Myanmar: Comment mettre fin pacifiquement au chaos du coup d’Etat

Tempête au Myanmar où l’armée a confisqué le pouvoir et réprime les manifestants. Comment sortir de la crise? Les sanctions décidées par les États-Unis, suivis par l’Union européenne, n’auront pas d’effets constructifs. Il est reconnu que ce dispositif pénalise les peuples plutôt que leurs dirigeants. En revanche, les acteurs régionaux, et la Chine en particulier, peuvent jouer un rôle important à travers le dialogue. Explications. (IGA)


Le 1er février, l’armée du Myanmar a lancé un coup d’État et a repris le contrôle après avoir arrêté des dirigeants démocratiquement élus, notamment la conseillère d’État Aung San Suu Kyi et le président Win Myint. L’armée  a alors transféré le pouvoir au commandant en chef des services de défense, le général en chef Min Aung Hlaing.

Suu Kyi a par la suite exhorté ses partisans à «protester contre le coup d’État», et depuis lors, les manifestations dans tout le pays se sont intensifiées, entraînant des dizaines de victimes civiles et des centaines d’arrestations.

Le coup d’État a suscité la condamnation et l’inquiétude de la communauté internationale. Le Secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, a exprimé son «plein soutien au peuple du Myanmar» et a souligné que «les coups d’État n’ont pas leur place dans notre monde moderne».

On ne sait toujours pas comment la situation évoluera, mais trois aspects critiques peuvent contribuer à une solution pacifique.

 

Dialogue

Premièrement, la promotion du dialogue peut être plus efficace que l’imposition de sanctions. Après le coup d’État, les États-Unis ont rapidement annoncé des sanctions contre l’armée du Myanmar et l’Union européenne a accepté de suivre. La question de savoir si l’Occident imposera à l’avenir des sanctions économiques à grande échelle au Myanmar est particulièrement préoccupante, car l’efficacité de ces sanctions est douteuse.

Dans un article intitulé «Repenser les sanctions» publié en 2016, feu le secrétaire général de l’ONU Kofi Annan et l’ancien diplomate singapourien Kishore Mahbubani ont souligné que l’imposition de sanctions pouvait paraître utile, mais des études universitaires suggèrent que les sanctions ont eu un succès limité.

Par conséquent, l’ambassadeur itinérant de Singapour, Tommy Koh, a appelé les États-Unis et l’UE à ne pas imposer de sanctions économiques au Myanmar, car le bilan historique montre que de telles sanctions font du tort au peuple mais pas à ses dirigeants.

Le professeur Koh a également suggéré que l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) puisse jouer le rôle de médiateur pour ramener l’armée du Myanmar et la Ligue nationale pour la démocratie (NLD)  à la table des négociations et les aider à parvenir à un nouveau pacte de partage du pouvoir.

 

Le rôle de l’ASEAN

Deuxièmement, l’ASEAN doit jouer un rôle constructif clé. L’ASEAN a les principes de non-ingérence et de consensus, mais malheureusement, un consensus formel sur la façon de gérer le coup d’État du Myanmar entre ses États membres n’a pas été atteint jusqu’à présent, alors que l’Indonésie, la Malaisie et Singapour ont affiché des positions relativement fortes.

L’ancien ministre des Affaires étrangères de Singapour, George Yeo, a souligné en 2011: «Si l’ASEAN peut fonctionner sur le principe du consensus, l’ASEAN fonctionne également sur le principe de la pression des pairs, et la pression des pairs peut être très efficace. Et il n’est pas facile pour un pays membre de l’ASEAN d’adopter une position rigide alors que les neuf autres pays sont dans l’opposition. »

En outre, l’ASEAN a également d’autres principes directeurs, notamment l’adhésion à la démocratie, l’État de droit, la bonne gouvernance et le respect des droits de l’homme. En fait, l’ASEAN a toujours joué un rôle vital dans la promotion de la démocratisation du Myanmar.

En 2005, l’ASEAN a réussi à forcer le gouvernement militaire du Myanmar à renoncer à sa présidence de 2006 afin de se concentrer sur la promotion de la réconciliation nationale et de la démocratisation du Myanmar.

Ce mardi [3 mars], une réunion informelle en ligne des ministres des Affaires étrangères de l’ASEAN a été convoquée pour discuter de la crise du coup d’État au Myanmar. Dans sa déclaration finale, l’ASEAN a appelé toutes les parties au Myanmar à «faire preuve de la plus grande retenue et de la plus grande souplesse» et a exprimé «la volonté de l’ASEAN d’aider le Myanmar de manière positive, pacifique et constructive».

C’est un pas en avant positif, mais insuffisant.

 

Le rôle de la Chine

Enfin, la Chine peut jouer un rôle constructif particulier. Comme nous le savons, la Chine et le Myanmar entretiennent depuis longtemps une amitié spéciale «pauk-phaw» («fraternelle» en langue birmane).

Dans une récente interview, l’ambassadeur de Chine au Myanmar Chen Hai a souligné que Pékin n’avait pas été informé à l’avance du changement politique au Myanmar. L’ambassadeur a aussi fermement réfuté les rumeurs selon lesquelles un avion chinois avait transporté des techniciens au Myanmar, la Chine aidant le Myanmar à construire un pare-feu Internet, ou que soldats chinois étaient apparus dans les rues du Myanmar. Mais il a admis avec franchise que tant la LND que les Tatmadaw (militaires du Myanmar) entretiennent des relations amicales avec la Chine.

À l’heure actuelle, l’armée du Myanmar a été largement condamnée et isolée par la communauté internationale, de sorte que l’attitude de la Chine aura une influence particulière sur elle.

Le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi a déclaré que «la Chine soutient l’ASEAN dans la promotion du principe de non-ingérence dans les affaires intérieures et la construction de consensus, en jouant un rôle actif dans la voie de l’ASEAN et en s’engageant et en communiquant le plus tôt possible avec le Myanmar».

L’ASEAN est l’organisation régionale la plus importante à laquelle le Myanmar participe et la Chine est le voisin le plus important du Myanmar. Si l’ASEAN et la Chine peuvent collaborer avec le Myanmar avec détermination et sagesse pour résoudre le différend actuel sur le coup d’État, il est possible que le chaos se calme bientôt de manière pacifique, même si en fin de compte la solution viable et durable à long terme se trouve au Myanmar lui-même.

 

Source originale: Asia Times

Traduit de l’anglais par Investig’Action

Photo: Ninjastrikers