Le mouvement pour la paix doit demander la dissolution de l´OTAN

Alors que de nouveaux pays veulent rejoindre l’OTAN pour se protéger de la Russie, le professeur Harry Targ revient sur la création de l’alliance militaire. Théoriquement, l’OTAN devait s’ériger en rempart contre la menace communiste. Mais elle a survécu à la chute de l’Union soviétique et n’a cessé de s’agrandir. En théorie, elle puise sa légitimité dans le combat du monde libre contre l’autoritarisme. Mais le discours ne tient pas la route quand on y regarde de plus près. Pour les causes réelles, on se réfèrera à un slogan devenu célèbre aux États-Unis : « It’s the economy, stupid ! » (IGA)


 

L’OTAN est passée de la lutte contre le socialisme à l’imposition d’un empire mondial

Cela ressemble beaucoup à un retour au passé. Fondée en 1949 pour se défendre contre la « menace soviétique », l’Alliance atlantique (OTAN) est confrontée à un retour à la guerre conventionnelle, à une énorme augmentation des dépenses de défense et potentiellement à un nouveau Rideau de Fer dressé à travers l’Europe. Après avoir lutté pour se trouver un nouveau rôle après la fin de la Guerre froide, contrer le terrorisme après les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis en 2001 et avoir été contrainte à un retrait humiliant d’Afghanistan en 2021, l’OTAN empiète sur le terrain de l´ennemi de ses origines (1).

Plans américains pour l’établissement de l’hégémonie mondiale : 1945-47

Pendant la Seconde Guerre mondiale, une « alliance contre nature » s´est créée entre les États-Unis, la Grande-Bretagne et l’Union soviétique. Ce qui réunissait alors la superpuissance impériale émergente, la puissance capitaliste en déclin et le premier État socialiste, c’était la volonté commune de vaincre le fascisme en Europe. Sur le plan rhétorique, cette collaboration a atteint son point culminant avec les accords conclus à la conférence de Yalta, en février 1945, trois mois avant la défaite des armées allemandes.

À Yalta, les grandes puissances ont pris des décisions pour faciliter la démocratisation des anciens régimes nazis en Europe de l’Est. Ils ont également décidé la division « temporaire » de l’Allemagne à des fins d’occupation, et ont planifié l’engagement à venir des Soviétiques dans la guerre en cours contre le Japon. De retour dans leurs pays respectifs, les dirigeants des trois États ont célébré « l’esprit de Yalta » qui préfigurerait un ordre mondial d’après-guerre dans lequel ils travailleraient de concert, à travers le nouveau système des Nations Unies, à résoudre les conflits dans le monde.

Mais plusieurs éléments sont survenus en l’espace de deux ans : il y a eu des conflits comme la guerre entre l’Iran et l’Union soviétique ou la guerre civile grecque, le président US Franklin Roosevelt a été remplacé durant la guerre par Harry Truman, et le mouvement ouvrier lançait des défis croissants à l´establishment entrepreneurial des États-Unis. Si bien que Truman déclara en mars 1947 que les États-Unis et leurs alliés allaient devoir livrer une lutte de longue haleine contre les forces du « communisme international ». La vision de la coopération d’après-guerre a été reformulée, cédant la place à une lutte du « monde libre » contre la « tyrannie ». En fait il s’agissait de l´affrontement entre deux types d´ordre politico/économique, l’un socialiste, l’autre capitaliste.

Les fondements économiques d’un nouvel ordre mondial

Outre la croisade idéologique de Truman, son administration a lancé un programme économique pour reconstruire certaines parties de l’Europe – en particulier ce qui allait devenir l’Allemagne de l’Ouest – pour en faire des bastions capitalistes contre la popularité croissante des partis communistes dans toute la région. Parallèlement à cet important programme destiné à reconstruire le capitalisme en Europe et à le lier aux États-Unis par le commerce, l’investissement, la finance et l’endettement, les États-Unis et leurs nouveaux alliés construisirent une alliance militaire prête à combattre le communisme international dans le cadre de la Guerre froide.

Pour les auteurs de « The Limits of Power, 1972 » (Les Limites du Pouvoir) Joyce et Gabriel Kolko ainsi que pour d’autres révisionnistes, l’expansion du socialisme constituait une menace globale pour l’accumulation du capital. Avec la fin de la Seconde Guerre mondiale, on craignait que la baisse de la demande de produits américains du temps de guerre n’entraîne une stagnation économique et un retour à la dépression des années 1930.

Le Plan Marshall, salué comme un programme humanitaire pour la reconstruction de l´Europe dévastée par la guerre, était fondamentalement un programme destiné á augmenter la demande et à procurer des marchés sûrs aux productions américaines. Le spectre d´une menace communiste internationale ainsi que les dépenses militaires, créatrices d´un autre type de demande, aideraient également à fidéliser les clients, y compris le gouvernement des États-Unis lui-même. L´idée d´empire sur laquelle William Appleman Williams insistait tant (« The Tragedy of American Diplomacy, 1959 » – La Tragédie de la Diplomatie Américaine – était sous-tendue par la matérialité des dynamiques capitalistes.

