Trump, Israël et l’Iran. Pour mieux comprendre

L’évolution des sondages sur la cote de popularité de Trump offre un éclairage intéressant sur le contexte des décisions prises par le président US. Ces derniers mois, plusieurs gestes forts ont provoqué la polémique comme le déplacement de l’ambassade à Jérusalem ou le retrait de l’accord sur le nucléaire iranien. Insensé, Donald Trump? Peut-être pas tant que ça, si on pense aux élections de mi-mandat ou à l’échéance de 2020… Une fois n’est pas coutume, Investig’Action vous propose donc l’analyse d’un général français à la retraite, Dominique Delawarde, pour la compréhension qu’il apporte des décisions de Donald Trump. (IGA)


Lorsque l’on examine attentivement, après  16 mois de présidence TRUMP, l’état de l’opinion publique américaine et le taux d’approbation de l’action présidentielle, on fait très vite le triple constat suivant :

 

1 – La politique économique de TRUMP est plébiscitée sur la moyenne des 8 derniers sondages, effectués par 8 organismes différents, depuis le 6 avril 2018 : 50,6 % approuvent, 44,3 % désapprouvent, 5,1 % ne se prononcent pas

https://www.realclearpolitics.com/epolls/other/president_trump_job_approval_economy-6182.html

 

2 – La politique étrangère est à l’inverse largement désapprouvée depuis le 6 avril 2018: 43,4 % approuvent, 51,2 % désapprouvent, 5,4 % ne se prononcent pas.

Toutefois, le taux d’approbation de la politique étrangère a évolué dans un sens moins défavorable à Trump depuis le retrait de l’accord iranien et le transfert de l’ambassade à Jérusalem. Sur la moyenne des sondages effectués depuis le 11 mai 2018 : 47,5 % désapprouvent, 45% approuvent.

https://www.realclearpolitics.com/epolls/other/president_trump_job_approval_foreign_policy-6183.html

 

3  – S’agissant de la direction générale du pays, 53 % des sondés estiment que la conduite du pays va dans la mauvaise direction, 40,2 % pensent le contraire, 6,8 % ne se prononcent pas.

https://www.realclearpolitics.com/epolls/other/direction_of_country-902.html

 

Pour Trump dont les partisans au Congrès vont bientôt devoir affronter les élections de mi- mandat en novembre prochain, la situation n’est pas si mauvaise qu’elle ne paraît.

 

Trump sait qu’il lui faut gagner ces élections s’il veut terminer son mandat dans de bonnes conditions et garder toutes ses chances de ré-élection. Il sait aussi que les électeurs US se déterminent davantage sur les résultats économiques que sur la politique étrangère. Il sait que le résultat sera serré mais qu’il a, pour l’instant, un léger avantage dans toutes les projections. Il sait enfin qu’il ne peut assurer le résultat qu’avec le soutien des lobbies les plus puissants qui peuvent aider les quelques candidats les plus menacés en leur apportant les aides financières et médiatiques nécessaires au succès de leur campagne. L’AIPAC (American-Israel Public Affairs Committee) est incontestablement le lobby dont le soutien fera la différence le 6 novembre prochain.

 

L’AIPAC et Netanyahu souhaitaient la sortie de l’accord sur le nucléaire iranien. Ils ont eu satisfaction. Ils souhaitaient la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël. Ils ont eu satisfaction.

Au Sénat, 35 des 100 sièges sont à renouveler (27 démocrates, 8 républicains). La carte électorale montre qu’il n’y aura  incertitude dans le résultat que pour 8 sièges (AZ, FL, IN, MO, NV, ND, WV, TN). Il suffit aux républicains d’en remporter 2 sur les 8 pour ne pas être minoritaires dans le nouveau Sénat. L’affaire est quasiment assurée, surtout avec le coup de pouce de l’AIPAC.

 

Pour les élections à la Chambre, les 435 sièges sont à renouveler. La carte électorale et les sondages montrent que le combat est, en fait, limité à 31 circonscriptions, les autres joutes électorales étant jouées d’avance. Sur ces 31 circonscriptions, 27 sont tenues par les républicains et 4 par les démocrates. Les républicains doivent l’emporter dans 15 circonscriptions pour garder la majorité. Là encore, un soutien financier et médiatique ciblé des suppôts de l’AIPAC devrait faire la différence.

 Sauf faute majeure de Trump, les élections de mi-mandat s’annoncent sous les meilleures auspices pour ses partisans. Une ré-élection de Trump en 2020 n’est donc plus à exclure.

 

Le retrait de l’accord iranien en mai 2018, suivi du transfert de l’ambassade US à Jérusalem, pour tenir les promesses faites à l’AIPAC en mars 2016, en échange d’une victoire assurée aux élections de novembre et d’une bonne chance de ré-élection en 2020 : voilà ce que l’on peut appeler «le deal du siècle», passé par l’équipe néoconservatrice de Trump avec l’AIPAC (donc Netanyahu). Ça c’est de la politique !