Mohamed Hassan s’est rendu en Ethiopie après la chute de la dictature

Fin août, Mohamed Hassan[i] est rentré d’un voyage en Éthiopie. Il a traversé tout le pays et s’est rendu dans plusieurs régions telles que l’Oromo[ii], l’Amhara[iii] et la Somalie[iv] (ici appelée à tort ; Ogaden). Mohamed y a donné des conférences et a participé à des séminaires. Il a rencontré plusieurs dirigeants de l’ancienne opposition au TPLF[v] et a eu une entrevue avec le nouveau Premier ministre, Abiy Ahmed. Le voyage a aussi été pour lui un coup de pouce personnel. Au début de son parcours, certains l’ont reconnu parce qu’il présente depuis des années ses analyses sur les web-télévisions de l’opposition : Oromo TV[vi], SBS – Amharic[vii] et Esat TV[viii]. Au cours de son séjour, il est même devenu une célébrité du fait de ses passages réguliers à la télévision nationale et locale. Les gens venaient lui serrer la main, de jeunes Éthiopiens de différentes nationalités l’ont remercié pour ses analyses et ses efforts. Il a reçu des cadeaux de gens ordinaires. Mohamed fait partie des heureux anti-impérialistes qui voient leurs rêves les plus fous devenir réalité. Voici un résumé de notre conversation avec Mohamed Hassan.

 

Quelle est aujourd’hui la situation en Éthiopie ?

La situation économique et sociale de l’Éthiopie est aujourd’hui désastreuse. En Occident, on a beaucoup parlé du « miracle économique éthiopien ». Rien n’est vrai. Dans la capitale « moderne » Addis-Abeba, les grands bâtiments neufs sont vides. L’écart entre les riches et les pauvres est énorme et la pauvreté est poignante. Nos médias européens ont parlé et écrit sur « l’économie numérique » en plein développement dans le pays. Aujourd’hui, il n’y a rien de tout cela. Les contes de fées ont disparu. La réalité toute nue est terrible à regarder.

Le régime du TPLF vole, pille et assassine depuis près de 30 ans. Le régime éthiopien était encore plus terrible que celui de Mobutu au Congo ! Le pays est ruiné. Le régime a reçu 40 milliards d’euros de soutien de la Banque mondiale et du FMI. Cet appui a disparu dans les poches des dirigeants qui ont transféré l’argent en masse vers des comptes étrangers. Qui paiera ces dettes ? Le nouveau gouvernement a reçu à peine 1 milliard d’euros des organisations internationales afin de soulager les grandes souffrances. Quelle différence avec l’ancienne « générosité ! »

Dans le passé, la Chine a également investi 17 milliards dollars, la Turquie 3, l’Inde 1 et le Brésil 2 milliards. La plus grande partie de l’argent a disparu dans les poches du TPLF et de ses partisans. En raison de la crise et de la perturbation du pays, les entreprises (y compris les usines de textile) ont pratiquement cessé leurs activités. Heureusement, les travaux d’infrastructures sont restés pratiquement intacts.

La société est complètement bouleversée. C’est devenu « une jungle ». Les Érythréens qui visitent le pays[ix] sont choqués. Les valeurs humaines, la solidarité et la cordialité ont disparu parmi une grande partie de la population, qui a néanmoins les mêmes racines historiques, malgré les grandes différences entre les peuples de la Corne d’Afrique. La dictature de 27 ans a laissé de profondes blessures.

 

Qu’est-ce qui a changé en Éthiopie après la chute du régime du TPLF ?

L’actuel premier ministre Abiy Ahmed est très populaire[x] parmi les différents peuples d’Éthiopie parce qu’il a pris le pouvoir ce printemps, provoquant ainsi la chute du régime du TPLF qui s’est écroulé comme un château de cartes[xi]. Il avait compris que la situation — due à la crise, les nombreux soulèvements — était devenue insoutenable pour le gouvernement. Son initiative a permis d’éviter de nouvelles effusions de sang et une éventuelle guerre civile entre les peuples.

Le TPLF est en train de disparaître. Les services de sécurité[xii] ont été démantelés. Maintenant l’épuration de l’armée est en cours. Un général après l’autre est mis de côté. Un coup d’État militaire n’est plus possible.

