Déchainement médiatique en France au sujet du Burkini

Cela marche à fond, le ridicule ne tue pas.

Désigner un bouc émissaire est payant. Une pause estivale où tout le monde est découragé par les morts et les attentats, une rentrée sociale difficile qui se profile : le moment est bien choisi. Pour les médias, cela fait vendre du papier, qu’on soit pour ou contre l’interdiction du maillot couvrant, tout le monde a une opinion. Ce n’est pas compliqué, il n’y a pas de données économiques ou géostratégiques à comprendre.

Le tourisme est en baisse, cela fait parler de son bout de plage française, au risque de se couvrir de ridicule à l’étranger et de voir, plus tard, fuir les mêmes touristes.

Pour le moment, les affaires marchent. On ne parle plus de la politique guerrière de François Hollande après Nice. Manuel Valls se faisait huer? Il récupèrera des sympathisants en faisant des déclarations sur les « valeurs de la république » sans se soucier des libertés. Cela fait même oublier un peu le 49.3, la loi travail et le fait que Emmanuel Macron ne soit pas de gauche.

Faire le jeu de la droite et des vrais extrémistes.

Les élections approchent à grands pas et la menace « front national » se précise. Il est temps pour tout le monde, gauche et droite confondues, de grignoter de l’électorat de droite. Et cela plait, il suffit de voir à quel point le débat est suivi. Cela fait hélas aussi le jeu de Daesch qui peut encore plus facilement présenter les musulmans comme victimes de l’Occident décadent. «Pas d’amalgame» est loin. On mélange tout, il en sortira bien quelque chose.

La laïcité

La laïcité est devenue une nouvelle religion qui interdit toute distinction religieuse. Enfin, exclusivement vis à vis des musulmans. On n’a jamais verbalisé le port d’une croix au cou ou de la soutane. Mais il s’agit de femmes musulmanes, on se déchaine pour savoir ce qu’elles doivent porter. On exige l’assimilation, qui tend à faire disparaitre toute particularité religieuse ou culturelle, alors que l’intégration est respectueuse de tous.
Pour les « nouveaux réactionnaires », la laïcité est devenue un instrument d’oppression des classes populaires musulmanes, qui font pourtant aussi partie de notre histoire européenne. Elles ont versé leur sang durant la plupart des guerres occidentales du 20ème siècle, elles ont participé à l’essor industriel de ces 100 dernières années en tant que travailleurs immigrés. Ce qu’on leur demande aujourd’hui, c’est de se rendre « invisibles » au nom de la laïcité. On oublie que la laïcité est avant tout la liberté de culte pour chacun et la recherche rationnelle du bien commun.

Les valeurs de l’occident

Les valeurs de l’occident seraient égratignées par quelques femmes voulant se baigner habillées?  La France, imprégnée des idées du siècle des lumières, a bien possédé des esclaves et a colonisé l’Afrique les armes à la main. Massacres de masse, enfumage des villages qui résistaient, têtes coupées exhibées en Algérie. Deux guerres mondiales. On massacre au gaz dans les tranchées, on envoie les « indigènes » se battre en première ligne, on fusille. Après ces périodes tragiques, rien n’est fini : massacres de Sétif et de Madagascar en 1947. Guerre d’Indochine. Plus proche de nous, interventions en Côte d’Ivoire, Irak, Mali, Centrafrique, Libye, Syrie. Laurent Fabius ira jusqu’à déclarer que Al Nosra y fait du bon travail. Parler des valeurs de l’Occident en ne prenant que des morceaux choisis et en oubliant les épisodes moins glorieux, c’est un peu facile.
En matière de droit des femmes, on feint d’ignorer le nombre de victimes de violences conjugales en France, l’inégalité des salaires entre hommes et femmes et la composition aux trois-quarts masculine de nos gouvernements et conseils d’administration. On évite aussi de rappeler des cas comme celui de Dominique Strauss Khan qui avait pourtant trouvé des camarades de gauche pour le défendre. Enfin, l’héritage chrétien n’est pas vraiment un exemple en ce qui concerne l’égalité des sexes.

La libération des femmes par la mode

En 1958, on a organisé un dévoilement forcé en Algérie. Cela devait servir, entre autre, à mettre en scène les « bienfaits » du pouvoir français alors sur le déclin. En réaction, des algériennes qui ne portaient pas le voile se sont mises à s’en couvrir. Ceux qui prétendent «libérer» la femme musulmane ne se posent même pas la question de savoir si elles ne choisissent pas elles-mêmes leur manière de se vêtir.  Les croire totalement soumises au dictat de leurs maris-pères-et-frères est une méconnaissance totale du fonctionnement de ces familles. Enfin, vouloir libérer les femmes en les prenant d’emblée pour des idiotes est une démarche affreusement patriarcale.
Prétendre ensuite que le petit maillot, bikini ou string sont des signes de libération, relève de la fantaisie la plus totale. Surtout lorsqu’on analyse les campagnes en faveur des régimes, épilations et produits de bronzage qui peuplent les magazines au printemps, afin de pouvoir présenter un corps parfait dans ce fameux mini bout de tissu. Parmi ces campagnes publicitaires, beaucoup présentent une image lamentable de la femme, déguisée, soumise à des clichés ou placée dans des situations qui suggèrent le sado-masochisme. La mode occidentale n’est pas exempte d’asservissements. Les talons hauts, jugés «sexy» par exemple : rappelons le cas de cette jeune femme licenciée (1) pour avoir refusé d’en porter au travail. Les hôtesses (de l’air, d’accueil…) ont l’obligation d’être maquillées. Ces exigences sont à l’évidence beaucoup plus connotées sexuellement que le port de la cravate et du costume pour les hommes.

Nous n’avons pas de leçons à donner. Il est grand temps de remettre le respect des différences au centre de nos débats, d’ apprendre à vivre la diversité des cultures et des choix spirituels. Les paroles racistes, en particulier contre les musulmans et les immigrés sont de plus en plus nombreuses. A force de les désigner comme « bouc émissaire », on finira par oublier que nous devons rester unis contre les véritables responsables du démantèlement de nos acquis sociaux, des guerres et de la pauvreté.

(1) Nicola Thorp, une intérimaire londonienne de 27 ans , fut renvoyée chez elle sans salaire au motif qu’elle ne portait pas de talons hauts. «On attendait donc de moi de travailler neuf heures d’affilée debout à accompagner les clients en salle de réunion. Je n’aurais tout simplement pas été capable de faire cela en talons !»