Pourquoi Macron demande la dissolution du Collectif Palestine Vaincra ?

Macron veut mettre hors la loi deux organisations de solidarité avec la Palestine : le Collectif Palestine Vaincra et le Comité Action Palestine. Trouvez dans l’article du Collectif Palestine Vaincra, publié ci-dessous, les accusations du ministère de l’Intérieur à l’encontre du Collectif et les appels pour agir.


 

Nous avons appris par voie de presse, la volonté du Ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, de dissoudre deux organisations pro-palestiniennes dont le Collectif Palestine Vaincra, « sur demande d’Emmanuel Macron ». Cette annonce a eu lieu quelques heures avant le dîner annuel du CRIF (Conseil Représentatif des Institutions juives de France), durant lequel le premier ministre Jean Castex, lisant le discours d’Emmanuel Macron, a déclaré que « Jérusalem [était] la capitale éternelle du peuple juif » remettant de ce fait en cause la position historique de la diplomatie française et du droit international en s’alignant sur la diplomatie états-unienne et israélienne.

Alors que le Collectif Palestine Vaincra développe des activités depuis 3 ans (rassemblements, manifestations, stands et tables d’informations, etc.), activités qui sont déposées et autorisées par la préfecture de la Haute-Garonne, le gouvernement met en avant sa volonté de procéder à une dissolution administrative afin de tenter de nous réduire au silence. Cette décision éminemment politique intervient après une longue série d’attaques et de pressions à l’encontre du collectif de la part de groupes proches de l’extrême droite israélienne.
Dans le document qui notifie la procédure de dissolution administrative, la large partie des faits reprochés s’apparentent à un délit d’opinion. Explications.

L’anticolonialisme

Dans la tradition politique du mouvement anticolonialiste en France, notre collectif a, dès sa fondation, défendu la perspective d’une « Palestine libre, multiculturelle et démocratique de la mer au Jourdain » et le soutien à la résistance palestinienne « en particulier la résistance progressiste et révolutionnaire qui se bat pour une libération nationale et sociale ». C’est une position qui existe dans le champ politique francophone depuis plus de 50 ans et qui est portée par de nombreuses organisations progressistes, révolutionnaires ou anti-impérialistes.
Dès la première page du document, le ministère de l’Intérieur affirme :

« S’il est évidemment loisible à toute personne, physique ou morale, de discuter ou de contester la politique d’implantation territoriale de l’État d’Israël, cette contestation ne saurait excéder les limites de la liberté d’expression. Or, il apparaît que, sous couvert de la défense du peuple palestinien, le Collectif Palestine Vaincra (CPV) […] incite à la haine, à la discrimination et à la violence envers des personnes en raison de leur origine juive, cautionne les agissements d’organisations reconnues comme terroristes et y incite ».

C’est une attaque sans précédent contre le mouvement de solidarité avec la Palestine à travers des amalgames particulièrement abjects qui assimilent la critique d’un État et d’une idéologie à une forme d’antisémitisme. Ces allégations entrent dans le cadre d’une politique désormais devenu mot d’ordre du quinquennat Macron : amalgame entre antisionisme et antisémitisme à propos duquel le Collectif Palestine Vaincra a écrit à plusieurs reprises. C’est d’autant plus révoltant quand notre collectif a, dès sa fondation, considéré la lutte antiraciste comme faisant partie intégrante de ses combats et a régulièrement participé à des initiatives contre l’islamophobie et l’antisémitisme en particulier ou contre le racisme en général.

Le boycott d’Israël

Le deuxième élément qui nous est reproché est l’appel au boycott d’Israël. Le document affirme que

« ces campagnes de boycott sont autant d’occasions d’afficher son antisionisme et sa haine d’Israël par l’utilisation de termes virulents. Accusé de pratiquer l’apartheid et de voler les terres des Palestiniens, Israël est ainsi traité d’ « État raciste et colonial » ».