Le président est très tolérant. Mais les Éthiopiens crient « plus jamais ça » ! Ils veulent que justice soit rendue. Les meurtriers, les voleurs, les escrocs doivent être arrêtés, condamnés et punis. Le premier ministre et le nouveau gouvernement doivent y travailler, sinon ils vont disparaître. Un réel changement durable doit venir des gens eux-mêmes, qui sont unis sur base de leur haine du TPLF et qui réclament justice. Les gens sont mobilisés et organisés. Il y a des manifestations, des réunions et des référendums partout.

Des décisions doivent être prises. Trois millions d’agriculteurs ont perdu leurs terres, des millions de personnes ont dû fuir leurs terres. Les terres doivent être restituées aux agriculteurs.

La situation dans le Tigré[xiii] lui-même doit être clarifiée. Les Tigréens, qui avaient soutenu le régime du TPLF, se sont enfuis. Ils ont été chassés dans la région d’Amhara, qui a tant souffert. Les Tigréens ont fui à l’étranger, d’autres dans la province du Tigré. Là-bas, ils espéraient trouver du soutien. Mais rien n’est plus faux. Même la province du Tigré a tiré peu d’avantages du régime du TPLF et les habitants de la province ne veulent pas être associés au TPLF[xiv]. Il y a maintenant un accord entre le Mouvement démocratique populaire du Tigré[xv] et avec les nouveaux dirigeants centraux à Addis-Abeba pour résoudre la situation. D’ici 2 ou 3 mois, il n’y aura plus de TPLF au Tigré.

Le plus grand défi pour le nouveau premier ministre était de mettre fin à la terreur dans la région Somalie. La population vit dans une grande pauvreté depuis la nuit des temps. Il y a une menace quasi permanente de famine. Pourtant, la Somalie est la partie la plus riche de l’Éthiopie. Le commerce avec le reste de l’Éthiopie est d’environ 1 milliard de dollars par an, mais le marché noir est estimé à au moins 5 fois plus.

Le Premier ministre d’Éthiopie s’est montré beaucoup trop tolérant à l’égard de l’ancien dirigeant de la région somalienne, Abdi Iley[xvi]. Ce potentat local pratiquait la terreur inhumaine[xvii] depuis 2010. Le premier ministre Abiy Ahmed a longtemps tenu une main au-dessus de la tête de Abdi Iley.

Après la chute du TPLF au printemps, peu de choses ont changé dans la région somalienne. Les prisonniers politiques n’ont pas été libérés, les meurtres et les intimidations sont restés monnaie courante. Au début de l’été 2017, Abdi Iley a organisé un véritable pogrom contre tous les non-Somaliens et non musulmans de la région. Des familles Oromo ont été assassinées, des églises incendiées. Il y a eu des dizaines de milliers de victimes. Un million de personnes ont fui la région.

Après l’intervention de l’armée éthiopienne, suite à une grande réunion et avec le soutien de l’opposition, Mustafa Omer est arrivé au pouvoir. C’est un jeune homme intelligent qui a la confiance de la population[xviii]. Les anciens dirigeants ont été expulsés, certains d’entre eux arrêtés. Enfin, la région somalienne peut envisager l’avenir avec confiance.

 

Que signifient ces bouleversements pour l’Érythrée voisine ?

Le peuple éthiopien connaît le rôle positif que l’Érythrée a joué dans le « changement de régime »[xix].

Isaias Afwerki, le président de l’Érythrée, est très populaire en Éthiopie. Il suffit de voir l’accueil fantastique qu’il a reçu lors de sa première visite dans la nouvelle Éthiopie. La population attend déjà avec impatience la deuxième visite annoncée du président Afwerki. Le conflit entre l’Éthiopie et l’Érythrée a été réglé. Le vieux rêve du TPLF[xx] de réaliser un « grand Tigré » aux dépens de l’Érythrée a disparu à jamais.

Les relations entre l’Érythrée, la Somalie voisine[xxi] et le Soudan se sont améliorées.
Le général Salva Kiir Mayardit, président du Sud-Soudan, a rencontré le président Afwerki. Les deux pays se soutiendront mutuellement.

Les hostilités entre Djibouti et l’Érythrée voisine ont cessé. Djibouti devra apprendre à vivre avec l’essor de plusieurs ports érythréens qui seront directement reliés à l’Éthiopie, la Corne de l’Afrique et l’Afrique centrale. Djibouti le comprendra.

Ces ports joueront également un rôle majeur dans le transport du phosphate, qui est actuellement extrait du sol à une profondeur inférieure à huit mètres. Les mines se trouvent à moins de 60 km du port le plus proche.

