Nicaragua : Lettre de Maurice Lemoine à France Amérique Latine (FAL)

Si, dans le cadre de la restauration conservatrice en cours dans toute l’Amérique latine, l’entreprise de déstabilisation que vous encouragez et appuyez devait réussir, les principales victimes en seraient les classes populaires. Inutile de vous dire que ce sera sans moi. Je refuse de cautionner votre parti pris et de voir mon nom instrumentalisé au service d’une cause que j’estime en totale contradiction avec le concept revendiqué par vous de « solidarité ».

 

De Maurice Lemoine , Journaliste (réellement) indépendant.

A : présidents (2), présidente déléguée, président d’honneur, secrétaire général, secrétaire générale adjointe, trésorière, membres du Bureau national (12), membres du Comité directeur (38) de France Amérique latine (FAL).

Mesdames, Messieurs,

Il y a de cela quelques années (je ne me souviens plus exactement quand), il m’a gentiment été demandé si j’acceptais de figurer dans le Comité d’honneur de France Amérique latine (FAL). Plutôt surpris et amusé, car n’ayant jamais recherché ce genre d’exposition, distinction ou figuration honorifique, j’ai néanmoins accepté, eu égard au long chemin parcouru en compagnon de route de votre organisation « de solidarité » avec une région qui nous est chère.

 

Une très grave crise secoue actuellement le Nicaragua. Le 6 octobre, « après avoir longuement débattu de la situation dans ce pays », les membres présents de votre comité directeur ont décidé à l’unanimité des présents, moins quatre abstentions, d’appuyer ouvertement l’attelage hétéroclite de carpes superficiellement barbouillées de rouge et de lapins très blancs qui ont entrepris de déstabiliser et renverser le gouvernement du président Daniel Ortega.

Dans un dossier de votre site Web intitulé « Tensions au Nicaragua : points de vue en analyse », particulièrement manipulateur car se prétendant « pluriel », porteur d’ « analyses diversifiées », et se répartissant en réalité entre un cheval d’appui à l’opposition et une alouette d’articles contraires ou plus nuancées, vous aviez déjà très clairement marqué cette inclination.

Ni « Daniéliste » ni « Orteguiste », je connais les limites du gouvernement sandiniste. Mais je sais aussi ce que, depuis 2006, il a réalisé. Si, dans le cadre de la restauration conservatrice en cours dans toute l’Amérique latine, l’entreprise de déstabilisation que vous encouragez et appuyez devait réussir, les principales victimes en seraient les classes populaires. Inutile de vous dire que ce sera sans moi. Je refuse de cautionner votre parti pris et de voir mon nom instrumentalisé au service d’une cause que j’estime en totale contradiction avec le concept revendiqué par vous de « solidarité ». En conséquence, je vous prie d’ôter immédiatement mon nom de votre Comité d’honneur. « Solidaire », je le demeure bien entendu, mais pas de n’importe qui et dans n’importe quelle condition.

Cette prise de position, bien entendu, si elle marque un ferme rejet de l’orientation de votre « Bureau politique » (moins les quatre abstentionnistes) ne modifie en rien le respect et l’amitié qui m’unit aux multiples membres de vos comités locaux. Nous nous sommes tant de fois rencontrés ! Que ceux qui, malgré cet épisode désagréable, le souhaiteront en aient l’absolue certitude : ils pourront toujours compter sur moi. Réunis par l‘Amérique latine, nous nous reverrons !

Dans l’attente d’une mise en application rapide de ma requête, je vous prie d’agréer, Mesdames, Messieurs du Comité directeur, l’expression de mes sentiments distingués.

 

Maurice Lemoine

 

P.S. Votre communiqué réclame « l’apparition en vie des personnes disparues ». Rien à redire, j’ai mille fois soutenu une telle injonction. Néanmoins, si j’étais vous, et par souci d’honnêteté, je commencerais par fournir aux adhérents de FAL une liste nominative des « disparus » en question (s’ils existent) – et de préférence pas une liste bidon de « victimes de la répression », victimes qui existent, bien entendu, et qui doivent se voir rendre justice, mais auxquelles vos « amis » rajoutent des dizaines et des dizaines de victimes d’homicides crapuleux, de crimes de droit commun, d’accidents de la circulation, afin de gonfler les chiffres et manipuler l’opinion. En oubliant les sandinistes assassinés, cela va de soi…

 

Source : Bolivar Infos