Standing Rock : victoire mais prudence!

Nous l’avions annoncé, le droit de passage du Dakota Access Pipeline par  la rivière Missouri a été refusé. Un bel exemple d’empowerment populaire. Mais les dernières déclarations de l’administration Trump  viennent tout remettre question.

Le « Dakota access pipline »  est un projet de 3,8 milliards de dollars qui vise à installer un oléoduc de plus de 1886 km pour relier les domaines de productions de Bakken et Three Forks au nord du Dakota à Patoka dans l’Illinois afin de transporter 470 000 barils par jour. Le but est double : baisser les couts d’exploitation (en reliant ces domaines d’une façon plus directe) ainsi que les couts d’approvisionnement du marcher intérieur (en réduisant l’exploitation des transports ferroviaires et routiers).

Il passe par 50 comtés dans 4 états et traverse des communautés locales, des terres agricoles, des terres tribales indigènes, des sites sacrés ainsi que des zones naturelles sensibles.

Achevé à 60%, ce projet climaticide de transport de pétrole brut léger devait rentrer en service fin 2016, mais dès l’accord du feu vert au consortium « Energy Transfer Partners« , des amérindiens de la tribu Sioux de Standing Rock, de Navajo (Diné), Shoshone-Bannock, Apache, Kickapoo, Les Sioux de la rivière Cheyenne, Rosebud, Winnebago, Ho-Chunk, Crow et plus de 300 autres tribus en plus d’organisations comme Greenpeace, Sierra Club, Bold Iowa, Bold Nebraska, Bold Louisiana font front depuis le 10 Aout pour s’opposer à ce projet. On parle du plus grand rassemblement des peuples autochtones de tous les temps.

Ils se sont donné un nom : les Water protectors (protecteurs de l’eau) et défendent la seule source d’eau douce de la tribu Sioux de Standing Rock car selon la route initiale, l’oléoduc devait passer deux fois par la rivière Missouri qui se trouve en amont de la réserve. Ils sont tout à fait conscients de l’effet néfaste des fuites de carburant sur la terre et les eaux d’autant plus qu’Energy transfer a un précédent. Certains placent cette lutte dans un contexte plus large, celui du « changement climatique » et réclament le maintien des combustibles fossiles sous terre. Pour d’autres, c’est un rassemblement spirituel car ils voient en ce projet la réalisation de la prophétie lakota du  » zuzeca sape- le serpent noir » qui surgira des profondeurs amenant la dévastation sur son chemin.

La résistance gravite autour de plusieurs camps (Sacred Stone, Sicangu, Oceti Sakowin, red warrior…) a n’a comme armes que des protestations pacifiques et des prières. En contrepartie, un site de sépulture Sioux sacré aurait été délibérément détruit et les protecteurs font face à une répression inouïe d’abord de la part des services de sécurité du projet qui n’ont pas hésité à asperger des protecteurs de gaz lacrymogènes et à les attaquer avec des chiens puis par les autorités du Dakota du Nord qui à l’aide de police militarisée ont procédé à des d’arrestations musclées et à des poursuites par centaines même à l’encontre de journalistes* au mépris de la loi fondamentale.

En effet, la liberté de la presse est protégée par le premier amendement de la Constitution étasunienne.  Dans une tentative d’imposer le black-out sur ces événements, la journaliste Amy Goodman, la seule à couvrir les attaques du 03 Septembre par les agents de sécurité, a été poursuivie pour avoir fait son travail. La vidéo qui met en scène les violences a été vue plus de 14 millions de fois. Aucune charge n’a finalement été retenue contre elle.

Un cran dans la violence a été franchi le 21 novembre lorsque la police a brutalement réprimé des protecteurs de l’eau qui tentaient de libérer l’accès d’un pont près du camps Oceti Sakowin bloqué par cette même police. En usant de canaux à eaux, de balles en caoutchouc et de gaz lacrymogène. Plus de  100 personnes ont été blessées. 

Après la délivrance de l’ultime permis de construction accordé de façon illégitime au mois de juillet par le corps d’ingénieurs de l’armée, un arrêt momentané a été décidé le 09 septembre conjointement par ce corps ainsi que le ministère de l’Intérieur et le ministère de la Justice suite à la mobilisation des tribus indigènes et de leurs alliés. L’administration Obama a tenté de tergiverser et de gagner du temps comme pour se débarrasser de ce dossier épineux. Mais devant l’amplification de la mobilisation et le ralliement de milliers de vétérans pour servir de boucliers humains, le corps d’ingénieurs de l’armée a refusé le droit de passage de l’oléoduc par la rivière Missouri et étudie actuellement les alternatives de déroutement possibles.

Une bataille de gagnée, mais le chemin est encore long. Ce coup d’arrêt ne fournit aucune garantie, il est réversible et l’administration entrante pourrait donner l’approbation finale pour deux raisons. D’abord, pour les propos inquiétants tenus par les collaborateurs et conseillers de Trump :  1. Ils affirment que cette décision sera révisée dès la prise des fonctions en janvier tout en précisant que Trump soutient ce projet.  2. Ils affichent la volonté de privatiser les terres tribales riches en énergies fossiles (bien qu’elle ne représentent que 2 % du territoire étasunien, elles contiendraient 1/5 des énergies fossiles). Autant de raisons en ligne avec le climatoscepticisme du président élu.

La pression doit être maintenue contre « Energy Transfer Partners » qui n’est pas à son premier coup d’essai. Deux autres pipelines appartenant à ce consortium, le Trans Pecos Pipeline (TPPL) et le Comanche Trails Pipeline, menacent des sites amérindiens sacrés au Texas.    

Source: Investig’Action