Le Brexit est une implosion made in Britain… même si Johnson accuse tous les autres

L’implosion politique que constitue le Brexit est l’héritage de mensonges britanniques passés et récents. C’est aussi le fruit des méfaits impériaux. De la part de Boris Johnson, faire porter le chapeau à l’Irlande et l’Union européenne n’est qu’une connerie supplémentaire de la perfide Albion.

 

Son appel à la suspension des activités parlementaires – quelques semaines seulement avant la date limite du 31 octobre fixée par l’UE – est rejeté par les partis d’opposition comme une mesure antidémocratique de plus pour forcer un Brexit sans accord.

En effet, Johnson fait défiler les juristes pour trouver le mot juste sur la manière appropriée de réaliser la sortie britannique de l’UE en évitant le terme « Hard Brexit ».

Mais ce scénario rencontre l’opposition d’une majorité de parlementaires, y compris de nombreux membres du propre parti de Johnson. Ils craignent la tornade économique que déclencherait une séparation brutale avec l’UE impliquant un retour des frontières et des contrôles douaniers.

 

Le soi-disant Royaume-Uni est déchiré par un profond désaccord sur le Brexit. Ce n’est qu’un peu moins de la moitié des électeurs qui ont contre le fait de quitter l’UE lors du referendum de 2016[1]. Une majorité d’Écossais et de Nord-Irlandais préféraient y rester. Parmi ceux qui ont soutenu le Brexit, il y a des partisans d’un Brexit dur et ceux d’un Brexit négocié – ces derniers admettent une période de transition pour quitter l’UE avec une adhésion temporaire aux régulations européennes.

 

Mais il ne faut pas oublier que cette débâcle ridicule du Brexit est un problème qui a sa source en Grande-Bretagne.

 

Qui a appelé au Brexit en premier ? C’était le parti conservateur de Johnson sous la direction de David Cameron qui prévoyait un referendum « in-out » comme composante de sa stratégie électorale. Cette manœuvre visait à calmer les conservateurs eurosceptiques et à étouffer le nouveau parti UKIP emmené par Nigel Farage qui prenait beaucoup de voix aux conservateurs avec son appel à l’indépendance et ses slogans anti-U.E.

 

Cameron n’avait manifestement pas prévu ce résultat en faveur du Brexit. Son exercice se résumait à une manœuvre politique pour mettre le parti conservateur à l’abri de ses adversaires internes et ceux de l’UKIP. Le referendum s’appuyait sur la promesse d’énormes économies potentielles si la Grande-Bretagne quittait l’UE ainsi que sur la fin des contraintes budgétaires qui en résulteraient ; ces promesses,  comme celle des milliards de livres qui seraient disponibles pour le service national de santé, s’avérèrent creuses et mensongères. Qu’elles soient tenues par Boris Johnson, Michael Grove ou d’autres brexiters durs qui sont maintenant aux commandes de ce gouvernement.

 

Ce sont là quelques désillusions de la classe politique britannique qui a plongé leur pays dans le marasme. Mais le sommet de la calomnie est atteint par Johnson. En effet, il s’entête à affirmer que l’arrangement du « backstop » pour l’Irlande serait antidémocratique pour le droit de la Grande-Bretagne à quitter l’UE. Il ose prétendre que le « backstop » limite la souveraineté britannique dans la mesure où il maintiendrait indéfiniment la Grande-Bretagne dans des liens douaniers avec l’UE.

 

Cet infâme « backstop » est une police d’assurance qui évite le retour à une frontière dure entre l’Irlande du Nord ( sous juridiction britannique ) et la République d’Irlande ( état membre de l’UE ).

Éviter une telle démarcation physique est essentiel à l’accord vieux de deux décades, le « Good Friday Agreement de 1998 » qui a mis un terme au conflit sanglant ayant frappé l’Irlande du Nord pendant presque 30 ans (1969 – 1998 ).

 

Prédécesseur de Johnson, Theresa May avait pourtant négocié un « backstop » acceptable faisant partie de l’accord de retrait global de Bruxelles après deux ans de négociations politiques serrées. Cet accord échoua à trois reprises devant le parlement britannique. Non pas à cause du « backstop », mais plus généralement à cause de nombreux autres désaccords sur l’ensemble du deal.

