Washington derrière des organisations de « fact-checking » sur l’Ukraine

La plupart des organisations auxquelles Facebook fait appel pour surveiller et réguler les informations sur l’Ukraine sont directement financées par le gouvernement états-unien, soit à travers l’ambassade US soit via la célèbre National Endowment for Democracy (NED).

Simultanément à l’invasion russe de l’Ukraine, une guerre de l’information, âpre comme la bataille sur le terrain, a fait irruption. Et Meta (le nom officiel de Facebook) a annoncé son partenariat avec neuf organisations pour aider ses utilisateurs russes, ukrainiens et d’autres pays de l’Europe de l’Est à faire le tri entre fiction et réalité. Ces neuf organisations sont: Stopfake, Fact Check Georgia, Demagog, Myth Detector, Lead Stories, Patikrinta 15min, Re: Baltica et Delfi.

“Pour réduire la propagation de la désinformation et proposer des informations plus fiables aux utilisateurs, nous faisons appel à des fact-checkers tiers indépendants, partout dans le monde,” écrit le géant de la Silicon Valley, qui ajoute aussi “Les fact-checkers indépendants de Facebook sont tous certifiés par le Reseau International de Fact-Checking (IFCN). L’IFCN, une filiale de l’institut Poiynter, une organisation de recherche journalistique s’est chargée de mettre en relations les fact-checkers mondiaux entre eux. »

Quel est le problème avec ça ? Au moins cinq de ces organisations sont directement financées par le gouvernement états-unien, un belligérant majeur dans le conflit. L’institut Poynter est aussi financé par la NED. En outre, la plupart des autres organisations de fact-checking ont elles aussi des liens étroits avec l’OTAN, y compris des financements directs.

STOPFAKE

Stopfake est peut-être la plus célèbre et notoire de ces neuf organisations. Établie en 2014, Stopfake est financée par le Conseil Atlantique de l’OTAN, par le British Foreign and Commonwealth Office [appelé désormais le British Foreign and Commonwealth & Development Office], l’ambassade anglaise en Ukraine ainsi que par le ministère des Affaires étrangères de Tchéquie. Elle a aussi reçu de l’argent des États-Unis via la NED, bien que ces donateurs restent discrets.

Une raison potentielle à cela a été évoquée dans un article de 2016, réimprimé par Stopfake elle-même. L’article indique: “Dans le cas de Stopfake.org, lorsque nos opposants veulent insulter le projet, ils citent immédiatement le National Endowment for Democracy comme étant l’un de nos donateurs, comme preuve de l’implication du gouvernement US et de la CIA.

Suite à l’invasion russe, la NED a retiré d’Internet tous les documents publiques en rapport avec leurs projets en Ukraine. Néanmoins, des copies archivées incomplètes de ces documents confirment une relation financière entre ces groupes.

StopFake fut établie explicitement comme une organisation partisane. Comme le remarque un article reluisant de la part de l’International Journalists’ Network, la plupart des fact-checks de Stopfake concernent des histoires venant des médias russes. Et la motivation de sa création était “ l’occupation de la Crimée par la Russie et une campagne pour dépeindre l’Ukraine comme un état fasciste où l’antisémitisme, le racisme, l’homophobie et la xénophobie étaient florissants. »

Bien qu’il soit effectivement incorrect de qualifier l’Ukraine d’État fasciste, ce pays abrite clairement l’un des plus puissants mouvements d’extrême droite en Europe. Et malheureusement, Stopfake elle-même est loin d’être un témoin apolitique dans cette affaire. De nombreux médias occidentaux bien établis, tels que le New York Times, ont fait état des liens entre Stopfake et les suprémacistes blancs ou les groupes nazis (ukrainiens). Lorsque la journaliste locale Ekaterina Sergatskova a exposé ces liens, des menaces de mort l’ont contrainte à déménager.

En effet, d’après certains, l’une des fonctions principales de StopFake est de promouvoir l’extrême droite. Un long exposé par Lev Golinkin dans The Nation a catalogué ce qu’il qualifie de “pratiques agressives de blanchiment en ce qui concerne deux groupes néo-nazis ayant un long passé de violence et de crimes de guerre ” de la part de Stopfake

Nina Jankowicz est certainement la plus célèbre représentatrice de StopFake. Jankowicz a brièvement été à la tête de la Disinformation Governance Board (littéralement: Conseil de gouvernance de la désinformation), une organisation nouvellement créée par le président Biden, avant d’être forcée à démissionner, suite au tollé que cela avait déclenché. Surnommés “le ministère de la vérité”, le conseil et Nina Jancowicz ont ensemble suscité une forte opposition. Pourtant, peu de gens mentionnent le fait que Jankowicz elle-même a, devant caméra, vanté les vertus de nombreux groupes paramilitaires fascistes.

