Le navire Aquarius et la dérive xénophobe européenne

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’histoire du navire Aquarius de l’ONG “SOS Méditerranée” avec 629 réfugiés africains à bord a mis en évidence toutes les difficultés de l’UE à aborder la question de l’immigration en Europe et révèle la dérive xénophobe des Etats membres de l’Union dans ses politiques de rejet. 

Aux déclarations racistes et populistes du ministre de l’Intérieur et vice-président du Conseil, Matteo Salvini, s’ajoutent une série de déclarations du président de la République française, Emmanuel Macron, ou du nouveau gouvernement espagnol du socialiste Pedro Sanchez 

Une heure après la décision du gouvernement espagnol d’accueillir des migrants dans la ville de Valence, Macron a déclaré que « si ce navire avait été plus proche d’un port français, il aurait pu facilement y accoster ». Cette déclaration est aussi hypocrite et fausse que l’attitude de la Lega, puisque le même gouvernement français avait quelques heures auparavant refusé la proposition de Jean Guy Talamoni et de Gilles Simeoni, respectivement président de l’assemblée et de l’exécutif Corse, d’accueillir le navire Aquarius “en raison des conditions météorologiques difficiles et du manque de nourriture“. 

Après un premier silence déconcertant, les déclarations de Macron apparaissent comme un simple calcul opportuniste visant à souligner la solidarité du peuple français et à s’écarter de la position intransigeante exprimée par la leader du Front national, Marine Le Pen, alliée de Salvini. 

Contradictions qui restent évidentes dans les actions du gouvernement français. D’une part, Macron proclame son soutien aux migrants, de l’autre il persévère dans le rejet  de tous les immigrés clandestins, y compris les mineurs non accompagnés, qui tentent de franchir les frontières entre l’Italie et la France. Les tristes événements hivernaux des réfugiés dans le Val di Susa ou l’expulsion récente des sans-papiers par la police de Paris dans les bidonvilles fantômes le long de la Seine en sont de tristes exemples. 

La maire de la capitale française, Anne Hidalgo, a récemment déclaré que “l’Europe doit surmonter l’impasse des réfugiés « dublinés » (jugés dans le pays d’entrée selon le règlement de Dublin, ndlr) car, lorsqu’ils arrivent en France ou en Belgique, ils vivent comme des personnes invisibles, sans aucun droit ni soutien d’aucune sorte“.  

Déclarations qui arrivent quelques jours après la tentative du Parlement européen de modifier les accords de Dublin, rejetée par les pays de Visegrad (Pologne, Hongrie, République tchèque et Slovaquie) ainsi que par le gouvernement italien lui-même. Un refus qui risque de provoquer un nouveau glissement vers droite dans les pays européens qui refusent de modifier Dublin “parce qu’ils s’opposent à l’optique de redistribution voulue par la gauche européenne” – comme l’a déclaré Melenchon, leader de France Insoumise – ”  pour bloquer le flux migratoire hors des frontières européennes dans des pays tels que la Libye ou la Turquie, sans aucune protection des droits de l’homme 

Un signe de discontinuité avec la droite européenne semble se manifester par l’intervention du nouveau gouvernement socialiste de Sanchez. Un choix qui serait surtout lié à “une disponibilité exceptionnelle et à une  visibilité médiatique internationale” comme l’a noté la presse progressiste espagnole. Dans ce cas, la disponibilité de Sanchez est plus le résultat des pressions de Podemos ou du maire de Barcelone, Ada Colau, qu’un réel changement politique de la part des autorités espagnoles. Les gouvernements précédents, de Zapatero à Rajoy, ont continué de la même façon à rejeter les milliers de migrants qui se pressent le long des clôtures de Ceuta et Melilla, villes espagnoles dans le territoire marocain, et qui, sans avoir la possibilité de demander le statut de réfugiés, sont illégalement rejetés et dispersés par les autorités de Rabat, complices de la politique répressive de Madrid.  

La seule note positive dans ce climat “d’hypocrisie, de racisme et d’ignorance” – comme l’a déclaré hier à Marseille Sophie Beau, co-fondatrice et directrice de SOS Méditerranée – “a été la réponse de nombreux maires ou autorités locales (Palermo, Napoli, Barcelone, Marseille, Paris) et les manifestations spontanées de milliers de personnes qui ne se reconnaissent pas dans les idées de Salvini, de Marine Le Pen ou de celles de l’ Europe des barrières et qui ont démontré leur solidarité avec les migrants en Italie et dans de nombreuses villes européennes ». 

 

Source originale: Contropiano

Traduit de l’italien par S. Mauro

Source: Investig’Action