“Nouvelle Calédonie” : les Kanaks sont pour l’indépendance !

La question de l’indépendance de la “Nouvelle Calédonie”, l’une des dernières colonies, a été “réglé” par le gouvernement français dans la “discrétion”, comme si le référendum de novembre 2018 était une fin de l’Histoire. Le président Macron a seulement exprimé “son immense fierté” : le peuple calédonien avait choisi de rester français, titrait le “Figaro” avec satisfaction : Nickel oblige !

 

La “Nouvelle Calédonie”, formulation française de la Kanakie, une île parmi d’autres de l’archipel Mélanésien (au sein de laquelle le Vuanatu est indépendant), a été occupée par la France de Napoléon III, en 1853.

Le Second Empire en a fait une terre pénitentiaire : le bagne a “accueilli” en 1871 les communards condamnés. Puis, les zones les plus fertiles ont été occupées par des colons (appelés plus tard les “caldoches”), avant que soit découvert le nickel, richesse essentielle, acquis par des investisseurs, dont la famille Rothschild !

Le peuple Kanak, soumis au Code de l’Indigénat (jusqu’en 1944) est une main d’œuvre bon marché et fournit des soldats lors de la première guerre mondiale. Quelques Kanaks servent même de “bêtes de foire”, lors de l’exposition de 1931 à Paris au Jardin d’acclimatation …

En 1942, l’île a même servi de base à l’armée américaine en guerre contre le Japon. Contre cette “œuvre civilisatrice” menée par l’Occident en Kanakie (1), plusieurs révoltes populaires se sont produites en 1878, en 1917, et surtout dans les années 1984-88, l’insurrection générale réprimée par les colons et la politique du Parti “socialiste” au pouvoir se concluant par l’assassinat du leader Kanak Jean Marie Tzibaou et par les accords de Matignon (entre le 1er ministre Rocard et le Front de Libération Nationale Kanak Socialiste) de 1988.

Le PS a parfaitement réussi sa manœuvre de “pacification” en attribuant un statut “provisoire” de relative autonomie et surtout en imposant un délai de 30 ans (!) pour une éventuelle indépendance au moyen de 3 référendums successifs d’auto-détermination, dont le premier en 2018, soit 165 ans après la conquête sanglante de 1853 !

Durant ces 30 derniers années, tout a été entrepris pour stabiliser la situation favorable aux intérêts français (c’est-à-dire aux colons et aux exploitants de nickel) sans oublier les préoccupations stratégiques et l’exploitation naissante des ressources sous-marines. Le “travail” effectué durant trois décennies a permis à E. Macron d’oser déclarer que Paris est resté neutre lors de la campagne référendaire de 2018 !

Dans le domaine des institutions, les “indigènes” qui ont enfin obtenu le droit de vote exercent quelques compétences secondaires qui ne coûtent pas chères aux intérêts français.

Dans le domaine économique, 80 % des richesses locales sont entre les mains des colons et des milieux d’affaires métropolitaines, avec toutes les conséquences sociales que cela entraîne : de très profondes inégalités et une pauvreté de masse des Kanaks (2 fois plus élevée qu’en France !). Tandis que les prix des produits de base coûtent 34 % de plus qu’en métropole !

Le chômage est massif et l’insécurité sociale conduit à renouer avec les règles tribales et coutumières qui assurent un minimum vital aux membres de la communauté Kanak. C’est ainsi que se réveille la personnalité de la jeunesse (les moins de 20 ans représentent 32 %) qui s’investit de plus en plus en faveur d’une profonde transformation de la société selon des voies propres.

Dans la logique du système néo-colonial, de soi disant “rééquilibrage”, il peut y avoir de règlement véritable des problèmes sociaux.

C’est pourquoi, la France, ces dernières décennies, a favorisé un mouvement migratoire (depuis notamment Wallis et Foutouna et la Polynésie) afin de modifier la structure démographique de la “Nouvelle Calédonie” et rendre minoritaires les Kanaks ! La “solution” a ainsi été trouvé pour placer les autochtones dans une position minoritaire !!

Alors que la métropole fait le maximum pour réduire la venue de migrants, c’est le contraire qui est pratiqué par la “Nouvelle Calédonie” : les Kanaks se représentent plus que 39 % de la population et si les européens d’origine ne sont que 27 %, ces derniers se sont associés à ces migrants de nationalité française devenus leurs “harkis” à bon marché ! De plus, en jouant sur les différences ethniques, ils divisent pour mieux régner, vieille recette toujours “efficace” !

Après avoir diffusé des sondages mensongers ne donnant aux indépendantistes qu’environ 22 % de suffrages, ces derniers ont obtenu 43,6 % !

Les Kanaks et quelques autres sont donc massivement favorables à leur pleine souveraineté, contrairement aux déclarations satisfaisantes de Wauquiez, Le Pen et Macron ! Nous sommes très loin d’un “formidable” attachement des Calédoniens à la France” (Le Pen) et de “l’esprit de responsabilité, sans outrance” d’un PS toujours englué dans son esprit de compromis.

Selon l’Accord de Nouméa, deux autres référendums sont prévus dans un délai de 4 ans. Rien ne dit que les résultats soient très différents puisque la structure de la population sera le même et que Paris fera son possible pour sauvegarder son nickel !

Mais un jour viendra, sans nul doute, qui verra naître la Kanakie souveraine, peut être en s’intégrant à une fédération Mélanésienne.

La politique des macronistes est celle de tous les régimes français successifs. Celle de Jules Ferry, persuadé de la “supériorité” de la “race” blanche sur les “races inférieures”, celle des juristes inféodés adhérant à la thèse de l'”anoblissement morale” de l’indigène colonisé (2), celle enfin de Sarkozy sur l’Africain “indolent” qui “n’est pas entré dans l’Histoire” et “ignore l’idée de progrès” !

Pour cette France-là, l’Humanitaire et le Civilisationnel ont fait tous les métiers ! La politique d’aujourd’hui en Nouvelle Calédonie en donne une illustration supplémentaire !

 

Notes :

  1. Le premier bachelier kanak est diplômé en 1962.
  2. Voir par exemple les conclusions Latournerie sous l’arrêt du Conseil d’Etat du 20.12.1935 ou la loi du 23 février 2005 consacrant les “bienfaits de la colonisation”)
  3. Discours du 27 juillet 2007

 

Source : Investig’Action

 

 

Devons-nous « assimiler, coloniser et civiliser » la Russie ? Et même « l’affaiblir par tous les moyens », comme le recommandait le stratège US Brzezinski ?

Quels intérêts sert la campagne actuelle de diabolisation de la Russie ?

Pour le savoir, lisez  “Faut-il détester la Russie?” de Robert Charvin