Regard sur un siècle de présence polonaise en France : Exposition à l’Université Lille III

La section de polonais de l’université Lille III dévoile une partie de ses « trésors » à la bibliothèque universitaire. A découvrir jusqu’au 30 janvier 2019 (1).

 

 Fondée en 1927, la chaire de polonais des sciences humaines et sociales de la faculté de Lille s’est, au fil des années, dotée d’un important fonds bibliographique et d’archives. Maryla Laurent, professeure, ainsi que Monika Salmon-Siama et Agata Sluzar-Dobrowolska, chargées de cours, ont décidé de le mettre en valeur via une exposition inédite.

Une façon pour elles de lancer les cérémonies liées au 100e anniversaire de la convention franco-polonaise de septembre 1919, qui précise les modalités de l’arrivée massive de travailleurs polonais en France. « 300 000 travailleurs  s’y installèrent de 1919 à 1926, principalement dans le Nord-Pas-de-Calais », rappelle Maryla Laurent.

Dans l’entre-deux-guerres, l’enseignement du polonais à la faculté de Lille répond alors en partie à la nécessité de former les personnes (ingénieurs, médecins, prêtres, etc.) amenées à encadrer cette masse d’immigrés. De jeunes soldats venus du monde entier combattre aux côtés des Alliés au sein de l’armée Haller dès 1917, démobilisés et appelés à retourner en Pologne, y fréquenteront aussi les cours.

D’éminents pédagogues tels Maxime Herman, Waclaw Godlewski, Edmond Marek, Edmond Gogolewski ou encore Daniel Beauvois à qui cette initiative est dédiée, assureront, au fil des décennies, la renommée de ce département…

 

Des dons en cascade

 

Certains d’entre eux à l’instar de Waclaw Godlewski (1906 – 1996) feront don à l’université de leurs archives. Celles-ci livrent un témoignage unique « sur la trajectoire de cet homme hors cadre et sur l’activité du lycée de Villers-de-Lans, l’unique lycée polonais en Europe sous occupation fasciste », commente Daniel Beauvois.

Les archives personnelles de figures de la Polonia régionale tels François Kedzia ou Edouard Kozik y ont aussi été déposées. Tout comme récemment celles de l’historienne Janine Ponty, « la » spécialiste de l’immigration polonaise, disparue en 2017. Aujourd’hui, les dons proviennent surtout de descendants des primo-arrivants.

Des Polonais de la 4e ou 5e génération qui « ne lisent plus le polonais dans le texte. Leurs aïeux avaient choisi la France car elle était susceptible d’offrir une instruction à leurs enfants. Certains sont arrivés avec un ouvrage dans leurs bagages. La Trilogie de Henryk Sienkiewicz figurait parmi les romans les plus appréciés. Le niveau culturel de cette population ouvrière était considérable. Il suffit de mesurer le nombre de sociétés de théâtres qui virent le jour à cette époque. Cependant cet héritage familial est devenu illisible. Il est cependant respecté, on préfère transmettre ces documents que les jeter », se félicite Maryla Laurent.

 

 

Des journaux rares, des passeports, des affiches, des peintures, des médailles, des manuels d’apprentissage du polonais, des tracts, des étendards, une kyrielle de photos en noir et blanc, et même des films 8mm traitant de la florissante vie associative des Polonais du Nord, complètent une collection d’une richesse inouïe.

Une partie de ce trésor est dévoilée dans le cadre de cette exposition. Et Maryla Laurent de rappeler l’apport de cette « immigration ouvrière, composante de la mixité culturelle et facteur de dialogue européen, qui a transformé la région du Nord ». A méditer à l’heure du retour en force des postures xénophobes…

 

Quid de la préservation des archives ?

 

Le fastidieux travail d’inventoriage, engagé il y a une dizaine d’années, a par ailleurs permis de recenser pas moins de 21 700 ouvrages consacrés à la littérature et à l’histoire polonaises.  « Désormais, ces monographies sont toutes accessibles via le catalogue de la bibliothèque universitaire. Les périodiques le seront bientôt », précise la sémillante Monika Salmon-Siama.

Et cette enseignante de rappeler que « des documents rares (livres, archives) en voie de numérisation, seront prochainement disponibles sur le net ».  Une visibilité de nature « à encourager des travaux universitaires autour de thématiques liés à la Pologne ou la Polonia », imagine Monika Salmon-Siama qui vient d’obtenir son habilitation à diriger des recherches.

Un éclat nouveau susceptible aussi de conforter la vocation des « Etudes polonaises » de Lille III à devenir un centre de dépôt et de valorisation des archives liées à la Polonia de France ? De précieux témoignages d’un siècle de présence polonaise aujourd’hui disséminés dans l’Hexagone et menacés, à terme, de disparition…

                                                                                                  

*       Exposition « Polonica » à découvrir jusqu’au mercredi 30 janvier à la bibliothèque universitaire Sciences humaines et sociales de l’université de Lille III, rue du Barreau à Villeneuve d’Ascq. Contact : [email protected]

 

Auteur de l’ouvrage Pologne, j’écris ton nom Liberté paru en 2018, Jacques Kmieciak est journaliste et animateur de l’association Les Amis d’Edward Gierek