Milagro Sala : « Ça dérange que les Noirs aient réussi à s’organiser « 

La condamnation à trois ans de détention avec sursis pour un rassemblement constitue un dangereux précédent pour le devenir du droit des organisations sociales à manifester. La journaliste Majo Malvares, responsable de la campagne : « Nous Sommes Toutes/s Milagro », commente ce jugement et témoigne sur sa récente rencontre de Milagro Sala qui lui a parlé de son expérience de la prison. « Hier, j’ai reçu une lettre de Milagro Sala dans laquelle, entre autres choses, elle exprime sa reconnaissance pour tous les efforts que nous faisons pour obtenir sa libération. Cette lettre se termine par ces mots « Hasta la Victoria Siempre » et c’est un détail qui la dépeint parfaitement : jamais une plainte ; toujours le front haut et le regard tourné vers l’avenir. »

Le 28 décembre, Milagro Sala, la responsable de l’organisation sociale Tupac Amaru, a été condamnée à trois ans de prison avec sursis sous l’inculpation de « dommages aggravés ». Le Tribunal Fédéral N°1 de Jujuy a statué dans le procès qui lui était intenté pour appel à un rassemblement de escrache à l’encontre de l’actuel préfet de Jujuy Gerardo Morales en 2009, alors que ce dernier était sénateur de la Province.

La protestation en question se concrétisa par des « projections d’œufs » pendant l’allocution de Morales devant le Conseil Supérieur des Sciences Economiques et bien que Milagro Sala ne fût pas présente, un témoin absent à l’audience – René Arellano – présenté par l’accusation, en a apporté la preuve. Arellano affirmait que Sala les avait envoyés « houspiller » Morales.

Selon la journaliste et photographe Majo Malvares, le préfet Morales « ne s’est pas seulement attaqué à Milagro Sala ; il s’est aussi attaqué aux enfants qui jouissaient de ce bassin durant la période des fortes chaleurs à Jujuy. Il est parfaitement clair que ce qui dérange ce gouvernement, c’est que les Noirs aient pu s’organiser et qu’ils exigent le respect de leurs droits. »

 

 

Outre la responsable, Milagro Sala, ont été condamnés Graciel Lopez, membre de la coopérative, à trois ans de détention, et Ramon Salvatierra, à deux ans, au titre de co-auteurs des « dommages matériels aggravés ». La sentence fait également obligation d’effectuer trois heures hebdomadaires de travail d’intérêt public au sein de l’institution Caritas ce qui est ridicule s’agissant de représentants d’une organisation sociale nationalement reconnue.

Ce jugement constitue un dangereux précédent en matière du droit des organisations sociales à manifester et à demander des comptes aux fonctionnaires. Majo Malvares nous a fait part de quelques réflexions. A partir de la campagne photographique pour la libération de Milagro Sala qui a reçu le soutien d’artistes, de journalistes, de politiques, il a pu la rencontrer en prison et s’entretenir avec elle sur sa situation judiciaire, une échange qui a eu lieu face au zoom de la camera :

« Il y a peu de temps, avec Gimena, co-fondatrice avec moi de la campagne de solidarité  « Todxs Somos Milagro » (Nous Sommes Toutes/s Milagro), nous avons pu visiter San Salvador Jujuy et rencontrer Milagro au centre pénitentiaire. Nous avons conversé sur beaucoup de sujets, sur ce que l’avenir apparemment nous réserve et sur la situation générale qui s’est considérablement dégradée après seulement un an de gouvernement Macri. »

Majo Malvares commente l’état d’esprit de Milagro suite à sa visite en prison:

« Je l’ai trouvée très forte et habitée par un grand désir de se retrouver dehors pour aller défendre des droits que nous avons eu tellement de mal à arracher. Nous avons aussi pu parcourir le Barrio Alto Comedero et l’avons filmé. Et ce fut un crève-cœur de constater combien ils ont vidé et détruit les réalisations de la Tupac Amaru au grand dam de la population qui y habite. Ils ont détruit, par exemple, le bassin où les enfants jouaient les jours d’été. »

« Hier, j’ai reçu une lettre de Milagro Sala dans laquelle, entre autres choses, elle exprime sa reconnaissance pour tous les efforts que nous faisons pour obtenir sa libération. Cette lettre se termine par ces mots « Hasta la Victoria Siempre » et c’est un détail qui la dépeint parfaitement : jamais une plainte ; toujours le front haut et le regard tourné vers l’avenir. »

« C’est un scandale sous quelque aspect qu’on regarde ce procès : Milagro Sala a été condamnée à trois ans de détention à cause d’un rassemblement de stigmatisation où jamais elle n’a été présente ; pour des œufs qu’elle n’a jamais jetés et en se fondant sur la déposition d’un unique témoin qui jamais n’a été présent dans ce supposé rassemblement…et qui, en outre, est un salarié de la préfecture de Jujuy, c’est-à-dire un salarié à la solde de Morales, depuis quelques mois.

Il s’agit clairement d’un jugement rendu par le pouvoir politique de Alianza de Cambiemos (Alliance de Changeons). Un préfet en fonction dicte sa décision à la Justice dans une sentence en sa faveur. Par ailleurs, les juges ont envoyé Milagro Sala faire un travail d’intérêt public, alors qu’il s’agit précisément d’une personne qui a consacré sa vie aux gens, à sa communauté, à aider les autres… Cela prouve le haut degré d’impunité et d’incohérence qui a régné dans cette affaire » – dénonce Malvares.

Source : Marcha