Trois questions à Olivia Zemor sur les récentes victoires pour le mouvement BDS

Malgré les tristes informations venant de Palestine et le manque de réaction de la « Communauté internationale », il nous paraît important de diffuser les bonnes nouvelles qui nous parviennent. Trois questions à Olivia Zemor sur quelques victoires judiciaires pour le mouvement de soutien au peuple palestinien (IGA).

Pouvez-vous nous parler de la victoire judiciaire récente qui a permis d’appuyer quelques arguments du mouvement BDS?

Lassociation Coordination des appels pour une paix juste au Proche Orient, d’abord relaxé une première fois, a été relaxée cette fois-ci en appel par la cour d’appel de Lyon.  Ils nous attaquaient parce qu’on affirmait que acheter des produits de la marque israélienne Teva contribue à financer l’armée israélienne. C’est assez amusant parce qu’une diffamation c’est une atteinte à l’honneur donc TEVA considérait que c’était une atteinte à l’honneur de financer l’armée israélienne. Les juges ont considéré tant en première instance qu’en appel, que c’était un fait, qu’il n’y avait pas de diffamation. Ils voulaient le beurre et l’argent du beurre. Teva disait « nous on est en France on a rien à voir avec Israel » et en même temps ils ont porté plainte pour discrimination contre la nation d’Israël et comme c’est l’Etat juif on sous entend que c’est forcément antisémite. Là aussi, ils ont été débouté parce que le boycott d’Israël et de ses produits, la Cour Européenne des droits de l’homme a jugé le 11 juin 2020 que c’était totalement légitime, lorsqu’il n’y a ni violence ni propos racistes ça fait partie intégrante d’un débat d’intérêt général. D’ailleurs la France a été condamnée à verser 100 000 euros de dommages et intérêts à des militants de Mulhouse qu’elle avait injustement condamné. C’est une action à laquelle nous n’avions pas participé mais organisé par des militants du collectif 69 de Lyon devant la plus grande pharmacie lyonnaise en 2016. Elle s’était très bien passée, ils ont distribué des tracts et proposé aux passants des stickers Merci TEVA à mettre sur les cartes Vital. Le jugement fait remarquer avec une certaine ironie l’attitude de TEVA qui disait que c’était très choquant comme action, que c’était un trouble à l’ordre publique. Pourtant TEVA ne s’en est aperçu que lorsque ça a été relayé plusieurs jours après sur le site d’EuroPalestine.

Notre ministre français de la justice, Eric Dupond-Moretti, n’est pas du tout dans les clous sachant qu’il avait demandé à tous les magistrats de condamner les boycotteurs, uniquement des produits israéliens parce que les autres ils peuvent appeler au boycott de ce qu’ils veulent Russie, Iran, Mexique, Chine et j’en passe, il n’y a aucun problème. Donc il a demandé aux magistrats d’entrer en condamnation malgré le jugement de la Cour Européenne des Droits de l’homme contre des gens qui appellent au boycott d’Israël et de ses produits, en disant la Cour elle nous a pas vraiment condamné sur le fond mais c’est parce que ce n’était pas assez bien motivé des militants de Mulhouse. Son message était qu’il faut condamner mais motiver mieux. Il n’a même pas osé le publier au bulletin officiel mais ça a du influencer quelques juges, malheureusement tous les juges ne sont pas indépendants comme on l’a vu par le passé.

C’est une victoire qui confirme la légalité du boycott et de l’appel au boycott qui n’est donc ni une provocation ni un incitation à la haine et à la violence, c’est ce qui est écrit dans le jugement. On en est satisfaits comme on est très satisfaits du jugement du Conseil d’État en France il y a quelques jours qui a rejeté les suspensions d’associations pro palestiniennes Collectif Palestine Vaincra et Comité Action Palestine, qui avaient été prononcées par Gerald Darmanin en mars dernier. Cette suspension d’association était un référé ce qui signifie qu’un an plus tard la question est réétudiée. Il y a eu des attendus très clairs disant que non il n’y avait pas apologie de terrorisme lorsque l’on publie des communiqués d’associations palestiniennes qu’il s’agisse du FPLP ou autre, que non l’appel au boycott ce n’est pas un délit et qu’il n’y a pas d’incitation à la haine et qu’il faut respecter la liberté d’expression. Le Conseil d’État a même rejeté pour six mois la fermeture d’une mosquée décidée par le gouvernement, à Pessac, cette moquée accusée là aussi d’inciter à la haine d’Israël.

