Attentats au Sri Lanka: des alertes ont été ignorées, de l’aveu même du gouvernement

Le dimanche de Pâques, une vague d’attentats a frappé le Sri Lanka. Plusieurs explosions ont touché des églises et des hôtels de luxe. Le bilan est lourd. Les dernières estimations portent à plus de 320 le nombre de tués. Depuis le Sri Lanka, Lasanda Kurukulasuriya met en lumière les premiers éléments d’information sur ce terrible drame, avec notamment un rapport des services de renseignements qui semble ne pas avoir été pris assez en compte. (IGA)


Le Premier ministre sri-lankais, Ranil Wickremesinghe, a admis qu’il n’y avait pas eu suffisamment d’attention accordée aux avertissements des services de renseignements signalant des attentats-suicides imminents visant des églises. Après une vague d’attentats à la bombe dans différentes régions du pays le dimanche de Pâques (21), le Premier ministre a fait savoir aux chaînes de télévision nationales qu’une aide internationale était nécessaire pour déterminer s’il y avait une implication étrangère dans les violences. Selon des informations publiées lundi, le nombre de morts serait passé à 290, 500 blessés étant soignés dans des hôpitaux. Parmi les personnes décédées, 27 seraient des étrangers. Trois policiers sont également morts dimanche lors d’une perquisition dans la banlieue de Dematagoda. Il s’agit du premier épisode terroriste depuis que les forces armées ont vaincu les séparatistes des Tigres de libération de l’Îlam Tamoul (LTTE) en 2009, mettant ainsi fin à une guerre civile de 30 ans. Aucun groupe n’a pris la responsabilité de la nouvelle attaque, qui semble avoir été étonnamment sophistiquée et bien coordonnée.

Trois églises ont été visées lors de la célébration du dimanche de Pâques – à Colombo, Negombo sur la côte ouest du pays et Batticaloa sur la côte est, ainsi que des restaurants au petit-déjeuner dans des hôtels trois et cinq étoiles à Colombo. Les rapports initiaux manquaient de clarté. Le porte-parole de la police avait ainsi déclaré qu’il fallait déterminer si des kamikazes étaient impliqués, tandis que les médias locaux le mentionnaient déjà comme un fait avéré. La chaîne de télévision Hiru avait déjà interviewé un témoin oculaire de l’église Saint-Sébastien de Negombo avec des images de vidéosurveillance de l’attaquant entrant, suivies de scènes de l’explosion montrant ce qui aurait été la tête du kamikaze. Dans un communiqué de presse publié rapidement après les événements, le Premier ministre avait simplement déclaré : « Je vois cela comme une tentative de rendre le pays et son économie instables« .

Un aspect effrayant du nouvel épisode terroriste est qu’il a frappé de manière inattendue, les autorités policières n’étant apparemment pas préparées. Mais le soir venu, le ministre des Télécommunications, Harin Fernando, avait tweeté qu’un mémorandum des renseignements de la police envoyé à différentes divisions de sécurité pour avertir des attaques, avait été ignoré.


 

Selon le Daily Mirror : « La lettre intitulée « Informations sur une supposée planification d’attaques » indique que les services de renseignement de l’État ont reçu des informations d’un service de renseignement étranger indiquant que le dirigeant de Thowheed Jamath, Mohammed Zahran, était sur le point de lancer un attentat suicide à la bombe visant de célèbres églises du Sri Lanka et le haut-commissariat de l’Inde. » L’année dernière, un groupe marginal de musulmans appelé Thawheed Jamath était associé à des attaques contre des statues de Bouddha. Mais rien n’approchant l’ampleur de la violence actuelle.

Une implication étrangère était suggérée par un reportage qui disait que des explosifs mortels de type C4 avaient été utilisés lors de l’attentat à l’hôtel Shangri La. Le 20 avril 2019, deux personnes étaient entrées dans la chambre 616, a rapporté le Daily Mirror, citant des enquêteurs. « Les images de vidéosurveillance ont révélé que les suspects avaient fait exploser les bombes dans la cafétéria et dans le couloir de l’hôtel », indique le reportage. Lundi, le porte-parole de la police a déclaré que 24 suspects étaient en détention (apparemment tous les locaux).

Le président Maithripala Sirisena a annoncé la création d’un comité d’enquête spécial présidé par un juge de la Cour suprême dans les deux semaines à venir sur les « causes et le contexte de la catastrophe nationale ». Lundi, le porte-parole du gouvernement, la ministre Rajitha Senaratna, a déclaré lors d’une interview en direct sur la télévision qu’il y avait des tensions entre le président et le Premier ministre Wickremesinghe. Ce dernier, selon Senaratne, n’aurait pas été tenu au courant des informations fournies par les services de renseignements.

Les leaders des religions bouddhistes, catholiques et musulmanes ont unanimement appelé les communautés à rester calmes et unies face à la menace terroriste. « S’il vous plaît, n’essayez pas de faire vous-mêmes la loi », a déclaré l’archevêque de Colombo, Malcolm Cardinal Ranjith.

Certains ministres ont décrit la violence comme une « attaque contre l’industrie du tourisme et de l’économie » par ceux qui étaient « jaloux » des réalisations du gouvernement. Les politiciens de l’opposition ont reproché au gouvernement de ne pas avoir accordé la priorité à la sécurité nationale. « Au moins à présent, le gouvernement devrait reconnaître son erreur d’avoir affaibli les services de renseignements« , a déclaré Ranjith Soysa, un législateur de l’opposition. L’ancien président Mahinda Rajapaksa, à la demande de journalistes, a déclaré : « S’il y avait de la sécurité, cela ne serait pas arrivé. »

Avec un retour du couvre-feu imposé à l’ensemble de l’île par la police le dimanche de Pâques et reconduit lundi pour maintenir l’ordre, les citoyens du Sri Lanka qui s’habituaient à penser que le terrorisme avait pris fin il y a 10 ans sont à présent frappés par un amer sentiment de déjà-vu. 

Avec le retour du couvre-feu de la police dans l’île à l’ensemble du dimanche de Pâques, lundi soir, et le déploiement de forces armées pour aider à maintenir l’ordre, les citoyens sri-lankais ont l’habitude de penser que la fin du terrorisme, il y a 10 ans, est frappée par un sentiment de déjà-vu.

 

Traduit de l’anglais par Investig’Action

Source: Investig’Action