Dans une séquence TV de 2017 sur les bataillons Aidar, Dnipro-1 et Azov, Jankowicz a présenté ces groupes comme des volontaires héroïques protégeant l’Ukraine d’ “ invasions russes éventuelles”. D’après elle, “le mouvement volontaire en Ukraine va bien au-delà du service militaire. Les groupes de volontaires sont actifs en soutenant militairement l’Ukraine avec de la nourriture, des vêtements, et de la réhabilitation post-combat.  Le mouvement travaille aussi activement avec presque 2 millions de réfugiés internes, déplacés par la guerre ne Ukraine.”

Cette description est très éloignée de nombreux rapports d’autres organisations de protection des droits humains, comme Amnesty International, qui prétendent que le bataillon Aidar est coupable d’une kyrielle d’abus tels que, enlèvement, détention illégale, mauvais traitement, vol, extorsion et, possiblement, exécutions. Amnesty International accuse également Aidar et Dnipro-1 d’ “affamer les populations civiles comme méthode de guerre”.

Pendant ce temps, Azov est l’une des plus infâmes organisations de la bande. L’insigne du groupe est une reprise directe de celle de la seconde Division Panzer Waffen-SS, une unité qui aurait commis quelques-uns des pires crimes de l’holocauste d’Hitler. Le bataillon Azov a aussi la coutume de tremper ses munitions dans de la graisse de porc avant les combats. Un crime haineux, calculé dans le but d’empêcher les ennemis juifs ou musulmans de trouver une meilleure vie après la mort. Andriy Biletsky, le fondateur du groupe, a dit en 2010 qu’il croyait que la mission de l’Ukraine était de “mener les races blanches du monde dans une croisade finale contre les Untermenschen menés par les Sémites”, l’expression employée par Hitler pour désigner les juifs, les Polonais, les Ukrainiens et d’autres peuples qu’il destinait à l’extermination.

En février [2022], Facebook a annoncé une modification dans son règlement sur les discours haineux qui permettait l’éloge et la promotion du bataillon Azov. Était-ce suite à une recommandation de StopFake ? MintPress a demandé des commentaires à Meta/ Facebook sur les liens entre leurs fact-checkers et des groupes d’extrême droite. Et si StopFake avait influencé leur décision de permettre le contenu pro-nazi sur leur plateforme. Mais nous n’avons pas reçu de réponse…

Comme noté par Golinkin dans son article pour The Nation, StopFake a aussi défendu C14, un autre groupe paramilitaire qui est décrit comme une simple “organisation communautaire”. StopFake rapporte que C14 a nié avoir mené des pogroms contre les peuples roms, ce qui serait la preuve de leur innocence. Cette description est en désaccord avec le Département d’État états-unien lui-même, qui qualifie C14 de “groupe nationaliste haineux”. Le ’14’ dans le nom “C14” fait référence à un slogan fasciste en 14 mots. 

StopFake a fait de nombreuses déclarations controversées. Par exemple, que la montée de l’antisémitisme en Ukraine est fausse. StopFake est allée jusqu’à dire que des agences de média bien connues comme NBC News ou Al Jazeera imprimaient de fausses nouvelles sur le rôle du bataillon Azov. Dans un article intitulé “La Russie comme Diable: Faux Parallèles Historiques. Quelques particularités de la Culture Politique Russe”, StopFake a aussi prétendu que les camps de concentration de Hitler étaient inspirés de ceux construits par Vladimir Lénine. En réalité, le gouvernement allemand a été le pionnier dans l’utilisation des camps de concentration pendant leur génocide des peuples Herero et Namaqua, entre 1904 et 1908 en Namibie. Les Anglais et les Espagnols ont eux aussi rapidement adopté ce modèle.

De plus, StopFake a des rapports étroits avec le Kyiv Post, un organe de presse ukrainien financé et formé par le NED. Depuis 2016, le Kyiv Post a publié 191 rapports de StopFake.

