Le « guerrier » Steve Bannon arrêté alors que l’Amérique de Trump s’effrite

Steve Bannon a été arrêté pour fraude. Les pires choses qu’on pourrait pourtant lui reprocher font du stratège de Trump une personnalité qui a réussi à se maintenir au sommet de l’establishment US, comme le souligne Andre Vltchek. (IGA)


 

Cela arrive souvent de cette façon : les extrémistes de droite, ou ceux qu’on appelle ‘ultra-conservateurs’, aux États-Unis ou en Europe, tombent soudainement en disgrâce, après avoir commis les crimes les plus odieux. Parfois, il s’agit de mauvais traitements envers des enfants ou de harcèlement sexuel. Mais la plupart du temps, il s’agit de corruption à une ampleur considérable.

En théorie, du moins selon leur théorie, les choses ne doivent pas se dérouler de cette façon. Écoutez les conservateurs, et ils vous diront qu’ils sont là pour faire respecter la loi et l’ordre, ainsi que la culture traditionnelle de leurs pays.

Mais la réalité est souvent très loin de la théorie.

Steve Bannon est tombé. Il est tombé à plat ventre. Mais certainement pas aussi durement que d’autres qui commettraient des crimes de même ampleur.

Steve Bannon n’a en fait pas été arrêté pour avoir essayé de déclencher la Troisième Guerre mondiale ni pour comploter afin de renverser les gouvernements de gauche dans le monde entier. Il n’a pas été accusé de tentative de destruction de la Chine.

Il a « seulement » été arrêté pour avoir escroqué des investisseurs avec son complice Brian Kolfage.

Le 28 août, CNN rapportait :

« Kolfage a été arrêté la semaine dernière, avec M. Bannon et deux autres, et il est accusé par le Bureau du procureur des États-Unis pour le district Sud de New York davoir escroqué des investisseurs de centaines de milliers de dollars par un projet promettant de construire un mur le long de la frontière sud des États-Unis. Il devrait être mis en accusation lundi dans le cadre dune comparution par vidéoconférence.« 

En février 2020, j’ai écrit pour ce magazine [NEO} :

« Steve Bannon, ancien stratège de la Maison-Blanche et rédacteur en chef de Breitbart, a finalement été expulsé dun monastère italien, que même Newsweek a décrit avec humour comme un « camp dentraînement dextrême droite. »

Ou, comme même certains des médias dominants occidentaux l’ont défini – une école moderne de gladiateurs. Le monastère était censé offrir des « classes », que Bannon décrit comme « le genre de fondements de l’Occident judéo-chrétien. »

Cela signifie, depuis déjà un certain temps, « insulter et contrarier la Chine », ainsi que plusieurs autres pays que les extrémistes occidentaux et souvent les idéologues ouvertement racistes ont décrits comme hostiles aux intérêts hégémoniques des États-Unis et de l’Europe.

Certains de ceux qui s’opposent aux positions politiques radicales de Bannon portent de vastes accusations contre lui, mais uniquement juridiques et morales. Mais ces accusations ne font qu’encourager les États-Unis à partir en guerre avec la République populaire de Chine et à interférer dans les affaires intérieures d’autres pays, y compris ceux d’Europe. Il y a d’autres accusations peu recommandables contre l’ancien stratège de la Maison-Blanche et proche allié du président Donald Trump : abus d’enfants et corruption énorme.

La question est : comment l’individu contre lequel tant de doigts accusateurs sont pointés, pourrait-il survivre au sommet de l’establishment pendant tant d’années, endossant tant de rôles et de positions différents ?

Oui, il a été expulsé des lieux : d’abord de la Maison-Blanche, puis du « camp d’entrainement de gladiateurs », et enfin du yacht de luxe appartenant à un apostat anti-Beijing. Mais d’une certaine façon, il parvient toujours à rebondir. Jusqu’à maintenant. Espérons que ça ne dure pas encore longtemps.

