Des études révèlent comment les renseignements britanniques ont travaillé avec les médias pour calomnier Corbyn

Alan Macleod n’aura certainement pas été surpris par les résultats des élections britanniques. Quelques jours avant le scrutin, il publiait cet article dévoilant comment des responsables de l’armée et des renseignements ont orchestré une campagne médiatique contre Jeremy Corbyn. Se basant sur les recherches d’un ancien journaliste du Financial Times, il explique que les fuites des renseignements ont été à l’origine de quelque 440 articles de presse présentant Corbyn comme un danger pour la sécurité nationale. (IGA)


Le Royaume-Uni se rend aux urnes le 12 décembre lors d’un vote décisif qui déterminera l’avenir du pays. Comme en 2017, durant les dernières semaines de campagne, le Parti travailliste, sous la direction de Jeremy Corbyn, se rue sur le Parti conservateur au pouvoir. Mais il ne deviendra pas Premier ministre si les services de sécurité britanniques s’en mêlent. Corbyn, souvent comparé à Bernie Sanders en termes d’idéologie, a passé des décennies dans le désert politique, une voix de gauche solitaire au sein d’un parti embrassant le néolibéralisme, le marché libre et les grandes entreprises. Et comme pour Sanders, son leadership a remis le socialisme à l’ordre du jour.

En tant que Premier ministre, Corbyn promet de nationaliser de vastes pans de l’économie, notamment l’eau, l’énergie, les transports et les communications. Il promet d’augmenter le salaire minimum de plus de 20%, de supprimer les frais universitaires, de reconstruire le National Health Service, de fournir gratuitement un accès Internet haut débit à chaque maison, de construire 100 000 logements sociaux chaque année et de lancer une révolution industrielle verte.

Sur le plan international, il a été un militant de la paix anti-impérialiste engagé, menant la résistance à la guerre d’Irak au niveau national. Il a en outre promis de refuser d’utiliser les armes nucléaires de la Grande-Bretagne. Il a également constamment défendu les droits des Palestiniens et s’est opposé aux tentatives de l’Occident de destituer les dirigeants latino-américains à travers des coups d’État.

Mais de nouvelles recherches de Matt Kennard, un ancien journaliste du Financial Times, ont montré que les militaires britanniques et les services de renseignements se sont pliés en quatre pour stopper la menace d’un gouvernement Corbyn. L’étude de Kennard sur la presse britannique montre que de hauts responsables des forces armées ou des services secrets ont été la source d’au moins 34 scandales nationaux majeurs qui ont fait du leader travailliste et militant pour la paix une menace pour la nation. Ces fuites ont été à l’origine de 440 articles dans la presse présentant Corbyn comme un danger pour la sécurité nationale depuis septembre 2015, son élection à la tête du Parti travailliste.

Une semaine seulement après son élection, le Sunday Times, l’un des journaux les plus influents du pays, révélait qu’un «général en service» avait averti que les forces armées prendraient «des mesures directes» pour arrêter un gouvernement Corbyn: en d’autres termes, l’arme menaçait de mener un coup d’État comme celui qui a renversé son ami Evo Morales en Bolivie le mois dernier. Le même mois, un ancien chef du MI5, l’agence britannique de renseignement interne, révélait dans le Times que son organisation avait passé des années à espionner de nombreux membres de l’équipe de Corbyn, les considérant comme une menace pour la nation.

En 2017 et 2018, la presse était pleine d’accusations anonymes selon lesquelles Corbyn avait réellement passé les années 1980 en tant qu’espion communiste. Le journal le plus lu de Grande-Bretagne, The Sun, a affirmé qu’il avait été un espion tchèque et un atout pour la police secrète est-allemande. Ce n’est qu’après que le commissaire fédéral allemand aux Archives a publié une répudiation officielle que l’article a été discrètement abandonné. Le rapport de Kennard dresse le portrait d’une presse intimement liée à l’État profond, ce dont il a discuté avec MintPress News cet été.

Des études universitaires sur la couverture médiatique de Corbyn ont également montré que les médias mainstream ont fait preuve d’une profonde hostilité contre lui et son projet. Un rapport de la London School of Economics comprenait une section entière intitulée « Délégitimation par le ridicule, le mépris et les attaques personnelles ». La presse l’a décrit comme un ami de « tous les malades mentaux djihadistes à grosse barbe qui aspirent à la destruction de l’Occident », affirmant qu’il « se réjouit de la perspective d’un astéroïde anéantissant l’humanité » et « envisage de transformer la Grande-Bretagne en Zimbabwe ». Les supporters du Labour, qui incluent une large majorité de millenials et de génération Z, ont été dépeints comme des enragés, des meurtriers psychopathes qui veulent envoyer tous leurs opposants à goulags ou jeter à la mer tous les parlementaires anti-Corbyn.

Un journal a publié un article intitulé « Révélations: le monstre diabolique qui hante le passé de Jeremy Corbyn » à propos de son arrière-arrière-grand-père qui était un patron cruel dans une maison de campagne victorienne. Plus tard, Corbyn s’est excusé de ne pas avoir voyagé dans le temps dans les années 1860 et de l’avoir arrêté. Il a également été qualifié de terroriste, de sympathisant de l’IRA et d’antisémite par une presse de plus en plus hostile.

Peut-être le plus abasourdissant de tout, neuf jours après le meurtre du député travailliste Jo Cox dans une attaque terroriste, le Daily Mail a publié un article appelant le Labour à « tuer » le vampire Corbyn, avant qu’il ne soit trop tard. Le terroriste de la mosquée de Finsbury Park, Darren Osborne, un lecteur du Daily Mail, s’est rendu à Londres pour tuer Corbyn, mais a décidé d’attaquer la mosquée à la place après l’échec de son attaque contre Corbyn. Le fameux discours de haine du Daily Mail a déjà été condamné par le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, mais le gouvernement conservateur n’a pris aucune mesure contre le journal.

Avant les élections de 1924, qui semblaient acquises au Labour, le MI5 avait publié un faux document appelé la lettre Zionev. Elle était censée provenir de Grigory Zinoviev et s’adresser au Parti communiste britannique, pour appeler à un soulèvement violent. La fausse lettre a été imprimée sur la première page du Daily Mail et est largement jugée comme ayant fait balancer les élections au profit des conservateurs.

L’ancien journaliste de la BBC, Paul Mason, a déclaré qu’il s’attendait à ce qu’il y ait un mensonge à la Zinoviev quotidiennement au cours des sept derniers jours de cette élection, car, indiquait-il, « nous sommes sur le point de faire des progrès décisifs … sur le point d’un véritable changement » dans Le Royaume-Uni.

La Grande-Bretagne se trouve à la croisée des chemins avec d’un côté, Boris Johnson, son Brexit, son système de santé privatisé et son étroite relation avec Donald Trump; et de l’autre côté, un gouvernement fortement progressiste dirigé par Corbyn. Il est clair lequel des services de sécurité préférerait.

 

Source originale: Mint Press

Traduit de l’anglais par Investig’Action

Source: Investig’Action