Qui est la NED ?

Si le fait de recevoir des financements du National Endowment for Democracy doit immédiatement générer des soupçons chez n’importe qui, c’est parce que la NED fut explicitement établie par l’administration Reagan comme une devanture de la Central Intelligence Agency (CIA).

Bien que la NED soit financée par Washington et que des officiels du gouvernement y soient employés, c’est techniquement une société privée. Ainsi, elle n’est pas soumise aux mêmes régulations légales ou examens publics que les institutions nationales.

La CIA s’est servie de la NED pour mener nombre de ses opérations les plus controversées. Ces dernières années, elle a entrainé et transmis de l’argent aux leaders des manifestants de Hong Kong pour faire durer l’insurrection. Elle a fomenté une campagne de manifestations à travers tout le pays à Cuba et a aidé des tentatives de renversement du gouvernement au Venezuela. Ceci étant, plus importante pour cet article est l’implication de la NED dans le coup d’état qui a éjecté Yanukovych. En bref, le changement de régime est l’une de ses principales fonctions.

La NED y parvient en établissant, finançant, soutenant et entrainant toutes sortes d’organisations politiques, économiques et sociales dans des payes cibles. D’après son propre rapport annuel de 2019, l’Ukraine est l’une des “top priority” de la NED. L’agence a (officiellement) dépensé 22 millions de dollars en Ukraine depuis 2014.

Dans leurs plus candides moments, les leaders de la NED parlent explicitement du rôle de l’organisation. “Ce serait terrible pour des organisations humanitaires de par le monde d’être vues comme des filiales de la CIA”, dit Carl Gershman, président du NED de 1984 à 2021, en expliquant comment son organisation a vu le jour. Le co-fondateur Allen Weinstein approuva en déclarant au Washington Post: “Beaucoup de choses que nous faisons aujourd’hui étaient, il y a 25 ans, faites en secret par la CIA.”

VOXCHECK

L’organisation VoxCheck reçoit une assistance financière conséquente du gouvernement US à la fois à travers la NED et à travers l’ambassade US. Elle est aussi financée par le gouvernement hollandais et allemand. Des dossiers incomplets de la NED indiquent que VoxCheck reçoit des dotations annuelles conséquentes et a accepté environ 250 000 dollars en tout.

Avec une telle somme d’argent, on fait beaucoup de choses en Ukraine, qui est de loin la nation la plus pauvre en Europe avec un revenu moyen par habitant de 3500$ par an, bien en dessous de celui de la Russie, qui s’élève à 10 700$. Un don de 15 000$ de la NED à une fondation médiatique ukrainienne lui permet par exemple de payer pour la rédaction de plus de 100 articles.

Malgré ces financements, les médias occidentaux sont et restent louangeur envers VoxCheck. Le Washington Post par exemple, les décrit comme “un petit groupe de fact-checkers indépendants.” Dans le langage courant, le mot “indépendant” est d’ordinaire réservé à un groupe médiatique qui n’appartient à aucun gouvernement et qui n’est financé par aucun gouvernement (comme si c’était là le seul type d’indépendance). Mais, même en mettant la barre si bas, VoxCheck ne répond pas au critère.

Un document de la NED montre un don de 2020 à VoxUkraine

 

Dans cet article, le Washington Post décrit le processus de fact-checking de Vox-Check, qui consiste largement à “répertorier des sources d’information crédibles telles qu’un article de la BBC” et ensuite à déclarer, à partir de cette base, les infos russes comme étant fausses. En d’autres termes, le porte-parole officiel du gouvernement anglais – qui a joué un rôle important dans la promotion des mensonges qui ont conduit aux invasions de l’Iraq et de la Lybie – est considéré comme sacrosaint.

Ce qui ressort clairement de l’article flagorneur du Kyiv Post, c’est que les employés de VoxCheck ne prétendent même pas être neutres et se voient eux-mêmes comme des soldats digitaux engagés dans une croisade contre la Russie. Comme un employé l’a dit, la mission est d’ “empêcher que quelqu’un se laisse abuser par les mensonges et manipulations russes.” D’ailleurs, l’un des employés a quitté son job pour rejoindre l’armée ukrainienne. D’autres employés de VoxCheck ont révélé se sentir coupables de ne pas en faire autant et de se contenter de ne contribuer aux combats que virtuellement.