Le Plan Marshal a inspiré l´intégration européenne entreprise par les États qui étaient les principaux destinataires des fonds. La Communauté Européenne du Charbon et de l´Acier, première organisation économique importante, est entrée en fonctions en 1952. Elle comprenait la France, l’Allemagne de l’Ouest, l’Italie, la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg. Cette communauté (CECA) a stimulé la production et la commercialisation de ressources de base, telles que le charbon, l’acier et le fer. En 1957, la CECA a élargi ses compétences avec la création de la Communauté Économique Européenne (CEE) et celle de la Communauté Européenne de l’Énergie Atomique (Euratom).

D’autres institutions européennes superposées ont été créées au cours des années 1950 et au-delà, impliquant les six pays d’origine et de nouveaux états. En mai 1960, sept nations européennes, non membres de la CEE, ont formé l’Association Européenne de Libre-Echange pour favoriser leur intégration commerciale et économique. (En 1973 trois pays, dont la Grande-Bretagne, ont rejoint la CEE).

Enfin en 1992, après l’effondrement de l’Union soviétique, le traité de Maastricht a fondé l’Union européenne (UE) qui comptait, en 2019, 27 pays membres (dont neuf de l’ancien bloc soviétique) avec un PIB de 16.4 billions d’euros (la monnaie de l’UE), et représentant 15 % du commerce mondial. En outre, les nations européennes sont intégrées dans un réseau d’organisations régionales et internationales qui traitent du commerce, des finances, de l’endettement, de la sécurité et des droits de l’homme.

La théorie de l’intégration est ka thèse académique dominante à la base de ces efforts dans les années 1960 et au-delà. Elle postulait que plus les interactions transnationales des pays européens seraient importantes, moins grande serait la probabilité de guerre entre eux. Des études ont été menées pour découvrir comment et pourquoi l’intégration semblait fonctionner en Europe, alors que les résultats étaient moins bons dans des régions perturbées comme le continent africain.

Mais d’un autre point de vue, l’intégration régionale inspirée par l’économie politique US et connectée à celle-ci peut être considérée comme une réalisation presque complète de la vision de l’hégémonie américaine et capitaliste initiée lors des premières années cruciales de l’après-Seconde Guerre mondiale. Le programme politique des États-Unis et de la majeure partie de l’Europe pour le XXIe siècle a été d’établir un modèle économique capitaliste à échelle globale.

Idéologiquement, on présuppose que ce modèle est historiquement exceptionnel et doit donc résister aux menaces qui pèsent sur sa survie et sa croissance. La soi-disant « menace communiste » des années 1940 a fait place à la menace « autoritaire » du siècle actuel. Et dans la mesure où l’extension de l´hégémonie capitaliste n’est pas réalisable par consentement, elle devra être imposée par la force.

Bien que l’histoire du monde soit plus compliquée que ne le suggère ce discours, celui-ci est suffisamment plausible pour susciter des craintes, en particulier lorsque son instrument militaire – l’OTAN – s’est étendu vers l’est. De ce point de vue, l’OTAN elle-même n’est peut-être pas la seule menace pour les pays d’Europe et d’Asie. Mais son utilisation dans le cadre de l’expansion mondiale des institutions économiques et politiques, associée à l’expression idéologique de l’exceptionnalisme américain, est susceptible d´engendrer peur et agression.

L’OTAN en tant que bras militaire d’un mouvement vers une économie politique mondiale hégémonique

Les représentants des pays d’Europe occidentale se sont réunis à Bruxelles en 1948 pour établir un programme commun de défense et un an plus tard, l´Organisation du Traité de l´Atlantique Nord (OTAN) s´est formée avec l´incorporation des États-Unis et du Canada. La charte fondatrice de l’OTAN, largement inspirée d’une alliance antérieure de l’hémisphère occidental connue sous le nom de Pacte de Rio (1947), proclamait qu’ « une attaque armée contre un ou plusieurs membres … serait considérée comme une attaque contre tous » et entrainerait une réponse appropriée.

La Charte appelait à la coopération et à la préparation militaire entre les 12 signataires. Après l´explosion de la première bombe atomique soviétique et le début de la Guerre de Corée, l’OTAN a poursuivi son développement avec la création d’une structure de commandement militaire commune et la nomination du général Eisenhower comme premier « commandant suprême allié ».

Après la fondation de l’OTAN et son institution comme bras militaire de l’Occident, l’administration Truman a adopté en 1950 les recommandations politiques du Conseil National de Sécurité (NSC 68) qui stipulaient qu’à l´avenir et pour un temps indéterminé, les dépenses militaires seraient la priorité numéro un de tous les gouvernements américains.

