L’espionnage étasunien, une menace pour la sécurité nationale en Amérique Latine

Les activités et opérations clandestines de la CIA, qu’actuellement supervise Michael V. Hayden, le directeur nommé par le nouveau président, Barack Hussein Obama, représentent aujourd’hui un danger réel, quotidien et croissant pour les nations d’Amérique Latine, soulignent les experts du Cercle Latino Américain d’Etudes Internationales (CLAEI). Si l’on souhaite contrecarrer cela, il faut une action coordonnée et unifiée des services de sécurité nationale dans la région, proposition encore embryonnaire mais qui pourrait trouver une forme adéquate dans un futur proche. Le monde entier nourrit une espérance importante envers Obama, bien qu’avec nuances et réserves, la nature profonde du système étasunien invitant à la prudence et même à un franc scepticisme. La vision hégémonique persiste à Washington avec suffisamment de puissance pour nuire à l’Amérique Latine et au reste du monde.
Février 2009

Le directeur national du Renseignement d’Obama, Mike McConnell, et le directeur de la CIA, Hayden, ont désigné le Mexique- avec l’Iran- comme l’un des principaux défis pour la politique extérieure étasunienne dans un futur immédiat, lors de déclarations qui ont eu pour précédent immédiat le rapport « Circonstances opérationnelles du Commando Conjoint des Forces Armées des Etats-Unis 2008 ». Ce rapport a mis sur pied d’égalité le Mexique et le Pakistan en tant qu’Etats en crise menaçant la sécurité des Etats-Unis et du monde.

Ceci signifie, selon les spécialistes du CLAEI – entité académique de la société civile se consacrant à la recherche, l’analyse et la réflexion, et qui a son siège à Mexico- que, bien que le président Obama ait promis une nouvelle ère de respect et de coopération avec le reste du monde, les stratèges de la vision impérialiste et la direction du complexe militaro-industriel essaient de maintenir leurs priorités en vigueur.

L’Amérique Latine ne peut pas baisser la garde. Les exemples, malheureusement, abondent. Parmi les cas les plus graves et les moins diffusés il y a l’opération d’espionnage découverte en octobre 2008 dans les bureaux du président guatémaltèque, Alvaro Colom, où l’on a trouvé sept microphones et deux caméras vidéo dans des emplacements qui allaient de la lampe de bureau à la calculatrice. Un équipement similaire fut découvert de même dans la salle de réunions du président Colom. Les microphones et les caméras vidéo transmettaient conjointement l’information à un récepteur apparemment non identifié mais à travers lequel les services de renseignement guatémaltèques, avec un appui technologique d’origine international non identifié, sont parvenus à remonter jusqu’à des connections utilisées par la CIA et la DIA ( Agence de Renseignement de la Défense).

L’installation d’équipements d’espionnage et de leurs connections complexes sont des indices indiscutables du professionnalisme de ceux qui ont mené à bien cette tâche, et qui ont pu compter, évidemment, sur la complicité de hauts fonctionnaires guatémaltèques pour avoir accès aux bureaux présidentiels, précisent les analystes du CLAEI.

Au cours des dernières années, on a entendu parler de découvertes de microphones et de caméras secrets dans les bureaux de plusieurs gouvernants de la région, depuis Alvaro Uribe, de Colombie (allié loyal de Washington), jusqu’à Hugo Chavez, du Venezuela, et Evo Morales, de Bolivie, en passant par le Paraguayen Fernando Lugo et l’Equatorien Rafael Correa.

Dans tous ces cas, avec des preuves suffisantes qui généralement ne sont pas divulguées à l’opinion publique pour des questions de sécurité nationale, l’espionnage fut attribué non aux adversaires politiques ni aux chefs du crime organisé, mais à des milieux du renseignement étranger. S’il s’était agi d’une opération des barons internationaux de la drogue, demandent les experts du CLAEI, pourquoi n’a-t-on pas entendu parler d’équipements similaires installés, par exemple, dans les bureaux de la DEA, du FBI ou des équipes policières étasuniennes qui combattent quotidiennement le narcotrafic et d’autres activités du crime organisé ?

Il est parfaitement connu, rappellent les spécialistes du CLAEI, que l’utilisation d’équipement de technologie de pointe pour espionner les gouvernants, hommes politiques et dirigeants sociaux dans le monde entier, est un des principaux moyens d’action de la CIA. Les milieux du renseignement des Etats-Unis sont particulièrement intéressés par les informations personnelles « sensibles », qui peuvent être utilisées par la suite pour faire pression sur des personnalités si elles refusent de suivre les directives politiques que Washington entend leur imposer.

Dans son livre « Bush’s Law : The Remaking of American Justice » (La loi Bush : refondation de la justice aux Etats-Unis), le journaliste Eric Lichtblau a révélé l’importance des activités des organismes des renseignement des Etats-Unis, qui exercent un contrôle ample et illimité, de façon cachée, sur les citoyens étasuniens eux-mêmes.

Si cela se passe sur le territoire même des Etats-Unis, précisent les spécialistes du CLAEI, rien n’ empêche que le renseignement étasunien fasse de même chaque jour en Amérique Latine, considérée traditionnellement par Washington comme son « arrière-cour ». Les déclarations récentes contre le Mexique, et l’activité d’espionnage découverte au Guatemala, constituent les derniers exemples sans équivoque de cette réalité.

Source : Adital

Traduction : Jl Seillier Pour Investig’Action