L’incroyable coût des guerres post-11 septembre

Un étude récente évalue le coût des « guerres contre le terrorisme » lancées par George W. Bush et poursuivies par ses successeurs à la Maison Blanche. Selon ses auteurs, le nombre des morts directs, déjà très lourd, ne fait qu’effleurer le bilan humain de ces campagnes militaires. Le bilan financier n’est guère plus reluisant. Les Etats-Unis dépensent sans compter et s’endettent dangereusement, illustrant dans toute leur splendeur les affres de la « surexpansion impériale ». L’empire US ne serait pas le premier à crouler sous le poids de ses dépenses militaires… (IGA)


Ce sont les plus longues guerres de l’histoire des Etats-Unis, leur coût a dépassé 5,9 billions de dollars et a entraîné la perte d’au moins 480.000 vies selon une nouvelle étude publiée par l’Institut Watson pour les affaires Publiques et Internationales de la Brown University.

Les chiffres mettent en évidence le prix des opérations militaires menées un peu partout dans le monde depuis les attaques terroristes du 11 septembre 2001. L’étude fait par ailleurs une projection des niveaux que ces guerres pourraient atteindre dans un futur proche.

« Il est important que le peuple américain comprenne le vrai prix de la guerre tant sur le plan moral que monétaire » commente le sénateur Jack Reed, membre démocrate important du comité sénatorial des services armés qui a contribué à la présentation de ce rapport mercredi lors d’une réunion au Capitole. « Notre pays continue à financer des guerres et des opérations militaires par des emprunts plutôt que de demander à la population de participer directement au coût de la défense nationale. Il en résulte une pression fiscale dont on ne tient pas vraiment compte lors des débats de politique fiscale ou militaire. »

L’évaluation des pertes humaines comprend près de 7.000 membres des services U.S, près de 8.000 contractuels ainsi que plus de 100.000 militaires et policiers d’autres pays, et enfin plus de 244.000 civils et plus de 100.000 opposants militairement actifs.

Le montant de 5,9 billions de dollars inclut des dépenses du Pentagone à prévoir au cours de l’année fiscale 2019 telles que des dépenses directes ou indirectes comme la charge prévisible des anciens combattants victimes de faits de guerre en relation avec les événements post-11 septembre. Ce qui inclut aussi les dépenses U.S dans les zones de belligérance en Irak, en Syrie, en Afghanistan et autres lieux répertoriés comme « opérations contingentes d’Outre-mer. »

Sont également comprises, les dépenses d’autres agences en rapport avec ces guerres comme celles du Département d’Etat ou du Département des Affaires intérieures, des anciens combattants ou encore d’autres coûts imputables à ces guerres.

« Les allocations aux anciens combattants ou les indemnités d’invalidité ainsi que le prix des emprunts contractés pour financer ces guerres constituent une part croissante des dépenses » souligne Neta Crawford, professeur en sciences politiques, co-auteur de l’étude.

Le projet « Coût de la guerre » de l’institut Watson a été porté par 35 scientifiques, légistes, spécialistes en droits humains et médecins. Il a d’abord recensé les coûts de ces guerres post-11 septembre à partir de 2011 et continue à publier des mises à jour. Le groupe effectue son travail par l’entremise de la Brown University. Il reconnaît utiliser des travaux de recherches et des informations publiques pour améliorer la transparence et la précision des chiffres.

Selon l’étude, même si ces conflits devaient se terminer en 2023, les Etats-Unis sont sur la voie de dépenses complémentaires de 808 milliards de dollars, amenant ainsi le coût total aux alentours de 6,7 billions de dollars. Et cela n’inclut pas le montant des intérêts à prévoir sur ces dépenses.

Les budgets de guerre pour l’Irak et l’Afghanistan reposent sur des déficits de dépenses et des emprunts et non sur des nouvelles taxes ou des emprunts de guerre, ce qui accroît encore le montant des intérêts, conclut l’étude.

