Une autre histoire cachée : Il y a 214 ans Haïti accédait à l’indépendance

Haïti a accédé à l’indépendance il y a  214 ans, le 1er janvier 1804. Mais ce dont on  ne parle  pas souvent, c’est la bataille de Vertières du 18 novembre  1803, à laquelle l’armée des esclaves infligea une défaite mémorable à la puissante armée de Napoléon Bonaparte de Saint-Domingue.

 

Notre ami Fleuridmond Kerns, journaliste, résume en peu de mots cet évènement épique : ’’ Lors de cette bataille de Titans, certains nègres vont se surpasser afin de mettre toutes leurs chances de leurs côtés avec des exploits que seuls les Dieux peuvent en faire autant’’ (1). Ces quelques mots peuvent décomplexer n’importe quel colonisé !

Cette défaite a eu pour conséquence une onde de choc tel que la France a été, dans le contexte de cette débâcle, amenée à vendre aux Etats Unis, sa possession de la Louisiane pour une ‘’poignée de dollars’’ à 15 millions de dollars, le 20 décembre 1803.

Mais 21 ans après, du fait des rapports de forces qui lui sont défavorables à Haïti, la France (menaça le pays d’un blocus), lui imposa le règlement d’une indemnité de 150 millions de francs or. Les effets financiers consécutifs à cette indemnité, continuent à contribuer à ruiner la République d’Haïti qui ne cesse malgré tout, de demander la restitution de cette ‘’indemnité’’ indue.

On voit bien que le Trésor français a longtemps engrangé des rapines, avant le franc CFA.
Alors, ne pouvant pas toujours digérer cette défaite, la France sous Chirac, a quasiment empêché la commémoration du bicentenaire de l’indépendance d’Haïti, en 2003. Par la suite, il a fait kidnapper, le président de l’époque, Jean Bertrand Aristide, pour le faire déporter en Afrique du Sud.

Cela dit, ‘’L’esclavage est un crime contre l’humanité’’ ne doit pas être un slogan de campagne électorale, mais des actes concrets vécus. Aussi, la réparation des méfaits coloniaux, ne devrait pas être conçue sous forme de paiement par des espèces ‘’sonnantes et trébuchantes ‘’, près des guichets de banques ou du Trésor.

Elle doit se traduire, au plan politique, économique et social par un changement de comportement réel du coté français. Cela à travers les programmes, les livres des élèves et étudiants français et dans la mémoire de leurs professeurs français enseignant l’histoire, la géographie, l’économie etc. Ensuite, par la mise à mort de cette ‘’Françafrique’’ et de cet humiliant sommet Afrique-France des chefs d’Etats, qui voudrait ressusciter l’AOF (l’Afrique Occidentale Française).

N’est ce pas, madame Taubira et monsieur le président de la République française, Emmanuel Macron ? Peut être que M. Claudy Siar de ‘’Couleurs Tropicales’’, qui se mobilise ardemment pour le ‘’RESPECT’’, leur fera entendre tout ceci !

Les Panafricanistes véritables, doivent se remobiliser davantage, pour confondre les autorités françaises en exigeant par la réparation véritables, la restitution à Haïti et (par ricochet), à tous les anciens combattants et leurs familles, leurs argents. Notons qu’on a octroyé 770 millions de dollars à Exécutive Life, suite à la ‘’gaffe’’ financière du Crédit Lyonnais du scandale financier d’Elf.

Avant de terminer, nous voudrions rappeler une chose, qui met en évidence les liens séculaires qui existent entre Haïti et le Sénégal, et évidemment entre ce pays et les autres pays africains. C’est d’ailleurs ce que soulignait l’ancien président de l’Unesco, notre compatriote Amadou Moctar Mbow, lors de sa conférence, à l’occasion de la commémoration du bicentenaire de l’indépendance d’Haiti. (2)

M. Mbow a eu à préciser que des sénégalais arabophones capturés lors de la bataille entre l’Almamy Abdel Kader et le Damel Amary Ngoné Ndella Fall, ont participé à la Révolution de Saint-Domingue. Baron Roger, ancien gouverneur de la coloniale, à l’époque, a raconté les péripéties d’un de ceux-là, revenu au Sénégal, dans le livre ‘’Keledor’’.

 

Notes : 

  1. Haïti-Progrès N°42 du 30 décembre 2003 au 05 janvier 2004
  2. Pour mieux s’imprégner de l’histoire d’Haïti, nous vous renvoyons à nos articles rendant compte de la conférence publique précitée (Haïti : La mauvaise conscience des puissants), publiés par l’Hebdomadaire Haïti-Progrès N° 9 du 11 nov. 2003, puis par le Journal Afrique Investig’Action de Michel Collon, d’une part et notre contribution du 16 décembre 2005 (Histoire cachée : Les victoires du 18 nov .1803 et du 1er janvier 1804), d’autre part.

 

Source : Investig’Action