Une lecture géopolitique du triomphe de Trump

L’élection de Donald Trump impose une lecture nouvelle : après les échecs institutionnels qu’ont connus L’Union Européenne et les États-Unis, l’issue — partielle — semble provenir d’outsiders conservateurs. La « droite » semble mieux comprendre que la « gauche » l’actuelle vague de fond ; elle s’alimente de lieux communs et de peurs (le débat sur les réfugiés, à l’intérieur de l’UE, débat dans lequel François Hollande défend la position la plus progressiste en s’opposant aux murs (est-il si éloigné des sorties fracassantes de Trump sur les relations avec le Mexique ?) et elle profite aussi d’avantages objectifs (plus de moyens et plus de pragmatisme).

Cet article est écrit suite à la commotion mondiale que constitue le triomphe de Donald Trump aux États-Unis. Nous avons l’intention d’aborder quelques points et de procéder à une lecture géopolitique d’un événement qui définit un avant et un après sur la scène mondiale.

 

La population ne vote pas en fonction des attentes de la scène mondiale. Ce qui est pris en compte, c’est la scène intérieure, indépendamment des interprétations tendancieuses que les médias de masse et les réseaux sociaux peuvent créer sur ce plan-là. Les grands groupes médiatiques mondiaux, tout comme le système financier international, espéraient un résultat différent : le triomphe d’Hillary Clinton. Il s’est passé la même chose qu’en Colombie et en Grande Bretagne à propos du référendum sur la paix et du Brexit, respectivement.

 

Donald Trump a remporté le vote de la classe ouvrière industrielle en s’élevant contre les Traités de Libre Commerce (TLC). L’élément suivant a été le moins pris en compte par les médias internationaux : derrière le xénophobe incendiaire, il y avait aussi un candidat qui s’adressait à un secteur désenchanté par la fin du « rêve américain » qui a suivi la crise de 2008. Il ne s’est pas montré excessivement créatif : il a eu recours au même slogan que le couple Reagan-Bush en 1980 : « make America great again », ce qui correspond à la vision de la place des États-Unis sur la scène mondiale. Mais c’est ainsi qu’il l’a emporté dans des états-clés tels que La Floride et la Caroline du Nord, et industriels comme l’Ohio, déterminants pour le résultat final. Il a obtenu des résultats spectaculaires dans les États du centre du pays, à l’opposé des grands centres urbains qui l’ont boudé suite à ses déclarations à l’emporte-pièce.

 

Il y a un affaiblissement des États-Unis sur le plan international. Donald Trump a gagné en remettant en cause le NAFTA, cet accord commercial avec le Mexique et le Canada que Bill Clinton a signé en 1994. Et aussi en proclamant son opposition au TPP (Accord Transpacifique) qu’Obama a diligenté pour faire pièce à la Chine. La visée de son programme, du moins dans son discours, est isolationniste. Ces deux dernières données peuvent expliquer la sérénité de Moscou et de Pékin face à la nouvelle situation ainsi créée qui confirme l’affaiblissement de l’hégémonie des États-Unis désormais en déclin. La Russie espère un affaiblissement de la stratégie interventionniste des États-Unis : elle lit que le peuple nord-américain demande à Donald Trump de porter son attention à l’intérieur des frontières des États-Unis et de laisser tomber les aventures telles que la Libye et la Syrie que parrainait l’ex-Secrétaire d’État vaincue dans les urnes.

 

L’Amérique Latine, désorientée, est dans l’expectative. Dans notre région, certaines chancelleries — et pas particulièrement celles de gouvernements progressistes ou de gauche — ont misé tous leurs jetons sur une hypothétique victoire d’Hillary Clinton. Elles ont fait ce que réclamaient les institutions, les médias de masse et le système financier international. Mais elles ressortent également perdantes de cette bataille : elles sont arrivées en retard, elles ont fait le mauvais pari et c’est une politique qui se paye au prix fort (non en termes économiques, mais politiques). C’est en tout cas une erreur catastrophique en diplomatie. Une des incertitudes concerne la normalisation diplomatique que Washington avait planifiée avec La Havane sous la conduite d’Obama en personne. Que deviendra ce processus ? Ce processus va-t-il être mis en sommeil ?

 

Il faut interpréter de manière nouvelle la scène internationale. L’élection de Donald Trump impose une lecture nouvelle : après les échecs institutionnels qu’ont connus L’Union Européenne et les États-Unis, l’issue — partielle — semble provenir d’outsiders conservateurs. Electoralement du moins, les campagnes aboutissent à un déficit indubitable : : Corbyn n’a pas tiré profit du Brexit (même s’il a gagné haut la main pour la seconde fois l’élection interne de son parti), en Espagne, les élections de 2016 n’ont pas été favorables à Podemos (même si le vote implicite du PSOE en faveur du gouvernement de Rajoy en fait l’unique alternative) et les perspectives de Mélenchon, en France, en vue des présidentielles de 2017 semblent limitées. Et ne parlons pas de Sanders qui, après des primaires retentissantes, a dû céder la place à Clinton pour affronter Trump suite au vote des « super-délégués » démocrates (aux dépens d’une bonne partie de la base démocrate qui avait accompagné avec enthousiasme sa tentative de révolution politique).

La « droite » semble mieux comprendre que la « gauche » l’actuelle vague de fond ; elle s’alimente de lieux communs et de peurs (le débat sur les réfugiés, à l’intérieur de l’UE, débat dans lequel François Hollande défend la position la plus progressiste en s’opposant aux murs (est-il si éloigné des sorties fracassantes de Trump sur les relations avec le Mexique ?) et elle profite aussi d’avantages objectifs (plus de moyens et plus de pragmatisme).

La tâche des forces nationales-populaires progressistes et de la gauche de notre région consiste à analyser le moment historique qu’ouvre cette élection et à trouver les mécanismes qui rendront compétitives les options ayant pour but un ordre alternatif sans renoncer aux revendications de justice sociale.

 

*Juan Manuel Karg, Politologue à l’Université de Buenos Aires,  analyste international

Source: RT Espanol