La présidence de Trump survit en arrosant la classe dirigeante

Un nouveau livre sur les coulisses de la Maison Blanche est venu alimenter la polémique contre Donald Trump. Les critiques sont nombreuses depuis que le président a pris ses fonctions. Mais, pour Fred Goldstein, il faut distinguer les intellectuels, journalistes et autres académiciens au service de la classe dirigeante et la classe dirigeante elle-même. Jusqu’à maintenant, les patrons, les banquiers et les milliardaires peuvent se réjouir d’avoir un Donald Trump à la Maison Blanche. Trump, un nouveau Reagan? (IGA)


Le nouveau livre de Michael Wolff « Fire and Fury » décrit Donald Trump comme parfaitement inapte à exercer les fonctions de chef de l’exécutif de l’impérialisme US. Il décrit le bureau ovale comme un nid de vipères peuplé de subordonnés et de proches qui se tiennent à la gorge mais partagent une piètre opinion de Trump et de ses capacités. Selon Wolff beaucoup s’interrogent sur ses capacités mentales et personnelles.

La publicité accordée à cet ouvrage est un signal clair de ce que les médias capitalistes et de nombreux gourous tentent de torpiller la présidence Trump. Ainsi, ils ont accordé une grande publicité à l’extrait dans lequel Steve Bannon critique la participation de Donald Trump Junior à une réunion avec un avocat russe. Bannon aurait qualifié cette participation de “traîtresse” et “peu patriotique”.

Cela pourrait n’être qu’une technique de Bannon pour échapper a une inculpation dans l’enquête de Mueller sur le Russiagate, ou cela peut avoir été inspiré par la faction d’extrême droite. Mais l’importante couverture accordée à cet extrait du livre visait surtout a rompre l’axe Trump-Bannon qui a résisté, même après que Bannon a été viré.

Bannon est un idéologue d’extrême droite dont l’objectif était de détruire le centre politique du parti républicain. Trump est plutôt lui un homme de droite, raciste, misogyne, bigot sans idéologie particulière. C’est un pragmatique facile a manipuler, de sorte que la bonne bourgeoisie est heureuse de la rupture suscitée par le livre. En effet, elle craint plus encore l’influence de Bannon sur Trump que Trump lui-même.

 

Trump, l’Etat et la classe dirigeante

 

Cela soulève la question des relations entre la classe dirigeante, son exécutif sous la forme de la présidence et l’Etat capitaliste dans son ensemble. C’est un principe du marxisme, le gouvernement capitaliste est le comité exécutif de la classe dirigeante. De manière générale, sa fonction est de mettre en application la volonté des patrons et des banquiers. Quand la classe capitaliste est divisée, cette fonction peut devenir plus compliquée mais l’objectif reste inchangé. Néanmoins, le marxisme est aussi dialectique et reconnaît les contradictions.

A l’heure actuelle, il y a un conflit entre les intérêts à court terme des conseils d’administration et des centres de réflexion d’une part, et les intérêts a long terme de la classe dirigeante d’autre part quant a l’opportunité de maintenir les Etats-Unis dans leur état de puissance impérialiste globale.

D’un côté, Trump arrose les patrons, les banquiers et les plus riches de milliards grâce aux réductions d’impôts, aux permis de forages pour la recherche de pétrole et de gaz, aux droits d’exploitation minière sur les terrains publics, aux suspensions de lois et règlements visant a protéger l’environnement ainsi qu’aux suspensions des régulations bancaires et des protections des travailleurs…

D’autre part, Trump a déterré la hache de guerre en matière d’impérialisme vis à l’étranger et de capitalisme aux Etats-Unis  à un tel point que cela pourrait avoir des effets pervers a long terme sur les intérêts bien compris des classes dirigeantes.

 

Les aspirations de l’establishment capitaliste et de la classe dirigeante

 

Dans ce débat, il importe de faire la différence entre ceux qui inspirent les orientations de la classe dirigeante et cette classe elle-même. La bourgeoisie a, au fil des ans, alimenté un vaste réservoir d’intellectuels qui servent différentes factions de la classe dirigeante.