Aujourd’hui, des négociations sont en cours entre Lavrov, le ministre russe et Osham Saleh, le ministre érythréen des Affaires étrangères[xxii]. La Chine ne voudra certainement pas être laissée pour compte maintenant qu’elle doit réévaluer son approche en Éthiopie[xxiii]. Une importante délégation allemande s’est récemment rendue en Érythrée. Après les Etats-Unis, l’Allemagne veut améliorer ses relations diplomatiques, politiques et économiques avec l’Érythrée.

L’Occident commence à comprendre que l’Érythrée apporte la stabilité dans la région. Ils ont dû abandonner le rêve d’un « changement de régime » en Érythrée. L’embargo et la campagne de haine contre l’Érythrée cesseront[xxiv]. En Belgique, il n’y a encore rien à remarquer, mais, comme maintenant l’Allemagne change son fusil d’épaule, la Belgique suivra. Les médias en Belgique sont en retard. Ils répètent le vieux mantra : « violation des droits humains », « esclavage »… Il ne faudra pas longtemps avant que ceux qui ont eu le courage de défendre l’Érythrée en Belgique soient entendus.

 

FDM, 5 septembre

 

 

PS À la dernière minute, j’ai appris que les dirigeants de l’Érythrée, de l’Éthiopie et de la Somalie se sont rencontrés à Asmara. Une déclaration commune a été signée. Les trois États les plus importants de la Corne de l’Afrique travailleront ensemble. Ensemble, ils créeront la paix, la stabilité et le développement. Cela peut aller très vite ! L’Érythrée a été et est toujours le moteur de cette évolution historique.

 

Pour en savoir plus :

http://www.shabait.com/news/local-news/27003-joint-declaration-on-comprehensive-cooperation-between-ethiopia-somalia-and-eritrea-

Pour en savoir plus sur l’Érythrée et la Corne de l’Afrique, consultez les sites Web suivants :

http://www.shabait.com

https://www.tesfanews.net/

https://www.linkedin.com/in/eritrea-tour-05b050160/detail/recent-activity/posts/ , le blog de Eritrea Tour

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[i]  Mohamed Hassan est un spécialiste de l’Afrique et du Moyen-Orient. Il regarde le monde du point de vue du « tiers monde », opprimé par l’impérialisme, qui souffre de l’oppression et du sous-développement imposé et qui lutte pour son indépendance et pour la solidarité entre les peuples. Mohamed se rend régulièrement en Érythrée et en Éthiopie et a des contacts au plus haut niveau.  Mohamed peut certainement être considéré comme l’expert de la Corne de l’Afrique. Mais « nos médias » ne l’ont pas encore découvert.

[ii] L’Oromo ou Oromiya est une région (kilil ou état) de l’Éthiopie. La région compte 27 millions d’habitants (environ 27 % de la population éthiopienne). C’est la plus grande région d’Éthiopie en termes de population et de superficie.

[iii] La région d’Amhara est une région (kilil ou état) de l’Éthiopie. La région compte 20 millions d’habitants (environ 20% de la population éthiopienne). La région compte environ 5 millions d’habitants (environ 5% de la population éthiopienne) et est située à l’est de l’Éthiopie, à la frontière de la Somalie, de Djibouti, du Kenya et des autres régions éthiopiennes d’Oromo et Afar. Les anciens conflits avec la Somalie ont conduit à de terribles guerres dans le passé.

[iv] La Somalie est une région (kilil ou état) de l’Éthiopie, à ne pas confondre avec le pays voisin de la région.

[v] Le Front populaire de libération du Tigré (FPLT) a combattu avec l’EPLF, l’organisation de résistance en Érythrée, contre le régime de Mengistu de la seconde moitié des années 70 jusqu’à la chute de Mengistu en 1991. Le TPLF, à l’époque « marxiste », était, grâce au soutien de l’EPLF, la seule organisation politique et militaire forte dans la lutte contre Mengistu. Ils ont pu libérer Addis-Abeba en 1991, mais étant convaincus qu’en raison de leur lutte et de leurs sacrifices, ils méritaient tout le pouvoir. Puis ils ont installé une dictature en soumettant et divisant les autres peuples d’Éthiopie.

[vi] https://oromiamedia.org/

Mohamed Hassan a également joué un rôle important dans les contacts entre les médias Oromo et le régime en Érythrée.

