuba, le Venezuela et le Nicaragua ont opté pour un modèle socialiste et sont dès lors soumis à de lourdes sanctions économiques de la part des États-Unis. Malgré cela, ils ont obtenu de bien meilleurs résultats que le reste du continent.

La pandémie a dévoilé la crise du modèle néolibéral et capitaliste. Ce modèle donne la priorité aux profits et non aux personnes. Quarante ans (“les 40 Honteuses”) de politiques d’austérité ont érodé les soins de santé et par ailleurs le modèle est incapable de mobiliser la population en cas de besoin.

Il est urgent d’abandonner ce modèle. Socialismo o muerte. ¡Venceremos! 

 

 

Traduction du néerlandais : Anne Meert pour Investig’Action