Il y a des intellectuels de « think tanks » qui se consacrent a définir les intérêts des impérialistes tels qu’ils les conçoivent. Il y a aussi des scribes journalistiques aux lignes politiques différentes selon la faction de la bourgeoisie ou de l’establishment politique sur lequel ils s’alignent . Et il y a enfin une large gamme de conseillers académiques qui vont et viennent d’une université à l’autre avec des intermèdes dans le gouvernement capitaliste.

Ils cohabitent les uns avec les autres au service des intérêts de l’impérialisme dont ils deviennent les porte-paroles favoris. Leur objectif immédiat peut néanmoins être tout différent de celui des conseils d’administration alors qu’ils cherchent à servir les mêmes intérêts capitalistes.

Alors que toutes sortes de journalistes, d’intellectuels de « think tank » bourgeois, de gourous académiques et de commentateurs de toutes sortes sont effarés par le spectacle de Trump faisant valser en tous sens sa massue diplomatique et politique, les vrais patrons se focalisent sur l’argent.

 

Trump pilote le train de marchandises des patrons

 

Aussi longtemps que Trump occupe la présidence, banquiers et patrons sont assurés d’obtenir ce qu’ils attendent en matière de profits, d’affaires et d’argent. Sous les différentes administrations démocrates et républicaines, ils ont dû grignoter patiemment le domaine public et ses eaux territoriales, les règlements bancaires, les régulations environnementales, etc. Maintenant, ils jouissent d’une grande liberté pour écumer les terres et les mers. Ils jubilent face aux réductions de l’impôt sur les sociétés, passé de 35 a 21 %,  et des milliards d’autres réductions. Quelles que soient les maladresses de Trump, cela ne saurait les perturber dans la mesure où ces milliardaires ne veulent pas voir s ‘arrêter ce train de marchandises miraculeux.

Le complexe militaro-industriel — Lockheed, Boeing, Raytheon, United technologies, etc. – se nourrit de l’augmentation des dépenses militaires portées jusqu’à 700 milliards pour des armes nucléaires, des systèmes anti-missiles, de nouveaux navires de guerre, des avions de combat, des drones et des missiles. Et pendant ce temps, Trump souffle sur les braises d’une possible guerre avec la République Démocratique de Corée du Nord, alimente la machine de guerre saoudienne à l’assaut du Yemen, expédie des munitions en Ukraine et installe des bases qui menacent la Russie, la Chine, l’Iran et d’autres pays.

Les stocks militaires ont atteint des sommets inégalés quand Trump a signé un contrat record de 110 milliards de dollars avec la monarchie féodale saoudienne. Il a aussi été le marchand d’armes en chef, imposant les systèmes de missiles offensifs, les jets et les navires de guerre au Japon et à la Corée du Sud comme contribution à leur réarmement face à la Corée du nord.

Quand les chèques du gouvernement atterrissent sur les comptes des industries militaires, les errements et les problèmes de Trump peuvent aisément être mis de coté. Les déportations de masse, les expressions racistes, la misogynie, le harcèlement sexuel, l’homophobie… Tout cela est balayé d’un revers de main.

Ce n’est pas par hasard si, à la parution du livre de Wolff, Trump a fait une déclaration publique pour annoncer l’accès des cotes Pacifiques, Atlantiques et des Caraïbes aux industries de forage pour l’exploitation du gaz et du pétrole. Les pouvoirs exécutifs d’ExxonMobil, Chevron et Conoco se fichaient pas mal a ce moment des scandales de la Maison Blanche.

Les industries pétrolières qui extraient également l’uranium ont obtenu de l’administration Trump la réduction du domaine public des “Oreilles d’Ours ” de 85%, passant de 1,35 millions à 202.000 acres. Ce geste place les gisements d’uranium hors du sanctuaire national. Les terres volées à cinq nations natives étaient par cette mesure redirigées vers le secteur privé.

Trump s’est emparé d’une hache pour détruire les institutions de la classe dirigeante. Il s’y est pris à plusieurs reprises contre le FBI, joyau de la couronne de l’appareil répressif de la classe dirigeante, dans le but de discréditer l’enquête Mueller qui investiguait sur ses relations avec la Russie. Cela en dépit du fait que le FBI a mené à bien la destruction des organisations les plus révolutionnaires et progressistes depuis la Première Guerre mondiale.

