Le Journal de Notre Amérique n°17: le nouveau « Plan Condor »

De retour en Argentine et au Brésil, la droite latino-américaine n’a pas seulement un projet économique qui démantèle les acquis sociaux. Elle applique aussi des méthodes néocoloniales. C’est ce que Rafael Correa a décrit comme le « nouveau Plan Condor ». Il fait référence à la répression politique organisée par l »Ecole des Amériques » aux USA, qui a éliminé toute une génération de leaders et militants progressistes latinos à l’échelle continentale et aidé à installer des dictatures militaires partout dans les années ’60-’70.

En 2009, l’administration Obama a démarré sa première législature en donnant le feu vert au renversement du président du Honduras Mel Zelaya, dont le péché majeur a été de vouloir intégrer son pays dans l’ALBA, un organisme de coopération régional impulsé par Hugo Chavez. Depuis, les Etats-Unis n’ont pas cessé de promouvoir les « changements de régime ». Mais le président états-unien a fait le pari d’un type d’interventionnisme de bas profil: les coups d’état « en douce » à travers le financement d' »ONG’s » très particulières comme l’USAID, la Fondation Ford ou les organismes Soros.

Ces méthodes de guerre non-conventionnelle se complètent par le rôle essentiel des cartels médiatiques dans la bataille idéologique. Si la droite réussit l’exploit de combiner un discours d' »alternance » avec son habituel catéchisme néolibéral qui chante les louanges du FMI, c’est en partie parce qu’elle profite des contradictions soulevées dans le processus de transformation sociale et économique des gouvernements progressistes. Mais c’est surtout parce que cette droite joue la partition des intérêts économiques des multinationales. Et elle n’a pas hésité à mettre en pratique, grâce aux médias dominants, des méthodes de diffamation et déstabilisation de leurs adversaires débouchant jusqu’à l’interruption pure et nette de la légalité démocratique dans le cas du Brésil.

Le putschisme est aussi la stratégie privilégiée de la droite vénézuélienne, qui a appelé à la « prise de Caracas » le 1er septembre. Mais le peuple vénézuélien vient de faire une belle démonstration de ce que les plans de la droite ne marchent pas toujours, s’ils ne comptent sur le soutien des masses. Celles-ci soutiennent largement le processus de la révolution bolivarienne. Une réalité que les médias européens se sont bien gardés de montrer.

Pourtant, cette guerre non-conventionnelle a des victimes bien réelles. En Bolivie, le vice-ministre Rodolfo Illanes vient d’être assassiné fin août; au Venezuela, des leaders chavistes sont la cible régulière d’un phénomène nouveau, le para-militarisme. Le jeune député Robert Serra est l’un des cas le plus emblématiques. Au Honduras, l’assassinat de Berta Caceres cette année est la conséquence directe d’une répression à vaste échelle qui se déroule devant nos yeux (100 militant/es écologistes assassinés entre 2010 et 2014). L’administration Obama peut en être fière. L’implication de Mme Clinton dans le coup d’Etat au Honduras est bien documentée. Si elle gagne les élections, une chose est sûre: la continuité de l’ingérence USA en Amérique Latine est assurée.

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Source: Investig’Action