[vii] https://www.youtube.com/watch?v=SYmmsRPE22

[viii] https://www.youtube.com/watch?v=dHoAGAocQNU

[ix] À partir cet été, il y a deux vols par semaine entre Asmara et Addis-Abeba depuis que la paix est devenue une réalité.

[x] Les médias d’Addis-Abeba rapportent une véritable « Abiy-mania ». Par exemple, un magasin aurait vendu plus de 1500 T-shirts à l’image du premier ministre en une journée. Les femmes promettent solennellement de donner à leur (prochain) fils le prénom du premier ministre….

[xi] https://www.linkedin.com/pulse/het-tplf-ethiopi%25C3%25AB-regime-regime-death-eritrea-tour/

[xii] Après la chute de la dictature du TPLF, les services de sécurité (contrôlés par le TPLF) ont tenté une dernière fois d’attiser la haine contre les communautés. Cela a juste accéléré leur chute.

[xiii] La région est située au nord de l’Éthiopie, à la frontière de l’Érythrée, du Soudan et des autres régions éthiopiennes d’Amhara et d’Afar. La population ne représente que 6% de la population éthiopienne (plus de 100 millions d’habitants).

[xiv] Ainsi, la population accuse le TPLF de laisser les familles des soldats tombés au combat contre l’Érythrée, à leur sort malgré toutes les grandes paroles et promesses.

[xv] Pendant des années, la résistance du TPDM a été non seulement  active au Tigré politiquement, mais aussi militairement.

[xvi] Son vrai nom est Abdi Mohamud Omar

[xvii] Cette terreur était principalement pratiquée par la milice Liyu. Ce gang armé a été fondé par le régime du TPLF pour combattre la résistance armée en Somalie, mais aussi la population.  Détail : l’Occident a financé cette unité dite antiterroriste.

[xviii] Omer est un écrivain et un activiste bien connu. Il est très populaire parce qu’il a été pendant des années responsable de la distribution alimentaire des Nations Unies dans la région. https://www.radiodalsan.com/en/2018/08/28/somali-state-of-ethiopia-leader-mustafa-omer-resigns-from-his-un-post/

Son frère a été assassiné, son père emprisonné et torturé et toute sa famille a dû fuir la région sous l’ancien régime terroriste.

 

[xix] https://www.linkedin.com/pulse/paix-et-coop%C3%A9ration-dans-la-corne-de-lafrique-l%C3%A9rythr%C3%A9e-eritrea-tour

[xx] Le TPLF revendique dès le début des années 90 une partie du sud de l’Érythrée où vit une minorité tigréenne, mais qui appartient historiquement à l’Érythrée. La conquête du territoire était l’un des principaux objectifs de la guerre contre l’Érythrée (1998-2000). Maintenant que l’Érythrée reconnaît enfin les accords de paix d’Alger, le territoire occupé à la frontière doit être abandonné

[xxi] Le 13 août, une importante délégation érythréenne s’est rendue à Mogadiscio. Au cours des discussions avec le Premier ministre somalien Hassan Ali Khaire, les deux parties ont exprimé leur désir de rétablir les relations diplomatiques et de coopérer dans l’intérêt des deux pays et de la région.

[xxii] La Russie promet d’investir dans un « centre logistique » sur les côtes de la mer Rouge, sans plus de précision.  La Russie veut aider au développement de l’agriculture et de l’exploitation minière. Ils veulent importer des produits agricoles et des minerais d’Érythrée en Russie. Les Russes contribueront également à l’expansion de l’exploitation énergétique en Érythrée.

Au cours de la rencontre, Sergey Lavrov a reçu la médaille du ministère des Affaires étrangères par le ministre érythréen Osman Saleh pour sa contribution au progrès des relations entre les deux pays et pour ses efforts en matière de diplomatie internationale.

[xxiii] La manière dont les Chinois, par exemple, extraient le gaz dans la région somalienne et exportent par un nouveau gazoduc vers le port de Djibouti vers la Chine est au moins controversée. Evaluer les investissements chinois en Afrique est complexe. Les Africains sont devenus quelque peu méfiants, bien qu’il ne puisse être question d’une « colonisation chinoise ». Les investissements chinois ne représentent que 3 % de leurs investissements dans le monde …

[xxiv] Lors d’une conférence de presse le 31 août, le ministre russe Lavrov a appelé à la levée des sanctions de l’ONU contre l’Érythrée. La stabilité, la paix et le développement dans la région y gagneraient beaucoup.

Russia calls for lifting Eritrea sanctions