Trump s’est aussi armé d’une hache contre les alliances impérialistes traditionnelles. II a dénoncé l’OTAN et a exigé que les pays membres de l’alliance augmentent leur contribution militaire. Il a aussi humilié les présidents du Mexique, du Canada et d’Australie entre autres. Il a reconnu Jérusalem comme capitale d’Israël, faisant tomber le masque étasunien de médiateur neutre dans la guerre avec les Palestiniens.

En outre, Trump a supprimé un milliard de fonds U.S aux Nations Unies. Il s’est retiré de l’accord de Paris sur le climat et a torpillé les discussions en vue d’un pacte sur l’immigration et le droit d’asile.

 

L’administration Reagan et la classe dirigeante

 

Quand le gouvernement de droite de Ronald Reagan est arrivé au pouvoir en 1981, la classe dirigeante était majoritairement préoccupée. Reagan était le chéri de l’ultra droite et s’était tenu en dehors de l’establishment capitaliste au fil de son ascension politique en Californie. Son aile politique était en conflit avec l’aile Rockefeller au sein du parti républicain.

Reagan entama son mandat en écrasant brutalement l’organisation professionnelle des contrôleurs aériens. Les travailleurs qui se mirent en grève furent alors écartés à vie de tout emploi fédéral. C’était la première fois depuis des décennies qu’une telle attaque frontale et  préméditée s’exerçait contre un syndicat.

De violentes offensives antisyndicales suivirent contre les mineurs de cuivre dans l’ouest, les emballeurs de viandes, les ouvriers de Caterpillar et tant d’autres. Reagan et ses alliés patronaux infiltrèrent des pestiférés dans toutes ces grèves pour mieux les discréditer.

Reagan a sabré des centaines de millions dans les dépenses de l’aide sociale, a attaqué les droits d’accès à cette aide et a réorienté l’argent vers une vaste expansion militaire. Au début, les classes dirigeantes se sont senties concernées non par les travailleurs ni par les bénéficiaires de l’aide sociale, mais par la peur d’un soulèvement populaire. Il y eut pourtant peu de réactions de la base, et les dirigeants syndicaux abandonnèrent non seulement les bénéficiaires de l’aide sociale, mais capitulèrent aussi en rase campagne face a l’offensive antisyndicale. Reagan savait y faire!

Alors, les patrons, les banquiers et leurs politiciens s’adaptèrent à la nouvelle situation et finirent par en rigoler.

 

Trump nous traque, à nous de le traquer

 

Le solide soutien que Trump reçoit du parti républicain reflète l’attitude du patronat a son égard. Il le soutient dans cette dernière crise. Pour le moment, leurs sorts sont liés. La bande de Républicains au Sénat veut maintenant s’en prendre à la sécurité sociale, au Medicaid et au Medicare. Et s’ils s’engagent sur cette voie, ils peuvent compter sur l’appui de Trump.

Pour des raisons politiques, Trump pourrait ne pas être pressé de se livrer à une telle action, mais Paul Ryan et les Républicains n’en ont pas écarté l’idée. Comme durant l’ère Reagan, patrons et banquiers ne se précipitent pas pour arrêter Trump — pour le moment. En dernier ressort, ils pourraient le renverser. Mais a ce jour, ils évaluent dans quelle mesure ils pourraient encore en profiter. Et ils continueront, pour tenter d’ extraire le demier cent de bénéfice de ses lois et règlements. Aussi longtemps qu’il ne met pas en danger ses profits et sa stabilité sociale, la classe dirigeante, contrairement à ses gourous et conseillers, le soutiendra quels que soient ses ennuis, ses bêtises et ses errements diplomatiques.

Ce qui ne s’est pas produit après Reagan, c’est une contre-attaque. Et le parti démocrate suit la même voie qu’il avait suivi sous Reagan : s’appuyer sur une politique électorale et maintenant, nourrir  l’espoir que la commission Mueller déloge Trump. Même la toute récente suspension du statut de protégé pour 200.000 Salvadoriens de ce pays — en plus du refus de protection pour des dizaines de milliers de Haïtiens et de Nicaraguéens — n’a pas incité les soi-disant démocrates à protester.

Une résistance massive dans la rue, les usines, les commerces de détail et les services, les campus et les communautés d’immigrants… Voilà la seule manière d’arrêter cette machine à broyer de la droite.

Il est temps pour nous de traquer Trump.

 

Source originale: Workers World

Traduit par Oscar Grosjean pour Investig’Action

Source: Investig’Action

 

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