Le monde entier est contre, mais…

Attaquer l’Irak ? La Chine est contre, et aussi la Russie, et bien sûr les pays arabes. Comme l’ensemble du tiers monde. Rien de nouveau : les attaques contre la Yougoslavie et l’Afghanistan s’étaient faites, déjà, contre la majorité des pays du globe.

Plus neuf : l’Allemagne aussi dit non. Et la France. Même en Grande-Bretagne, on ne trouve plus un seul va-t-en-guerre. Généraux retirés, dirigeants des deux grands partis, évêques dénoncent l’attaque en préparation. Blair a bien dû le signaler à son copain Bush.

Même aux Etats-Unis, des « faucons » réputés deviennent « colombes », du moins pour un temps. Kissinger, Scowcroft et le « vainqueur » de la guerre du Golfe 91, le général Schwarzkopf, avertissent Bush de ne pas se lancer en guerre sans un soutien international plus solide.

Divergences ? Pas nouveau.

Le fait que des divergences s’expriment au sein même du camp impérialiste ne prouve pas que la guerre n’aura pas lieu. Au contraire. Quelques mois avant l’attaque contre la Yougoslavie (mars 99), le Conseil des ministres européens avait dénoncé les attaques de l’UCK séparatiste albanaise au Kosovo. Tandis que le même Kissinger déconseillait au président Clinton d’attaquer la Yougoslavie : « Il faut garder les forces US en prévision de deux affrontements majeurs : contre l’Irak et contre la Corée du Nord ».(1)

Cela n’avait nullement empêché Clinton d’attaquer la Yougoslavie. Notamment pour obliger les pays européens à suivre la direction des USA, patron militaire du continent européen.

A nouveau, et plus encore, la guerre apparaît comme le seul moyen pour une administration Bush, contestée et isolée, de rétablir son leadership. Berlin et Paris aimeraient bien signer des contrats avec l’Irak et l’Iran ? Une motivation de plus pour Washington.

Bref, le monde entier est contre, mais les « maîtres du monde » préparent quand même la guerre, car nous vivons en démocratie, n’est-ce pas ? C’est-à-dire que si la Bourse plonge, et avec elle les super-profits artificiels, si l’industrie des armements piaffe d’impatience à l’idée de tester, puis de vendre sa nouvelle « E-bomb » (paralysant tous les systèmes électroniques, avec les conséquences qu’on imagine pour les hôpitaux, centrales électriques et autres infrastructures vitales), alors les maîtres du monde décident qu’il faut faire la guerre. Détruire, terroriser, tuer. Simplement, Bush se dit « patient » : il se donnera un peu de temps pour mettre en scène une grande provocation médiatique comme dans chacune des guerres précédentes : Timisoara (1989), « Couveuses volées » au Koweït (1990), faux « massacre » de Racak (1999), etc.

Une poignée contre le monde

Tout ceci illustre deux phénomènes importants : 1. Une petite poignée de gens prétendent diriger le monde contre la volonté générale. 2. Les résistances à cette dictature des multinationales, et à leurs guerres, se renforcent.

Les deux points sont profondément liés. Si Kissinger, Blair et autres vendeurs d’armes au Népal hésitent aujourd’hui à suivre Bush, ce n’est pas qu’ils soient devenus pacifistes et solidaires, c’est par crainte que ces résistances n’amènent un renforcement du front mondial contre la mondialisation et l’exploitation en général. C’est donc en développant la solidarité avec l’Irak, la Palestine et tous les pays menacés, qu’on pourra augmenter encore les divisions du camp d’en face et mieux défendre la paix.

(1) Los Angeles Times, 21 février 99