Les alarmes auraient dû sonner depuis tant d’années déjà. Mais l’ont-elles été? Si oui, personne n’y a prêté beaucoup d’attention. Dès 2016, même l’extrême droite FOX News a repris un article d’ Associated Press qui accusait Bannon d’antisémitisme :

« Dans une déclaration faite devant un tribunal assermenté à la suite de leur divorce, Piccard a déclaré que son ex-mari s’était opposé à lenvoi de leurs filles jumelles à une académie d’élite de Los Angeles parce quil « ne voulait pas que les filles aillent à l’école avec des Juifs ». « Il a dit quil naimait pas les Juifs… » »

En août 2019, Mail Online a soulevé un problème alarmant en reliant M. Bannon à George Nader, accusé de trafic sexuel d’enfants:

« Un pédophile reconnu coupable sest rendu à la Maison-Blanche de Donald Trump à au moins 13 reprises en 2017 pour rencontrer le stratège en chef de l’époque, Steve Bannon, selon les registres de visiteurs divulgués. 

 George Nader, qui a été reconnu coupable davoir agressé sexuellement de jeunes garçons et qui est maintenant en prison fédérale en attendant son procès pour des accusations de trafic sexuel denfants, sest rendu pour la première fois auprès de Bannon à la Maison-Blanche en février 2017, le mois suivant linvestiture de Trump, a rapporté lExaminateur de Washington.

 Après cela, il a continué à visiter Bannon, qui avait un bureau dans laile ouest du bureau ovale, comme l’ont révélé les journaux des visiteurs divulgués. Mais il nest pas clair sil a reçu Nader dans son bureau ou ailleurs à la Maison-Blanche.

 La révélation soulève de sérieuses questions sur la façon dont un pédophile condamné pourrait être autorisé à entrer à plusieurs reprises à la Maison-Blanche. Les Services secrets sont chargés de vérifier les antécédents de tous les visiteurs.« 

 

La « révélation » soulève également la question de savoir s’il y a deux niveaux de justice, l’un pour les citoyens américains ordinaires, et l’autre pour ceux qui lévitent dans les hautes sphères du pouvoir, principalement de droite.

Steve Bannon donnait aussi apparemment de faux témoignages sous serment, liés à Wikileaks et à Julian Assange.

Et si l’on pouvait penser que Steve Bannon est « seulement » antisémite, alors qu’en est-il de sa profonde allergie envers les musulmans? Et du soutien au « Muslim Ban » de Trump et de l’exclusion des États-Unis de toutes ces « mauvaises personnes » (c’est-à-dire les non-Blancs et les non-chrétiens)? Son obsession pour le mur entre les États-Unis et le Mexique est évidemment liée au « sujet ».

 

Mais qui serait Steve Bannon sans la Chine ? Il est rempli de haine contre la Chine.

Pour ses compagnons croisés de droite, comme Peter Navarro, Marco Rubio et Mike Pompeo, la Chine est toujours là, au milieu de discours vils, traînée dans la boue et rabaissée.

Plus raide et plus rapide est le déclin de l’aigle américain, plus confiant est l’ascendant du dragon chinois, et plus criard, plus désespéré, et bizarre est la rhétorique anti-chinoise des guerriers pro-occidentaux dirigés par Steve Bannon et ses compagnons.

Le 8 juin 2020, AntiWar.com a décrit quelque chose qui serait inimaginable il y a quelques années, mais qui devient une norme, sous l’administration actuelle de la Maison-Blanche :

« Les New-Yorkais regardaient le ciel dans la nuit du 03 juin alors quune flotte davions encerclait le port de New York avec des bannières qui disaient « Félicitations à l’État fédéral de Chine.« Derrière cette étrange manœuvre se trouvaient le milliardaire chinois en exil Guo Wengui et lancien stratège en chef de la Maison-Blanche Steve Bannon. Le duo a jugé le Parti communiste chinois illégitime et a déclaré un nouvel État de Chine à partir dun bateau flottant devant la statue de la Liberté.