Ces intérêts cumulés pourraient varier en fonction de la situation économique ou d’autres facteurs impondérables qui pourraient porter leur seule facture à plusieurs milliards selon certains prévisionnistes.

« Les Etats-Unis continuent à financer les guerres par l’emprunt. Et tout se passe comme s‘ils utilisaient une carte de crédit avec laquelle on ne payerait que les intérêts tout en continuant à dépenser le capital » dit Crawford.

Suivre le coût global des guerres post-11 septembre est un vrai défi parce que différents départements participent aux dépenses.

En mars 2018, le Département de la Défense estimait avoir utilisé 1,5 billion de dollars en frais de guerre. Mais l’étude considère que cela ne représente qu’une fraction de la totalité des frais réels.

En l’absence d’un chiffre unique pour exprimer le montant global du coût de ces guerres, il est encore plus difficile d’en faire une estimation des risques, des coûts et des bénéfices, dit Crawford. Dans la mesure où les contribuables se focalisent sur le montant des dépenses militaires réelles, ils en sous-évaluent le coût effectif et ses composantes, ajoute-t-elle.

« En somme, le coût exorbitant de la guerre et des dépenses collatérales pose un problème de sécurité nationale dans la mesure où il est insoutenable » dit Crawford. « Le public serait mieux aidé par plus de transparence et par l’élaboration d’une stratégie globale pour mettre un terme aux guerres et s’attaquer à d’autres problèmes de sécurité nationale plus urgents . »

L’étude conteste aussi le nombre de soldats et marins neutralisés au cours de ces guerres. Depuis 2001, plus de 53.700 hommes des troupes U.S ont été touchés en Irak et en Afghanistan. De ces victimes, 62 % l’ont été en Irak, 38 % en Afghanistan.

Bien que la violence des combats ait diminué ces dernières années en Afghanistan comme en Irak, le nombre de victimes civiles en 2018 en Afghanistan est en passe de devenir un des plus lourds de la guerre, relève Crawford dans cette étude.

La majorité de ces morts civiles en Afghanistan, en Irak et en Syrie sont dues à des miliciens, mais certains de ces miliciens sont aux mains des Etats-Unis et de leurs partenaires de coalition, poursuitt Crawford.

Toutefois, le bilan de ces morts reste incomplet et les Nations unies tentent de poursuivre et d’identifier les auteurs de ces crimes et attentats. D’autres organisation, comme le Congressional Research Service, la presse et les médias s’y attachent aussi.

« En fait, dit Crawford, il est probable que nous ne soyons jamais en mesure de connaître le nombre total de morts imputables à ces guerres. »

Enfin, ce bilan n’inclut pas les « morts indirectes »- victimes du délabrement et de l’insécurité à long terme des zones ravagées par les guerres : mines, pollution, cultures, habitats détruits…

« Cette mise à jour ne fait qu’effleurer l’étendue des conséquences humaines de 17 années de guerre, pointe Crawford. Il reste de nombreux domaines -nombre de victimes civiles blessées ou décédées, nombre de combattants U.S et anciens combattants qui se suicident…où une plus grande transparence pourrait conduire à un bilan plus précis, à des estimations plus correctes et à de meilleures politiques. »

 

En chiffres

L’étude de la Brown University a montré que le coût humain et financier des guerres post-11 septembre continuait d’augmenter. En voici quelques données statistiques éclairantes :

– Le gouvernement U.S conduit des activités d’antiterrorisme dans 76 pays.

– Plus de 244.000 civils ont perdu la vie suite à des combats.

– Plus de 480.000 sont morts suite à la violence des combats et bien plus encore de leurs suites indirectes.

– Ces guerres ont entraîné plus de 10,1 millions de réfugiés et de personnes déplacées.

– Le coût pour les Etats-Unis des guerres post-11 septembre excède les 5.9 billions de dollars.

 

 

Source originale: Information Clearing House

Traduit de l’anglais par Oscar GROSJEAN pour Investig’Action

Source: Investig’Action