 

Depuis que Boris Johnson s’est emparé du 10 Downing street le 23 juillet -élu par un parti conservateur représentant moins de 1 % de la population britannique – il a modifié dramatiquement les objectifs en demandant que les arrangements particuliers sur le problème irlandais en soient retirés.

 

Johnson et son cabinet de brexiters fulminent parce que leur marge de manœuvre avec Bruxelles est limitée par les obligations du gouvernement britannique en tant que signataire du « Good Friday Agreement ». Cet accord les tient en effet responsables du maintien de la paix en Irlande du Nord.

 

Sans convaincre, le suffisant Boris s’est engagé à soutenir le « Good Friday Agreement » et à prévenir le retour d’une frontière dure en Irlande. Mais il n’a proposé aucune alternative réaliste au retour de contrôles douaniers au cas où lui et son cabinet devraient un Brexit dur le 31 octobre.

 

Si une frontière dure devait à nouveau se dresser entre l’Irlande du Nord et du Sud, il y a un risque élevé de violences nationalistes qui feraient s’effondrer le « Good Old Friday Agreement».

 

Et c’est ici que les mensonges et les crimes de la perfide Albion lui reviennent comme un boomerang à la face. Johnson et ses nostalgiques impérialistes ont un problème avec l’Irlande : la violation historique de sa souveraineté et de ses droits démocratiques.

 

Tout le problème de la frontière irlandaise et de l’enfer du « backstop » est dû en premier lieu à la partition de l’île ; un crime impardonnable contre le nationalisme irlandais historique.

 

Cette année  est le centième anniversaire de la guerre d’indépendance (1919-1921), une guerre à laquelle la Grande-Bretagne avait mis fin par une concession partielle du territoire qui allait devenir la République d’Irlande. Mais Londres força un coin du nord-est de l’Irlande à rester sous juridiction britannique. La scission du pays était un acte de boucherie contre la majorité irlandaise qui voulait une indépendance pleine et entière.

La Grande-Bretagne justifia ce crime de créer une frontière parce qu’elle avait au cours des siècles précédents fait coloniser cette partie de l’Irlande par des pro-Britanniques.

 

La guerre d’indépendance d’Irlande est donc survenue en grande partie à cause du refus de Londres de reconnaître le mandat démocratique pour l’indépendance. Les élections nationales en décembre 1918 montrent que plus de 70 % des élus irlandais voulaient l’indépendance de la Grande-Bretagne comme l’écrit Maurice Walsh dans «  Amère liberté ».

 

Le gouvernement britannique de l’époque choisit d’en ignorer le résultat. Le jeune Winston Churchill qui était alors à un poste ministériel important critiqua les rebelles irlandais, car ils osaient se mettre en travers du chemin de la domination britannique. Churchill fut de ceux qui mirent sur pied un régiment de mercenaires endurcis de la Première Guerre mondiale pour mater le mouvement indépendantiste irlandais. Ces troupes, honteusement nommées « Les noirs et bronzés » s’imposèrent par la terreur en incendiant les villages et en tirant sur les civils, sans discrimination.

 

Sans surprise, Churchill est le héros politique de Boris Johnson. Et leur intérêt commun pour les Irlandais est évident.

 

C’est une forme de justice poétique que le problème irlandais revienne ainsi empoisonner la vie des politiques britanniques au point de menacer le Royaume-Uni. Tout le fiasco du Brexit est l’œuvre des Britanniques, il est le fruit de guerres internes de la classe politique, spécialement de l’aile droite des petits Anglais du parti conservateur. C’est aussi le résultat du viol historique des droits démocratiques de l’Irlande. De la part de Johnson, accuser l’Irlande et l’Union européenne de porter atteinte à la souveraineté britannique a de quoi laisser bouche bée. L’actuelle fourberie de la classe dirigeante britannique n’a d’égal que sa prétention à être considérée comme une démocratie.

 

[1] NDLR: Pour rappel, 51,89% des votes étaient pour le Brexit. Et 48,11% étaient contre.

 

 

Source originale: RT

Traduit de l’anglais par Oscar Grosjean pour Investig’Action

Source: Investig’Action

Photo: Chatam House