Bien entendu, la Russie a menti constamment pendant cette guerre; toute cette invasion était basée sur un mensonge. Pendant l’hiver, les officiels russes n’ont cessé de répéter qu’ils n’avaient pas l’intention d’envahir l’Ukraine. De leur côté, les médias russes ont prétendu que le président Zelenski avait fui le pays à la suite de l’invasion. Mais dans une guerre, tout le monde ment. Ainsi lorsqu’une opération de fact-checking critique constamment un camp et reste le plus silencieuse possible à propos de l’autre, alors elle prend clairement position et se comporte de façon partisane. Les personnes désireuses d’avoir une vision critique devraient s’intéresser aux déclarations des deux camps.

FACT CHECK GEORGIA

L’organisation Fact Check Georgia se décrit elle-même comme “un site web indépendant et non partisan qui offre à ses lecteurs une information recherchée, vérifiée et basée sur les faits.” Pourtant elle reçoit des fonds de nombreuses organisations douteuses, dont la NED, l’ambassade US, le German Marshall Fund (un fonds de placements états-unien), le gouvernement hollandais et le European Endowment for Democracy, une organisation “privée” financée par l’Union européenne et explicitement modelée sur la NED.

La section ‘About us’ du site web de Fact Check Georgia révèle le vrai degré d’indépendance de l’organisation.

 

L’indépendance de Fact Check Georgia est potentiellement mise à mal par le fait qu’en bas de chaque page de son site web sont affichés les blasons de la NED et de l’ambassade US de Georgie. C’est accompagné par l’information, “les vues et opinions exprimées sur le site sont celles de FactCheck et ne reflètent pas les vues et opinions de nos donateurs ». Une phrase qui n’aurait pas besoin d’être écrite dans le cas d’une organisation réellement indépendante.

De plus, certains de ses employés ont des passés remarquables. La première personne sur la liste dans la section ‘Notre équipe’ du site web était précédemment le ministre de la Défense en Georgie, un pays qui fut en guerre avec la Russie en 2008.

 MYTH DETECTOR

Une autre compagnie basée en Géorgie, Myth Detector, a été financée par l’ambassade US à hauteur de 42 000$ en 2021. La télévision d’état allemande, Deutsche Welle, lui a versé 41 000$. D’après le rapport financier de Myth Detector, un autre groupe nommé ‘Zinc’ lui a également donné 41 000$. Il s’agit probablement du réseau Zinc, une société de renseignement très secrète qui conduit des opérations de renseignements de guerre pour le compte des gouvernements anglais et états-uniens.

 DEMAGOG

Non seulement l’ambassade US en Pologne finance Demagog, mais elle effectue aussi des formations sur la manière de penser. Le site web de Demagog note que l’ambassade (US) à ouvert une “académie de fact-checking” pour “apprendre à traiter les fausses informations”. “Grâce à la coopération [de] l’ambassade”, nous dit-il, “des cours pour les étudiants et les professeurs ont été donnés, sur les fausses nouvelles, les sources d’informations fiables, et le fact-checking.“

En plus du gouvernement US, Demagog a aussi de l’argent du gouvernement polonais, de l’Union européenne et d’organisations de la CEE.

Ensemble, les opérations de ces cinq organisations sont toutes directement financées par Washington. Cependant, nombre des autres groupes de fact-checking payés par Facebook pour faire respecter leur charte d’utilisateur sur leur plateforme ont, de façon similaire, d’étroites connexions avec des états occidentaux. En effet, la seule organisation sur les neufs à apparaitre relativement libre de toute collaboration gouvernementale directe est Lead Stories, qui fonctionne en autofinancement.

PATIKRINTA 15MIN

L’organisation lithuanienne Patikrinta 15min prétend avec insistance être indépendante et non partisane. Comme on peut le lire dans leur section “À propos”, “les sponsors de Patikrinta 15min ne peuvent pas être des partis politiques, des politiciens, des organisations étatiques ou des compagnies ou organisations liées à des politiciens.” Ils acceptent cependant des financements du Poynter Institute, l’organisation journalistique US qui possède l’organisation de fact-checking Politifact. Depuis 2016 le Poynter Institute a prétendu et a reçu au moins sept donations de la NED pour un total bien supérieur au demi-million de dollars.

