Opposer une attitude scientifique à Faurisson et aux négationnistes

Faurisson et beaucoup de négationnistes “diplômés”, en voulant démystifier ce qui était en train de devenir la religion sacrificielle de la “shoah” pour mieux ignorer les causes réelles, sociales, politiques, économiques, des politiques de génocide nazi, se sont totalement fourvoyés. Non seulement d’un point de vue moral, mais surtout d’un point de vue scientifique.

 

La méthode Faurisson ciblant les chambres à gaz en tant que telles n’avait pas de sens, car le meurtre de masse est de toute façon démontré, non seulement par les multiples témoins survivant des camps, assassins comme prisonniers, mais par de multiples sources, écrites, photographiées et témoignages aussi sur les fusillades de masse par les einsatzkomando SS partout à l’Est. Par exemple, en Pologne, dans les années 1960-70, on ne parlait pas de “shoah” mais on entendait partout ce genre de témoignage, “en passant”, comme une évidence car tous les Polonais avaient été témoins. Ainsi, lorsque le sujet au cours d’une conversation venait sur l’occupation, en discutant avec un paysan, un ancien cheminot, un chercheur, un non chercheur, etc. sur les juifs et les non juifs exterminés, à l’entrée du village, devant une usine, en masse ou individuellement, on en parlait comme on parlait d’une anecdote parmi d’autres sur telle ou telle chose car tout cela était une évidence que personne ne pouvait imaginer nier.

 

Par ailleurs, les statistiques démographiques sont bien là elles aussi. Par exemple, les cartes de rationnement “J” pour “Juden” (180 calories par jour de toute façon, une ration génocidaire de toute façon) distribuées dans le Gouvernement général (Pologne occupée) puis disparues soudainement. Et puis, officiellement, par exemple, le ghetto de Varsovie avait plus de 450 000 habitants enregistrés par l’administration allemande début 1942 et les déportations de masse ont eu lieu entre juillet 1942 et octobre 1942, officiellement elles-aussi, avec des trains dont les cheminots ont témoigné auprès des organisations de résistance de l’époque qui ont enregistré ces informations (la résistance polonaise avait une organisation d’État clandestin avec toutes ses ramifications, statistiques, information, politique, démographique, sanitaire, éducative, etc.).

Ces habitants au départ enregistrés ont disparu des registres de l’administration qui n’a pas transmis les dossiers à une autre administration qui les auraient “accueillis” s’ils avaient survécu, preuve qu’il n’ont jamais été “réceptionnés”. Les wagons des trains de Varsovie n’allaient pas plus loin que 2 heures de train avant de revenir (les cheminots qui sont allés à Treblinka ont alors témoigné, on n’a pas attendu Lanzmann, ça s’est fait en 1942, et pour compléter, les numéros des wagons enregistrés à l’umschlagplatz de Varsovie par la résistance l’ont confirmé : un aller-retour de 4 heures en tout maximum. Donc si les déportés avaient été déplacés dans un immense camp de travail, ça se serait su et l’administration allemande (civile ou SS) aurait du les enregistrer. Elle était précise l’administration allemande !

 

Les rapports internes de la résistance polonaise, dont seuls les résumés les plus globaux ont été envoyés à Londres et aux gouvernements occidentaux et aux organisations juives occidentales, ont repris ces éléments que les Occidentaux n’ont pas voulu prendre en compte. Cette masse de population des ghettos de Pologne, de Biélorussie, de Lituanie, d’Ukraine et d’ailleurs a disparu sans retour, personne ne les a jamais revus en Pologne ou ailleurs. Les statistiques des disparus après la guerre sont énormes. Et les 250 000 juifs polonais survivants se sont mis à la recherche de leurs proches en 1945-48. Toute une organisation de la Croix-rouge polonaise s’occupait de ces questions. On a retrouvé une masse de Polonais vivants ou beaucoup de mentions de Polonais morts, mais pour les juifs, on a retrouvé quelques individus, mais aucune trace de ce qui était arrivé aux disparus, qui n’ont donc jamais été enregistrés nulle part. Donc ils n’ont pu que mourir. C’est pourquoi se concentrer sur la “technique” de mise à mort comme l’a fait Faurisson est tout à fait secondaire, indépendamment de ce qu’on peut penser de la personne elle-même.