C’est une série de victoires importantes. La justice est passée sur ces points là mais on sait que le bras de fer est loin d’être fini. Le lobby israélien en France est payé pour ça, il continue et continuera à mettre des bâtons dans les roues aux militants qui relaient la campagne palestinienne Boycott Désinvestissement Sanction.

On l’a encore vu cette semaine, des militants du MAN (Mouvement pour une alternative Non Violente) de Montpellier ont été par exemple obligés de faire appel en référé d’une décision d’interdire dans cette ville une projection du documentaire d’Amnesty International sur l’apartheid israélien ! Ils avaient demandé une salle pour un film qui devait se faire en présence du président d’Amnesty. Suite au référé le tribunal administratif a renvoyé vers un tribunal judiciaire. Le lobby israélien en France, ces relais, sont payés pour travailler à influencer le gouvernement, les élus, les médias, tous ceux qui sont appelés à décider ou diffuser de l’information.

Comment expliquez-vous le traitement médiatique tellement différencié entre le boycott d’Israël et Russie et autres?

En fait, ce n’est pas que sur le boycott, tout le monde sait que les médias mainstream sont possédés par des multinationales qui ont souvent des intérêts dans l’armement et donc des intérêts dans l’armement israélien. Par conséquent, ils ne traitent pas l’information de manière objective sur de tels sujets, notamment la Palestine où ils ne parlent des Palestiniens que lorsqu’il y a des Israéliens qui sont tués. Hier, mercredi 11 mai, avec l’assassinat de la journaliste Palestinienne ils vont être obligés d’en parler mais il y a au moins une cinquantaine de journalistes tués ces dernières années dont pendant les marches du retour, il y a des journalistes palestiniens en détention administrative c’est-à-dire sans procès. Dans ce cas-ci, elle est connue et c’est al Jazeera donc on va en entendre parler mais Israël assassine et qui se plaint du fait qu’Israël assassine. Ce n’est pas qu’au niveau du boycott, les médias ne parlent pas du fait qu’il y a un occupant et un occupé, qu’il y a un camp de concentration à Gaza,… Israël vient d’annoncer qu’ils vont procéder en représailles des attaques contre les colons à des exécutions extrajudiciaires contre les dirigeants de partis Palestiniens à l’étranger. Est-ce que les médias en ont parlé? Pas du tout, on l’a vu que sur les réseaux sociaux mais il s’agit bien d’une annonce publique.

D’une part, il y a des intérêts communs entre les puissances occidentales et Israël et ce pays est la pointe avancée de la théorie sur le choc des civilisations, c’est eux contre nous. Israël c’est aussi le laboratoire d’expérimentations de toutes les armes et toutes les technologies de contrôle et de surveillance des populations. Ces technologies sont testées de manière très poussée sur des êtres humains, les Palestiniens, et sont ensuite revendues à nos gouvernements, quel que soit leur nature.

Ce n’est pas l’éthique qui dirige les décisions des gouvernements et par ricochet des médias, qui sont aux ordres, mais plutôt des intérêts qui font qu’il n’y a pas de réaction face à cela. Bombarder des populations civiles, il n’y a pas qu’Israël qui le fait, bombarder en Afghanistan, en Iran ou en Afrique, on est pas les deniers non plus. Pour nous, ce n’est pas très étonnant ce deux poids deux mesures, de voir les sanctions prises en quelques jours contre la Russie qui envahissait l’Ukraine alors que dans le cas similaire – sauf que ça dure depuis 74 ans avec Israel – il n’y a pas de réaction ou plutôt il y a un soutien actif à la politique coloniale israélienne.

Le ministre Dupont-Moretti et sa circulaire pour condamner les militants BDS, n’est-ce pas illégal?

C’est effectivement illégal puisque les jugements de la Cour Européenne des Droits de l’homme prévalent sur la législation nationale et qu’en plus dans la législation nationale française il n’y a aucune loi qui interdit le boycott d’un État pour des raisons politiques, pas plus Israël qu’un autre.

On a des choses assez extraordinaires, au dîner du CRIF, le conseil représentatif des institutions juives de France, qui représente Israël en France, le premier ministre au nom du président Macron, a déclaré il y a deux, trois mois en violation du droit international et du droit français que « Jérusalem resterait la capitale éternelle du peuple juif » et il a dit que les propos d’Amnesty sur l’apartheid israélien étaient très condamnables. Donc ce n’est pas qu’un ministre c’est la violation du droit international au plus au sommet de l’Etat.