On remarque que certains de ces dons sont clairement un moyen de transmettre de l’argent liquide aux groupes de fact-checking de l’Europe de l’Est. Comme précisé sur un résumé de présentation d’un don de 78 000$, le but de cet argent est de “promouvoir l’utilisation des sites de fact-checking comme autant d’outils de vérification efficace dans l’Europe de l’Est et de renforcer la communauté du fact-checking partout dans le monde.” La NED indique également que le Poynter Institute va faire venir plus de 70 journalistes pour un congrès d’entrainement qui débouchera sur plus d’“entrainement”, du “mentoring”, du “soutien” et de l’aide à la “construction de compétences” pour eux et leurs organisations.

L’un des nombreux soutiens financiers de la NED, du département d’état états-unien, à l’ostensiblement neutre Poynter Institute. 

Quelqu’un de cynique pourrait conclure que la NED essayait simplement de blanchir son argent à travers le Poynter Institute. MintPress a demandé à Patikrinta 15min de confirmer ou de nier être l’un des groupes d’Europe de l’Est mentionnés dans les déclarations de la NED, mais n’a reçu aucune réponse.

Comme pour les autres groupes, le verni non partisan de Patikrinta 15min s’effrite facilement. On peut le remarquer grâce à des manchettes comme “Le cynisme russe n’a pas de limite” et le fait qu’ils prennent fréquemment la défense de groupes comme le Bataillon Azov.

Comme StopFake, Patikrinta 15min a prétendu que l’usage d’un symbole Waffen SS par Azov était un hasard. Elle a aussi présenté Azov comme une organisation apolitique et a utilisé des citations du fondateur d’Azov, Andriy Biletsky – peut-être le plus infâme néo-nazi vivant aujourd’hui – comme “preuves” que les plaintes contre Azov étaient de la désinformation russe.

RE:BALTICA

Bien qu’il n’y ait pas de preuve de relation financière entre Re:Baltica et le gouvernement US, la majeure partie de ses financements vient de l’Occident. Comme ils le disent sur leur site Internet, environ les deux tiers de leurs financements viennent d’institutions basées dans des pays de l’OTAN. Ils listent également “le royaume de Hollande” comme faisant partie de leurs amis, c.-à-d. donateurs.

Re:Baltica est généreusement financée par des gouvernements occidentaux et des “ONGs” telle que l’Open Society Foundation de Georges Soros.

 

DELFI

Delfi est un portail Internet majeur en Europe de l’Est et dans la région de la mer baltique. La compagnie ne déclare pas si elle a reçu ou non des financements étrangers. Elle a par contre, indiscutablement, une relation étroite avec la NED. En 2015, DELFI a interviewé Christopher Walker, un manager senior de la NED, à propos de la meilleure façon de contrer la propagande russe. Deux ans plus tard, le président de la NED, Gersham a révélé lors d’une déclaration au parlement lithuanien que son organisation avait:

Travaillé avec la Lithuanie pour contrer les efforts russes de déstabilisation de la démocratie en Lithuanie, en Europe, et en Russie elle-même. Nous avons soutenu le travail de DELFI, basée en Lithuanie, et du East European Studies Center pour ce qui est de surveiller, documenter et combattre la désinformation russe en Lithuanie et dans les états baltes.”

Plus tard cette année, Delfi s’est associé avec la NED pour tenir le 1er Meeting de Young Leaders à Vilnius, au cours duquel des jeunes activistes triés sur le volet furent invités pour faire connaissance avec des journalistes et d’autres personnes influentes, européens et états-uniens, ceci dans l’espoir de construire une force pro-occidentale dans la société civile.

Un diagramme montrant l’organigramme du réseau EXPOSE, publié comme pièce du “Integrity Initiative Act Leak 7”

 

Delfi, Re:Baltica et StopFake furent toutes trois identifiés comme membres proposés d’un réseau de “contre”-propagande que le réseau EXPOSE espérait mettre en place. EXPOSE était prétendument une initiative secrète du gouvernement anglais qui aurait rassemblé des journalistes et des représentants d’états dans une ‘alliance’ visant à modeler le discours public d’une façon plus en accord avec les priorités des gouvernements occidentaux. 

Comme EXPOSE l’a écrit, “il existe une opportunité pour rendre plus puissantes les organisations de la société civile à travers l’Europe, d’améliorer leurs activités existantes et de relâcher leur potentiel afin d’en faire la prochaine génération d’activistes dans le combat contre la désinformation du Kremlin.”

