Ratonnades en bande organisée dans les rues de l’Hexagone

Mercredi 14 décembre, en marge du match entre la France et le Maroc en demi-finale de coupe du monde, des groupes d’extrême-droite se sont lancés dans une « chasse » à l’arabo-musulman, réel ou supposé, dans les rues de différentes villes de France.

Hurlant des slogans racistes, ces groupes organisés ont cherché à s’en prendre à tous ceux qui s’apparentaient à un Arabe. A Paris, la police a interpelé 38 militants en possession de poings américains, de matraques ou de clés à molette.

A Lyon, les militants d’extrême-droite ont attaqué des supporters marocains rassemblés sur la place Bellecour. Cagoulés, les militants d’extrême-droite ont mené des ratonnades, défilant dans les rues de la ville en cherchant à s’en prendre aux Arabes. Ces militants défilant avec des drapeaux français et scandant « la France aux Français » ont agressé des personnes d’origine maghrébine.

A Montpellier, des groupes d’extrême-droite s’en sont pris aux supporters marocains sur la place de la Comédie dans le centre-ville. Dans cette ville, un jeune homme de quatorze ans a été tué après avoir été fauché par un véhicule alors qu’il célébrait la fin du match dans le quartier de la Paillade. Les individus à bord du véhicule brandissaient un drapeau tricolore.

A Nice, des scènes de ratonnades ont été filmées avec des dizaines de militants d’extrême-droite cagoulés pourchassant des supporters marocains en criant « on est chez nous » et « dehors les Arabes ».

A Strasbourg, des membres de « Strasbourg Offender », un groupe hooligan composé de néonazis, d’identitaires et d’ultranationalistes, sont descendus après le match « patrouiller »  dans les rues du centre-ville et chasser les Arabes.

Ces violences racistes apparaissent clairement comme des actes organisés et coordonnés par des groupes d’extrême-droite violents. Toutefois, si le passage à l’acte violent a été le fait de ces groupes fascistes, les discours racistes de l’extrême-droite parlementaire et médiatique qui ont précédés le match, ont alimenté ces expressions de haine.

En effet, depuis l’annonce de l’affiche de la demi-finale, certains médias, notamment ceux du groupe Bolloré, se sont efforcés de présenter l’opposition footballistique comme une pièce d’un affrontement multiséculaire entre l’Occident civilisé et la barbarie arabo-musulmane. Revêtant le costume du croisé, il ne s’agissait plus, pour ces agitateurs médiatiques, de gagner un match de football mais de préserver la domination de l’Occident confronté à des hordes barbares arabo-musulmanes avançant en rangs serrés derrière l’équipe marocaine.

Dans cette vision du monde, les supporters de l’équipe du Maroc présents sur le territoire français ont été présentés comme des ennemis intérieurs qui gangrèneraient la France afin de « grand remplacer » la population blanche. Le drapeau ou le maillot du Maroc ont été décrits comme les signes d’une offensive anti-française visant à détruire les fondements de la civilisation occidentale.

Evidemment, tous les cadres de l’extrême-droite, de Jordan Bardella à Eric Ciotti en passant par Marion Maréchal ou Eric Zemmour, ont apporté leur contribution à ce « grand récit » du grand remplacement et de la haine de l’« arabo-musulman », réelle ou supposée.

Cependant, ne nous trompons pas dans nos analyses. Si cette haine de l’« arabo-musulman » promue par l’extrême-droite a une telle audience en France, les raisons en sont bien plus profondes. Il nous semble nécessaire de la replacer dans un double contexte historique et politique.

Premièrement, cette haine plonge ses racines dans l’histoire de la colonisation et de la suprématie blanche. En effet, la France a mené des conquêtes coloniales génocidaires, instauré des législations d’exception, relégué au ban de l’humanité des populations non-blanches durant des siècles. Cette histoire ne s’est évidemment pas arrêtée avec la décolonisation. Les non-Blancs vivant dans l’Hexagone ont été maintenus dans un état d’exception permanent au travers de différents mécanismes institutionnels. Dans ce cadre, les discours anti-arabes et islamophobes ont servi de justification au maintien de la domination blanche.

Deuxièmement, de manière plus immédiate, nous sommes dans une séquence historique de quarante ans où le racisme colonial s’est redéployé pour désigner un ennemi intérieur « arabo-musulman ». Des législations d’exception islamophobes ont été mises en place pour lutter contre cet ennemi intérieur. Ces dernières années, Emmanuel Macron a fait de la lutte contre le « séparatisme » un élément central de sa politique. Cette lutte contre le « séparatisme » n’est que le dernier succédané de la suprématie blanche contre les ennemis intérieurs que sont les musulmans, réels ou supposés.

Si les violences de mercredi sont indéniablement le fait d’une extrême-droite militante et organisée, l’ensemble du spectre politique français a participé à promouvoir l’islamophobie et plus largement à maintenir la suprématie blanche.

Est-il besoin d’évoquer la participation de la gauche française à l’« aventure » coloniale française ? Est-il nécessaire de se remémorer la dénonciation des grévistes de l’automobile comme « islamistes » par le gouvernement Mauroy (PS) au début des années 1980 ? Est-il indispensable de reparler du rôle de la gauche et de l’extrême-gauche dans le vote de loi islamophobe du 15 mars 2004 sur l’interdiction du foulard dans les écoles publiques ? Est-il obligatoire de rappeler le silence assourdissant de la gauche française concernant la loi sur le « séparatisme » et l’isolement dans lequel se sont retrouvés celles et ceux, majoritairement musulmans, qui se sont mobilisés contre cette loi d’exception ?

Si nous voulons sérieusement lutter contre le racisme et l’islamophobie, nous ne pouvons pas nous limiter à dénoncer les passages à l’acte violents des groupes d’extrême-droite lorsque ceux-ci surviennent. Il est indispensable de porter un regard critique sur le contexte politique qui rend les discours haineux de l’extrême-droite audibles, car le suprémacisme blanc ne se limite pas à quelques groupuscules violents. En vérité, l’hégémonie blanche est défendue, selon des modalités différentes, par l’écrasante majorité du monde politico-médiatique en France.

Les violences de l’extrême-droite ne sont malheureusement que l’expression radicale d’un racisme anti-arabe et d’une islamophobie largement partagé. Autrement dit, les autorisations au passage à l’acte raciste, les humiliations et  passages à tabac par les milices racistes dans les camps de migrants, de Tziganes ou dans nos villes et quartiers sont les effets et les conséquences des politiques menées par les gouvernements successifs et leurs supplétifs. 

Tant que nous ne nous attaquerons pas aux fondements de la suprématie blanche, nous continuerons à être régulièrement confrontés aux violences, parfois mortelles, de groupes d’extrême-droite organisés.

 

Source: Front uni des immigrations et des quartiers populaires