À mesure que les économies d’Europe occidentale se reconstruisaient, les programmes d’aide du plan Marshall ont été abandonnés et l’assistance militaire à l’Europe a été lancée. La Grèce et la Turquie ont rejoint l’OTAN en 1952 et l´Allemagne de l´Ouest y a été admise en 1955, alimentant les flammes de la guerre froide. (Cela a incité l’Union soviétique à construire son propre système d’alliance, le Pacte de Varsovie, avec des pays d’Europe de l’Est.)

Pendant la Guerre froide, l’OTAN s´est maintenue comme la seule structure de commandement militaire occidentale unifié contre la « menace soviétique ». Alors que les forces et les fonds qui lui étaient alloués ne représentaient qu’une partie de la présence militaire mondiale des États-Unis, l’alliance constituait une « ligne rouge » signifiant aux Soviétiques que toute attaque contre des cibles situées en Europe occidentale déclencherait la Troisième Guerre mondiale. Ainsi, l’OTAN a fourni la menace dissuasive de « représailles massives » en cas de première frappe.

Avec l’effondrement des régimes du Pacte de Varsovie entre 1989 et 1991, la démolition symbolique du Mur de Berlin en 1989 et, enfin, l’effondrement de l’Union soviétique elle-même en 1991, l’objectif déclaré de l´existence de l’OTAN était vraisemblablement dépassé. Pourtant, l’alliance s’est maintenue.

Au cours des 20 années qui ont suivi l’effondrement du Bloc soviétique, le nombre de membres de l’alliance a même doublé. Les nouveaux membres comprenaient la plupart des anciens pays du Pacte de Varsovie. Les fonctions et les activités de l’OTAN ont été redéfinies. A été incluse dans les programmes de l’OTAN la surveillance aérienne durant les crises provoquées par la Guerre du Golfe et la désintégration de l’ex-Yougoslavie.

En 1995, l’OTAN a envoyé 60.000 soldats en Bosnie et en 1999, elle a mené des campagnes brutales de bombardements en Serbie avec 38.000 raids. Des forces de l’OTAN ont pris part à la coalition militaire dirigée par les États-Unis qui a lancé la guerre contre l’Afghanistan en 2001. En 2011, une guerre aérienne massive de l’OTAN contre la Libye a joué un rôle crucial dans le renversement du régime de Kadhafi.

Un résumé officiel de l´histoire de l’OTAN décrit les changements de sa mission de la façon suivante : « En 1991 comme en 1949, l’OTAN se devait d´ être la pierre angulaire d’une architecture de sécurité paneuropéenne plus large ». Dans la période post-Guerre froide, la mission de l’OTAN combine « la puissance militaire, la diplomatie et la stabilisation post-conflit. »

Et l’historique officiel de l’OTAN conclut hardiment que l’alliance a été fondée sur la défense dans les années 1950 et la détente avec l’Union soviétique dans les années 1960.  Avec l’effondrement du communisme dans les années 1990, elle est devenue « un outil de stabilisation de l’Europe de l’Est et de l’Asie centrale grâce à l´incorporation de nouveaux partenaires et alliés ». La vision de l´OTAN pour le 21e siècle s’est encore élargie : « étendre la paix à travers la projection stratégique de la sécurité ». Cette nouvelle mission, poursuit l’histoire officielle, s´est imposée à l’OTAN en raison de l’échec des États-nations et de l’extrémisme.

L’OTAN et l’Ukraine aujourd’hui

En réexaminant ce bref historique de l’OTAN, des observateurs pourraient tirer, à propos du rôle de l’OTAN dans le monde, des conclusions bien différentes de celles de tous ceux qui célèbrent son rôle mondial. En premier lieu, la mission de l’OTAN de défendre l’Europe contre l’agression du communisme international s’est achevée avec la « chute du communisme ». Deuxièmement : l’alliance était régionale, c’est-à-dire qu´elle concernait l’Europe et l’Amérique du Nord. Troisièmement : l’OTAN portait sur la sécurité et la défense. Maintenant, il s’agit de transformation globale.

Quatrièmement, les États-Unis étant le plus grand soutien de l’OTAN en termes de troupes, de matériel et de budget (22-25 %), l’OTAN est un instrument de la politique étrangère des États-Unis. Cinquièmement, en tant que création de l’Europe et de l’Amérique du Nord, elle est devenue un instrument de défense des intérêts de ses pays membres contre ce que Vijay Prashad appelle les « nations plus sombres » d’Asie, d’Afrique et du Moyen-Orient. Sixièmement, l’OTAN est devenue l´ instrument militaire de l´impérialisme mondial au XXI -ème siècle. Et, enfin, il est de plus en plus évident que des portions de plus en plus importantes de la population mondiale ont commencé à se dresser contre l’OTAN.