“La coordination de leurs activités représente une opportunité unique”, écrit EXPOSE, pour le gouvernement anglais, dans leur combat contre la Russie. Malheureusement, ont-is déploré, la fixation monomaniaque de StopFake sur la Russie a fait du mal à sa crédibilité.

De façon remarquable, EXPOSE écrit aussi que, “Un autre obstacle pour combattre la désinformation est le fait que certains éléments narratifs venants du Kremlin sont factuellement exacts.” – une admission qui souligne pour de nombreux gouvernements et organes de presse que le mot “désinformation” en vient rapidement à remplacer “information avec laquelle nous ne sommes pas d’accord”.

Dans la liste des employés potentiels de ce réseau, on retrouve des pointures d’acteurs liés aux pouvoirs publics occidentaux, notamment le Réseau Zinc, de nombreux individus liés au site web de journalisme d’investigation Bellingcat, financé par le NED, et Ben Nimmo, un ancien porte-parole de l’OTAN qui est aujourd’hui directeur du renseignement global pour Facebook.

La cyberguerre de Facebook

Cependant, Nimmo n’est qu’un ancien agent étatique parmi beaucoup d’autres travaillant désormais dans les plus hauts rangs de Facebook. Le mois dernier, Mintpress a publié une étude révélant que le géant de la Silicon Valley avait recruté des douzaines de personnes pour tenir des positions influentes dans la compagnie, surtout dans la sécurité, la modération de contenu et les paramètres de confidentialité.

Étant donnée l’influence de Facebook en tant que média et géant de la communication, ce genre de relation est un danger pour la sécurité nationale de la moitié des pays du monde. Et ce n’est pas une menace hypothétique non plus. En novembre, Nimmo a effectivement dirigé une équipe qui a tenté d’influencer les élections au Nicaragua, contre le parti Sandinista au pouvoir et en faveur du candidat soutenu par les États-Unis. Dans les jours précédant les élections, Facebook a effacé des centaines de comptes et de pages de média pro-Sandinista.

Cette action souligne le fait que Facebook n’est pas une compagnie internationale éthérée, mais bien une compagnie états-unienne soumise à la loi états-unienne. Et de plus en plus, elle se rapproche du gouvernement US lui-même.

Qui va surveiller les surveillants ?

Les fausses nouvelles abondent en ligne et notre société n’est pas préparée pour les contrer. Une étude menée par Stanford University a conclu que la grande majorité des gens, même les jeunes qui vont beaucoup sur Internet, n’était pas capable de faire la différence entre du reporting factuel et des mensonges évidents en ligne. Nombreux sont ceux qui vont croire à la propagande russe ! Bien sûr les médias russes diffusent constamment des informations trompeuses, mais les pays de l’OTAN en font autant. Et si les fact-checkers, qui se sont portés volontaires pour trier pour nous la vérité de la fiction, attaquent constamment la Russie, mais restent muets sur les biais de leur propre camp, alors beaucoup plus de gens vont tomber dans le piège de la propagande occidentale.

L’avis général de nombreux de ces groupes de Fact-checking est que “seulement la Russie ment.” C’est là une position d’organisation partisane, une qui se soucie peu de la vérité et davantage d’imposer son contrôle sur les moyens de communication. Et tout ceci est fait au nom de notre sécurité.

Qui fact-check les fact-checkers ? Malheureusement ceci est le travail de petits organes de presse indépendants. Cependant, MintPress subit une censure constante pour s’acquitter de cette tâche, nous sommes empêchés de communiquer avec nos plus de 400 000 followers sur Facebook, les algorithmes des géants de la Silicon Valley nous suppriment, ainsi que les services de transactions financières comme Paypal.

La solution est de développer un esprit critique envers les médias. Tous les médias sont biaisés et partisans. Tout un chacun doit l’apprendre et examiner et évaluer constamment tout ce qu’il lit. Néanmoins, les gouvernements ne veulent pas que leurs populations fassent preuve d’esprit critique, ils veulent que leur message domine; c’est l’une des raisons pour lesquelles la NED finance discrètement de si nombreuses organisations de fact checking à qui elle délègue cette tâche.

 

Source originale: Mint Press

Traduit de l’anglais par O. Boussaton pour Investig’Action