« Décommunisation » en Pologne : bras de fer entre la Ville et l’Etat autour du rond-point Gierek

La municipalité fait appel de la décision du voïvode (préfet) de Silésie d’imposer la débaptisation du rond-point Gierek à Sosnowiec en Silésie.

 

En application de la loi dite de « décommunisation » d’avril 2016, Jarosław Wieczorek, le voïvode de Silésie (et par ailleurs militant du parti Droit et Justice (PIS) au pouvoir en Pologne) a ordonné, le 13 décembre 2017, la débaptisation du rond-point Gierek à Sosnowiec. Une ville dont était originaire celui qui dirigea la Pologne populaire de 1970 à 1980.

Pour le voïvode, Edward Gierek (1913 – 2001) était un « apparatchik communiste » qui aurait, durant son mandat, consolidé le rôle dirigeant du Parti ouvrier unifié polonais (POUP), mais aussi la dépendance de la Pologne vis-à-vis de l’URSS. Une approche marquée au sceau de l’anticommunisme. Une vision revancharde qui, assurément, ne passe pas auprès de la population de cette ville industrielle du sud du pays.

 

Edward Gierek entouré de mineurs, à l’occasion de l’ouverture de la Route de Łazienkowska. Varsovie, 22 juillet 1974

 

Pour les habitants, le nom de Gierek reste en effet associé à l’incontestable développement de la Silésie dans les années 1970. Consultés par voie de référendum, ils s’étaient prononcés à une large majorité (97 % des votants) pour le maintien du patronyme institué en mai 2002.

 

 

Recours auprès du tribunal administratif

 

S’appuyant donc sur le caractère antidémocratique de la décision du voïvode, Arkadiusz Chęciński, le président (maire) de Sosnowiec, a proposé à la Ville de la contester. Le 20 décembre 2017, vingt conseillers municipaux se sont prononcés en faveur d’un appel devant le tribunal administratif, trois (membres du PIS) s’y sont opposés et un s’est abstenu.

Un recours a dont été déposé. « La cour devrait se prononcer en janvier. Symboliquement, cette contestation était logique puisque les habitants sont contre ce changement. Ce dernier n’aurait toutefois pas de conséquences administratives pour la population puisqu’il s’agit d’un rond-point et non d’une rue ou d’une place, qui nécessiteraient une modification de l’adresse », souligne en substance Rafał Łysy.

 

Le rond-point « Gierek » 

 

Et le porte-parole de cette commune de 210 000 habitants, de reconnaître que « les chances d’obtenir satisfaction sont minces ». Edward Gierek figure en effet sur la liste noire établie par l’Institut de la mémoire nationale (IPN), véritable outil gouvernemental au service du révisionnisme historique. Le voïvode a toutefois suggéré de remplacer le patronyme de Gierek par celui de « Zagłębie Dąbrowskie » (« Bassin de Dąbrowska »), du nom du territoire où se situe Sosnowiec…

Une manière habile de flatter le sentiment identitaire d’Arkadiusz Chęciński qui ne s’en laisse pas compter pour autant. Le premier magistrat est ainsi bien décidé à accorder la place qui revient à Edward Gierek dans le musée « Zagłębie Dąbrowskie » dont l’ouverture est attendue prochainement.

 

 

 

Soutien de la municipalité de Leforest

 

Dans le nord de la France où, dans les années 1930, Edward Gierek travailla comme mineur de charbon, les réactions ne se sont pas fait attendre. Christian Musial, le maire socialiste de Leforest (Pas-de-Calais), est ainsi intervenu sur le sujet lors du conseil municipal du 19 décembre dernier.

Après avoir stigmatisé la « politique très radical, très sectaire, très extrémiste du nouveau gouvernement en Pologne », l’édile a fait part de son intention d’écrire une lettre de soutien à son homologue de Sosnowiec. « Syndicaliste, gréviste et expulsé de Leforest en 1934, c’est d’abord le militant dont on cherche à défendre la cause. On peut être pro-Gierek ou non, toujours est-il qu’il a fait avancer les choses concernant les droits des mineurs à Leforest et aussi, plus tard en Pologne », a-t-il souligné.

Et de rappeler qu’en 1972, Gilbert Marquette, son prédécesseur au fauteuil majoral, « avait rencontré Gierek. Celui-ci était très respectueux de ce qu’il a vécu ici à Leforest. C’est donc un juste retour des choses qu’on se propose en faisant part de notre désaccord quant à la débaptisation du rond-point. On doit être responsable par rapport à ce qui se fait en Pologne ; c’est aussi notre devoir ».

Quant à l’association Les Amis d’Edward Gierek, elle invite la population à protester, via l’internet, auprès du voïvode en personne*.

 

*Pour tout contact : ass[email protected]

 

Source : Investig’Action