 Dans une retransmission en direct, Guo et Bannon ont lu les versions chinoise et anglaise de leur »Déclaration du nouvel État fédéral de Chine », un document qui expose leur plan fantastique pour éliminer le PCC et former une démocratie de style occidental en Chine. La diffusion en direct a eu lieu en Chine le 4 juin, à loccasion du 31e anniversaire des manifestations et de la répression de la place Tiananmen à Pékin. « Le Parti communiste chinois est une organisation terroriste financée par lInternationale communiste qui a par le passé renversé le gouvernement légitime chinois », déclare le document. »

Est-ce que cela serait imaginable dans l’autre sens, comme si la République populaire de Chine déclarait les États-Unis d’Amérique un État terroriste génocidaire et illégitime, parce qu’il avait exterminé la plupart de sa population indigène, enlevé des esclaves d’Afrique sur son territoire, puis massacré des dizaines des millions de personnes sur tous les continents du monde? Cela serait certainement considéré comme une déclaration de guerre. Mais de toute évidence, les États-Unis et leurs dirigeants sont vraiment «gâtés»; ils ont l’habitude de s’en tirer, littéralement, avec un meurtre. Ou avec une guerre.

Steve Bannon a déformé le récit sur essentiellement tout ce qui est lié à la Chine, du Xinjiang à la mer de Chine méridionale, ou encore sur le culte religieux extrémiste tel que le Falun Gong, les événements historiques récents, la révolution chinoise et la direction du Parti communiste chinois (PCC ). Lui et ses cohortes sont fanatiquement anticommunistes, car ils sont outrageusement racistes.

Le danger de Bannon réside dans le fait qu’il fait partie intégrante du réseau d’extrême droite, qui s’étend désormais de l’Europe à l’Inde, de l’Amérique du Nord et du Sud à l’Asie. Il est son produit, ainsi que son créateur.

Celui qui affronte la Chine est son allié: de l’Indien Modi à Donald Trump.

Ou tous ces émeutiers soutenus par l’Occident et les personnalités anti-Pékin comme Elmer Yuen Gong Yi. En fait, les émeutes de Hong Kong sont le résultat direct des activités de Steve Bannon et de ses compagnons.

S’ils ne sont pas arrêtés, il peut vraiment y avoir une guerre. Mais cela n’effraie pas Steve Bannon. Il n’a rien contre une guerre. Il voulait une guerre. Il l’allume. Comme les croisés du Moyen Âge, il se nourrit des expansions et des conflits.

Forbes a rapporté, d’une manière quelque peu sarcastique, le 20 août 2020:

«Le yacht sur lequel Steve Bannon a récemment été arrêté est le Feadship Lady May, long de 152 pieds, qui appartiendrait à Guo Wengui, un milliardaire chinois en exil qui entretient des relations daffaires avec Bannon. Et il est à vendre.  »

Tout cela est très symbolique. Et choquant.

Mais au moins, l’homme qui a fait tant de mal au monde, et qui a poussé son pays à une confrontation directe avec la nation la plus peuplée du monde, est en état d’arrestation, bien qu’il soit actuellement libéré sous caution de 5 millions de dollars.

Associated Press a rapporté le 24 août 2020:

« La juge de district Analisa Torres a déclaré que l’ancien stratège en chef du président Donald Trump pouvait comparaître devant son tribunal avec trois co-défendeurs sur un écran vidéo en raison de la menace pour la santé posée par le coronavirus.  »

Un traitement indulgent. Mais logique; de manière choquante, M. Bannon n’est pas considéré comme un délinquant par l’establishment américain. Pour beaucoup, il n’est qu’un guerrier pro-occidental, pro-chrétien, pro-droite. Comme il le déclare lui-même si fièrement.

 

Source originale: NEO

Traduit de l’anglais par Jean-Louis Scarsi pour Investig’Action

 

Andre Vltchek est un philosophe, romancier, réalisateur et journaliste d’investigation. Il a couvert des guerres et des conflits dans des douzaines de pays. Trois de ces derniers livres sont son hommage à « La Grand Révolution Socialiste d’Octobre », un roman révolutionnaire « Aurora » et le best-seller documentaire politique : « Exposer les mensonges de l’Empire ». Regardez ses autres livres ici. Regardez Rwanda Gambit, son documentaire révolutionnaire sur le Rwanda et la DRCongo. Après avoir vécu en Amérique latine, en Afrique et en Océanie, Vltchek réside actuellement en Asie de l’Est et au Moyen-Orient et continue de travailler autour du monde. Il peut être contacté via son site Web et son compte Twitter.