Venezuela : le Petro, une arme révolutionnaire ?

Nicolas Maduro a annoncé la réalisation de plusieurs projets visant à créer “un nouveau système monétaire stable” et à lutter contre le blocus économique des EU et l’hyperinflation de sa monnaie nationale, le bolivar. La création d’une crypto-monnaie est au cœur des réformes économiques du Venezuela.

 

Depuis le 20 février dernier, le pays s’est doté de sa propre crypto-monnaie : le Petro (une idée lancée par Hugo Chavez).

 

Qu’est-ce qu’une crypto-monnaie ?

 

Issue d’initiatives privées, c’est une monnaie numérique virtuelle (dématérialisée) que l’on utilise seulement sur les réseaux informatiques décentralisés, directement entre internautes. Il y en a des dizaines, la plus connue est le Bitcoin. Comparée aux monnaies ordinaires maintenues par des institutions financières, la crypto-monnaie est gérée par un grand livre de comptes consultable par tous sur internet.

C’est donc une monnaie indépendante qui ne dépend pas des banques centrales, pas d’intermédiaire, totalement transparente (toutes les transactions sont publiques), impossible à contrefaire, au transfert immédiat (quelques secondes contrairement à un virement bancaire qui met quelques jours), aux frais de transfert quasi nuls (en tout cas bien inférieurs aux banques classiques), et n’importe quel particulier ou société peut transférer cette monnaie.

C’est aussi une monnaie qui met en grand danger les banques et les institutions financières classiques, si son développement devenait important dans le monde. D’ailleurs, le lobby bancaire ne s’y est pas trompé puisqu’il s’oppose à l’utilisation de ce type de monnaie et défend bec et ongles son système traditionnel. Il arrive même à la faire interdire dans certains pays.

 

L’économie du Venezuela étranglée

 

Le Venezuela bolivarien souffre depuis des mois de dures attaques contre son économie. “Les citoyens sont conscients que la rareté, l’inflation et la détresse économique sont la conséquence voulue du siège économique et du blocus financier auxquels ils sont soumis. Les États-Unis veulent contrôler l’accès aux ressources vénézuéliennes. C’est ce différend qui explique pourquoi, en un peu plus de deux ans, le Venezuela a dû payer au reste du monde plus de 70 milliards de dollars, alors que des pays amis de la puissance hégémonique, comme l’Argentine de Macri, ont obtenu plus de 140 milliards de dollars de nouveaux financements au cours de la même période” affirme Guillermo Oglietti.

Il faut donc à tout prix, contourner les sanctions économiques étasuniennes et stopper le comportement des banques et industriels vénézuéliens qui organisent la pénurie de biens de consommations (marché noir des biens et des devises),et qui sont à l’origine d’une hyperinflation insupportable entrainant la chute du bolivar.

 

L’offensive originale de Nicolas Maduro

 

En février 2018, le Venezuela est devenu le premier pays au monde à émettre une crypto-monnaie souveraine. Le fait qu’un État charge sa Banque centrale de la créer est non seulement inédit mais contraire à son caractère “anti-système”. C’est là sans doute le coup de génie des économistes du gouvernement.

L’idée est de renforcer le bolivar qui se déprécie vertigineusement face au dollar mais aussi et surtout de réduire le recours au dollar. En créant sa crypto-monnaie souveraine, le Petro, le Venezuela a la ferme intention de s’affranchir du dollar. En effet, le Petro est soutenu essentiellement par le cours du baril de pétrole, et un peu par ceux de l’or et des diamants. Indexer le Petro sur le pétrole est un très gros avantage. Contrairement aux autre monnaies concurrentes dont le cours dépend de la spéculation, il aura une valeur intrinsèque sûre, et non des moindres : avec plus de 300 milliards de barils de pétrole, le Venezuela dispose des plus vastes réserves d’or noir au monde, devant l’Arabie saoudite.

Elle sera donc une monnaie forte qui devrait inspirer confiance aux investisseurs et fournisseurs étrangers avec l’espoir que “le Petro soit la crypto-monnaie la plus demandée du monde” (dixit PSUV). Elle permettra au pays de compter sur de nouveaux financements et ainsi de contourner le blocus financier en effectuant des paiements internationaux et des achats de médicaments entre autres. Le gouvernement espère ainsi atténuer la pénurie d’approvisionnement qui affecte lourdement le bien-être de la population. Ce sera la seconde unité de compte après le bolivar.

Dans les zones qui lui sont réservées comme les zones touristiques, le petro en captant une grande partie de la demande de dollars, finira par renforcer le bolivar qui lui est adossé. Le bolivar actuel subit une hyperinflation artificiellement favorisée par le marché noir (+1 000 000 % d’ici à la fin de l’année selon le FMI). Aussi le nouveau bolivar, le “bolivar souverain” issu de cette réforme, se verra amputé de 5 zéros.

L’enjeu est que le dollar perde de la notoriété face au Petro. Comme le commerce international devrait se faire de plus en plus souvent en Petros, on pourra de plus en plus changer des Petros en Bolivars et peu à peu, le dollar perdra de l’importance dans l’économie vénézuélienne. Nicolas Maduro a d’ailleurs assuré que cette nouvelle crypto-monnaie pourrait être utilisée pour payer ses impôts, ses amendes ou encore des services publics comme les transports en commun.

Le Petro est échangé contre 60 dollars, soit environ la valeur d’un baril de pétrole sur les marchés internationaux. Chacun de nous peut d’ailleurs en acheter. Un pétro équivaut à 3600 bolivars souverains. A titre indicatif, le salaire mensuel minimum sera fixé à 0,5 Petro (PTR) soit 1800 bolivars souverains (ou 30 dollars USD) soit 60 fois plus que le salaire actuel (3 millions d’anciens bolivars).

 

Les chances de succès

 

L’idée est d’imposer lentement le Petro comme une devise complémentaire plus stable.

Cette grande ambition exige que la levée de fonds soit un succès. Pour cela il faut une demande. “Une monnaie attire parce qu’elle rend des services de paiement à faible coût, qu’elle est largement acceptée et qu’elle est stable. Dans ce contexte, je ne serais pas surpris que le lancement du Petro – qui a l’avantage d’être adossé au pétrole – soit un succès” (Nabil Berouag)

Le gouvernement a annoncé, en mai dernier, que la vente du Petro avait fait entrer dans les caisses de l’État vénézuélien 3,3 milliards de dollars, dont 1,7 milliards serviront à importer “des aliments, des médicaments et des matières premières pour l’industrie”.

Si l’initiative du Président Maduro est couronnée de succès, ce que je lui souhaite, alors d’autres pays confrontés à des problèmes d’inflation ou de dettes en Amérique du Sud ou en Afrique pourraient s’en inspirer.

Les États-Unis et d’autres pays dits riches voient d’un très mauvais œil qu’un nombre croissant de pays sortent ainsi du système financier traditionnel pour échapper à des sanctions économiques ou aux griffes des créanciers. Trump a déjà interdit aux citoyens étasuniens d’acheter, de vendre et d’investir dans le Petro. Suite à ce décret, les ventes de Petro ont doublé !

Le pari du Petro, une arme révolutionnaire pour une contre-offensive économique en milieu capitaliste ?

 

Source : Le Grand Soir