Neutralité des médias ou « traitement de faveur » pour la gauche radicale?

Les partis de gauche radicale sont-ils des partis comme les autres? À en croire leur traitement médiatique, la réponse est non. Ainsi, quand le président du PTB est interviewé à la télévision, difficile de ne pas évoquer… Staline! Les mêmes « faveurs » sont-elles accordées aux autres? (IGA)


 

On entend de plus en plus souvent dire que la gauche n’existe plus, qu’elle doit se reconstruire et qu’elle a du travail. Certes, les socialistes, en Belgique, à force de compromissions dans des gouvernements où ils font alliance avec les libéraux ont hélas  mené des politiques qui s’éloignent sans cesse des préoccupations des plus faibles, et à force de voter des sanctions et des guerres contre les ennemis de l’Otan, cette même gauche ne peut même plus prétendre être pacifiste.

 

Le Parti du Travail de Belgique a le vent en poupe

Des partis de gauche résistent pourtant. Parmi eux, le Parti du Travail (PTB) enregistre un nombre de votes sans cesse croissant aux élections en Belgique[1].

Afin de résister, le PTB s’engage à ne pas entrer dans des coalitions où il serait obligé de faire des compromis allant à l’encontre de son programme. Mais, contrairement à ce qu’on lui reproche dans les médias, il participe au pouvoir soit dans le peu de communes où une coalition a été trouvée, soit à partir des bancs de l’opposition où il siège. Toutefois, l’image que veulent en présenter les médias n’est pas celle des travailleurs.

 L’ancien porte-parole du parti, Raoul Heddebouw, récemment devenu président du PTB, était invité à l’émission « Jeudi en prime » qui suit le Journal télévisé du jeudi 20 janvier 2022, sur la RTBF[2]. L’interview portait sur la baisse de la TVA sur l’électricité et le gaz, qui soulagerait bien des citoyens proches de la précarité et qui est soutenue par le PTB. La deuxième partie abordait le pass covid et l’obligation vaccinale. Le PTB préfèrerait favoriser une médecine de première ligne renforcée et le dialogue avec la population.

 

Restons sur une note négative

Certes, je m’attendais, en regardant cette émission[3], au traitement un peu ironique et narquois, des deux journalistes chargés de l’interview, c’est assez habituel lorsqu’on invite « les communistes » à une heure de grande écoute. Ce fut le cas.

Mais la RTBF a dépassé les limites ce jeudi. Analysons un peu.

En fin d’émission, à la quatorzième minute sur quinze, pour s’assurer que le spectateur, peut-être conquis par les propos de Raoul Heddebouw sur les sujets d’actualité, reste malgré tout sur une note négative, arrive la question :

C’est quoi un communiste ?

Réponse du président du PTB ;

  • Quelqu’un qui en a marre d’une société où les riches deviennent de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres et qui veut rendre le pouvoir aux travailleurs. C’est nous qui produisons la richesse, c’est notre société, c’est à nous de reprendre le pouvoir et ce n’est pas le cas chez nous.

Et là, pendant la réponse, arrive en arrière-plan, la photo de Staline, en bien grand sur fond de drapeau rouge (faut assurer le côté négatif, plus c’est gros, mieux on retient).
Nouvelle question :

Staline, c’est un criminel ?

Réponse :

  • Oui, ce n’est pas mon modèle

Nouvelle question :

C’est quoi votre modèle ? Le président chinois ?

Nouvelle image pour être bien certain de fiche la trouille aux citoyens qui croient que la Chine…

  • Non, mon modèle c’est le PTB en Belgique,… et Raoul Heddebouw développe en restant poli.

 

Tous égaux, enfin presque

Si encore, c’était une habitude de l’émission de revenir sur l’histoire des mouvements politiques pour ironiser avec les présidents des partis, ou de mettre des photos sans queue ni tête derrière les invités, on penserait que tout le monde serait traité pareillement. Mais franchement, je n’ai jamais vu, par exemple, le président du MR (libéraux), mis en scène de la même manière. J’ai d’ailleurs vérifié : le 25 novembre dernier, il a juste eu droit, à la fin de la même émission à la question : « Quelles ont été votre meilleure et votre pire décision ? ». Aucune photo en arrière-plan[4].

Pourtant, imaginez un peu… On demande à Georges-Louis Bouchez[5] : « C’est quoi le libéralisme ? » Et pendant que la réponse arrive, paf, on envoie une image de Pinochet. Ensuite on enchaine avec une photo du président américain (ou de Margaret Tatcher ?)… Sûr, cela ne s’est jamais fait. Mais avec le PTB, on ose tout !

Les journalistes nous conseillent de faire preuve d’esprit critique ? Je leur donne un truc simple : demandez-vous toujours si on pourrait appliquer le même traitement médiatique à tout le monde. Surtout si vous vous prétendez objectif.

Mesdames et messieurs les journalistes, pour vous faciliter la tâche, j’ai déjà préparé l’image.

 

Notes

Ce dimanche 23 janvier à midi, le président du PTB était invité aussi sur RTL-TV. Les clichés sur le communisme  étaient bien au rendez-vous ( on ne dit jamais anti-impérialiste ou marxiste, ce qui est davantage la position du PTB ). Pas de photo de Staline … même si le nom a tout de même été prononcé ainsi que la question sur la Chine ! Les 2 chaines de télévision, finalement, se ressemblent.

[1] Entre 12 et 14% en Wallonie et à Bruxelles en 2019.

[2] Radio télévision belge francophone

[3] https://www.rtbf.be/auvio/detail_jeudi-en-prime?id=2855497

[4] https://www.rtbf.be/auvio/detail_jeudi-en-prime?id=2835891

[5] Président du MR, parti libéral belge francophone