Et le ministère de l’Intérieur de citer plusieurs commentaires Facebook qui auraient fait l’objet d’absence de modération de notre part. Évidemment, nous modérons notre page Facebook suivie par plus de 32.000 personnes en supprimant des centaines de commentaires et bloquant des dizaines de comptes mais nous reconnaissons qu’il est possible que certains aient échappé à notre vigilance. Certains commentaires cités ne sont en revanche en rien problématiques, relevant simplement d’un appel au boycott. Cette accusation est un prétexte qui vise simplement à criminaliser l’appel au boycott des produits israéliens. Cette attaque est d’autant plus scandaleuse qu’elle intervient après que la Cour Européenne des droits de l’homme ait condamné la France en juin 2020 pour avoir sanctionné des militant·e·s qui appelaient au boycott de produits israéliens.

Le soutien aux prisonnier·e·s palestinien·ne·s et à Georges Abdallah

Un autre élément extrêmement grave mentionné dans le document du ministère de l’Intérieur concerne les accusations portées contre nous en raison de notre engagement dans des campagnes de soutien à la libération des prisonnier·e·s politiques palestinien·ne·s, au même titre que de très nombreuses organisations en France et dans le monde. Le document rapporte :

« De même, le CPV apporte son soutien à des organisations considérées comme terroristes et des individus impliqués ou condamnés pour des faits en lien avec le terrorisme et cautionne les méthodes violentes employées par ceux qui se présentent comme les « défenseurs de la cause palestinienne » […] À titre d’exemple, entre décembre 2021 et janvier 2022, le CPV a relayé à plusieurs reprises sur sa page Facebook un appel à la mobilisation à soutenir Ahmad Sa’adat, secrétaire général du FPLP […]. De la même manière, le CPV milite très régulièrement pour la libération de Georges Ibrahim ABDALLAH, incarcéré en France depuis 1984 et membres d’honneur de ce collectif alors qu’il a été condamné pour complicité d’homicide volontaire d’un attaché militaire américain et d’un fonctionnaire israélien assassiné en 1982 à Paris. »

Il s’agit d’une attaque gravissime du seul point de vue du droit qui doit préoccuper l’ensemble des défenseurs/euses des droits humains. Depuis quand soutenir la libération de détenu·e·s est-il passible de dissolution ? Cette volonté de criminaliser le soutien à Georges Abdallah est scandaleux quand – faut-il le rappeler – Georges Abdallah est lui-même la cible d’un acharnement de l’État français puisqu’il est maintenu en prison depuis plus de 37 ans et libérable depuis 1999 !

Le soutien à la résistance palestinienne

Le Collectif Palestine Vaincra soutient le droit à la résistance du peuple palestinien contre l’occupation, et ce sous toutes les formes qu’il juge légitime, y compris armée. L’ONU reconnaît la légitimité de la résistance palestinienne (y compris armée) dans sa résolution 37/43 adoptée en 1982. Cette résolution affirme notamment : 

« la légitimité de la lutte des peuples pour l’indépendance, l’intégrité territoriale, l’unité nationale et la libération de la domination coloniale, par tous les moyens disponibles, y compris la lutte armée ».

La résolution 37/43 précise dans son article 21 : 

« les activités expansionnistes d’Israël au Moyen-Orient et le bombardement permanent des civils palestiniens, constituent un obstacle sérieux à la réalisation de l’autodétermination et de l’indépendance du peuple palestinien ».

A contrario, le gouvernement foule aux pieds ces principes et invoque notre soutien à la résistance palestinienne comme motif de dissolution affirmant

« En troisième lieu, le soutien du CPV à diverses organisations terroristes va de pair avec une légitimation des méthodes terroristes qu’elle s’efforce de justifier ou de minimiser au motif qu’il s’agit d’une forme de résistance nécessaire. »

Pour illustrer son propos, le document mentionne des exemples de publications Facebook informant sur l’histoire de la résistance palestinienne et ses protagonistes et qui ne sont en rien des incitations à commettre des actes « terroristes ».

Véritable attaque contre le droit au boycott, contre le soutien aux prisonnier·e·s palestinien·ne·s, et plus généralement contre le soutien à la résistance palestinienne contre l’occupation, la demande de dissolution du Collectif Palestine Vaincra réclamée par le gouvernement est strictement politique et a pour objectif de criminaliser encore et toujours le mouvement de solidarité avec la Palestine. À travers cette offensive, c’est l’ensemble des organisations anticolonialistes et antiracistes qui sont visées. Plus que jamais, nous devons y faire front ensemble !

 

Signez la pétition « Non à la dissolution du Collectif Palestine Vaincra ! »