 

Il y a aussi les documents sur les arrivées enregistrées de chaque train par la Reichsbahn/Ostbahn dans les camps qui étaient à la fois de concentration et d’extermination comme Auschwitz et qui sont comptabilisées scrupuleusement, et par comparaison, on a les arrivées de trains de nourriture pour les prisonniers. La simple comparaison de ces deux statistiques démontre que la masse des arrivés n’a jamais été nourrie (même selon les rations de famine officielles du camp). Alors gazés, affamés ou fusillés, peu importe en finale, ils n’ont pu qu’être tués.

 

Faurisson s’est donc penché sur la question par le petit bout de la lorgnette, c’était son droit de chercheur et personne n’aurait du l’interdire certes, d’où la position de Chomsky par exemple, mais son travail n’a pas de sens réel car ses conclusions implicites ou explicites peuvent être contredites par toutes sortes d’autres éléments. Dans toute l’Europe slave occupée, personne ayant vécu l’occupation nazie ne peut douter des exterminations de masse des juifs, des tsiganes, des prisonniers militaires soviétiques, des commissaires politiques soviétiques, des milliers de villages accusés ou soupçonnés d’avoir abrité des résistants, des professeurs de plusieurs universités polonaises car tout cela a été fait publiquement, aux yeux de tous par fusillades et pendaisons …

 

Pour les camps, il n’a pas fallu attendre Lanzmann et ses reportages véridiques mais coupés de façon tendancieuse dans une optique néo-religieuse tendant à justifier la vision sioniste d’un antisémitisme éternel et indéracinable, pour savoir dès les années 1960-70, que les paysans travaillaient le longs des grilles des camps et voyaient tout ce qui s’y passait à l’intérieur. Le camp d’Auschwitz, ce n’était pas un seul complexe c’étaient des dizaines de succursales du camp disséminées dans toute la région, les prisonniers travaillaient souvent à côté, voire parfois avec la population “libre” pour réparer un pont, une route, acheminer des choses, etc. La résistance polonaise avait sa propre organisation dans le camp et la communication de ses agents avec l’extérieur était organisée. Donc les meurtres de masse étaient vus, entendus, diffusés, massivement, y compris donc la question des chambres à gaz et qui on y envoyait. On a gazé les juifs, les tsiganes et beaucoup de prisonniers de guerre soviétiques, à certaines périodes on a gazé des prisonniers polonais, des “Aryens” donc, et même des Italiens (après l’arrestation des soldats italiens suite au coup d’état contre Mussolini).

 

Dès 1945, il y a eu quelques écrivains libérés qui ont décrit ce qu’ils ont vécu, mais surtout ils ont écrit des romans autobiographiques sur le sujet en Pologne. On ne parlait alors pas de “shoah”, cette littérature n’a pas existé en Occident. Un des plus poignant, c’est sans doute le livre de Borowski (traduit ultérieurement en français) non pas pour ses descriptions des horreurs, qui sont évidentes, mais pour le caractère cru et choquant des relations humaines dans le camp, souvent assez loin de la légende de prisonniers qui se soutiennent, de prisonniers qui seraient antifascistes et antiracistes purs ayant agi contre la barbarie nazie en internement. La censure polonaise a laissé publier l’ouvrage après beaucoup d’hésitations pour cette raison. On peut donc supposer que l’auteur savait ce qu’il écrivait. Il s’est d’ailleurs suicidé en se gazant dans sa cuisine dans les années 1950 car il a été incompris, il a trop choqué, il a donné une image des victimes qui n’étaient souvent pas héroïque.

 

Bref, tout ce qui a été écrit sur le sujet, avant Lanzmann, en URSS, en Pologne ou chez les émigrés polonais à l’Ouest mais en polonais a été ignoré après 1945 en Occident. Les sionistes aussi n’ont pas voulu que ces récits soient diffusés, mais il faudrait aussi voir ce qui a pu cependant être publié en Israël. Le “choc Faurisson” d’un côté et le “choc Lanzmann” de l’autre ont en finale contribué à la “sacralisation” du génocide, ce qui a empêché d’analyser rationnellement ce qui s’est passé et la raison des décisions prises par les nazis pour des raisons sociales, politiques, idéologiques. Il faut avoir une attitude scientifique sur ce qu’on appelle la “shoah”, et pas émotionnelle, ce qui est donc aussi vrai sur Faurisson.

 

Source : Investig’Action