C´est dans le contexte de cette histoire complexe que la Russie a lancé son invasion de l’Ukraine le 24 février 2022, après huit ans de guerre dans l’est de l’Ukraine. Au bout de quatre semaines, des milliers d’Ukrainiens avaient été tués et plus de quatre millions avaient fui leurs villes et villages. Le président de l’Ukraine, les porte-parole de certains pays de l’OTAN et certains politiciens américains ont appelé à une « zone d’exclusion aérienne » au-dessus de l’Ukraine, ce qui transformerait la guerre en une situation de quasi-guerre nucléaire. En outre, les pays de l’OTAN, et en particulier les États-Unis, ont considérablement augmenté leurs dépenses militaires. Des sanctions économiques impactantes ont été imposées à la Russie et les instabilités économiques commencent à affecter l’Europe et les États-Unis. En outre, les tâches vitales pour la lutte contre le changement climatique ont été interrompues et des dispositions législatives importantes visant à répondre aux besoins sociaux ont été éliminées de l´agenda parlementaire.

Que faire ?

Pour citer un slogan éculé, mais vrai, « la guerre n’est pas la réponse ». L’invasion russe de l’Ukraine menace la vie et les biens des Ukrainiens, la vie des soldats et des manifestants russes, fait craindre une escalade de la guerre dans toute l’Europe et augmente le danger d’une guerre nucléaire.

« Nous » devons soutenir les « négociations en coulisses » en cours comme cela s’est produit lors de la crise des missiles de Cuba, appuyer les demandes pour que la Russie mette fin á la violence et retire ses forces militaires d’Ukraine. Nous devons aussi soutenir la diplomatie des Nations Unies et les réunions au sommet entre diplomates russes, ukrainiens et européens. Par ailleurs, l´agenda des conversations devrait inclure l’interdiction à l’Ukraine de rejoindre l’OTAN, l’établissement d’une autonomie régionale pour les citoyens ukrainiens qui le souhaitent, le retrait des bases de l’OTAN dans les États d’Europe de l’Est et/ou l’abolition de l’OTAN elle-même, puisque sa première raison d´être, à savoir la défense contre l’Union soviétique, n’existe plus.

Ce « nous » pourrait être, en ce moment, un mouvement pacifiste international renaissant, s’inspirant des militants pacifistes en Russie et dans le monde. L´heure actuelle, aussi horrible soit-elle, est potentiellement un « moment d´apprentissage », le moment où la paix redevient partie intégrante de l’agenda progressiste mondial et où les gens du monde entier peuvent commencer à remettre en cause les institutions internationales existantes dont l’OTAN.

Et tandis que nous réagissons avec choc et condamnation à l’invasion russe de l’Ukraine, quelles que soient les motivations compliquées et compréhensibles, nous devons nous familiariser avec le contexte historique de la guerre très dangereuse que nous vivons actuellement.

Comme James Goldgeier l’a écrit il y a plus de 20 ans sur une page Web de la Brookings Institution : « Le doyen des experts américains de la Russie, George F. Kennan, avait qualifié l’expansion de l’OTAN en Europe centrale d’ « erreur la plus fatale de la politique américaine de toute l´époque post-Guerre froide ».   Kennan, l’architecte de la stratégie américaine d’endiguement de l´Union soviétique de l´après-Seconde Guerre mondiale croyait, comme la plupart des autres experts américains de la Russie, que l’expansion de l’OTAN nuirait irrémédiablement aux efforts des États-Unis pour transformer la Russie d’ennemi en partenaire. »[2]

 

 

Harry Targ, professeur émérite de sciences politiques, a enseigné la politique étrangère, les relations entre les États-Unis et l’Amérique latine, l’économie politique internationale et des sujets sur les études du travail au département de sciences politiques et au programme d’études sur la paix de l’université Purdue. Il a été membre de la direction des Comités de correspondance pour la démocratie et le socialisme (CCDS) pendant de nombreuses années et fait également partie du comité directeur de Wisconsin Peace Action. Le professeur Targ a été pendant trente ans membre du Northwest Central Labor Council (AFL-CIO). Il a publié des livres et des articles sur la politique étrangère, les relations internationales et l’économie politique américaine.

 

Source originale: Covert Action Magazine

Traduit de l’anglais par N. Garcia pour Investig’Action

 

Notes:

  1. Sabine Siebold et Robin Emmott, « La Russie ne peut pas s’arrêter à l’Ukraine – l’OTAN se tourne vers ses maillons les plus faibles » Reuters, Mars 21, 2022. ↑
  2. James Goldgeier, Brookings Institution, « La décision américaine d’élargir l’OTAN : comment, quand, pourquoi et ensuite ? », 1er juin 1999.