Médias, économie et société

Questions de méthode.

Après cinq années de recherche en vue d’établir l’état des rapports entre médias et champ du pouvoir au niveau belge et international, le moment est sans doute venu de revenir, avant d’aller plus avant, sur les questions spécifiques et les cadres théoriques ayant gouverné cette enquête qui a donné lieu, jusqu’ici, à deux ouvrages : L’Information sous contrôle. Médias et pouvoir économique en Belgique et Tous Pouvoirs confondus. Etat, capital et médias à l’ère de la mondialisation.

Ce sera également l’occasion d’un retour sur l’accueil médiatique fait à ceux-ci, en tant qu’il rend compte significativement d’une certaine orthodoxie journalistique, à travers la résistance que cette orthodoxie, dans le chef de ses agents les plus autorisés, exerce à l’encontre de toute approche non seulement critique – ce qu’elle peut à la rigueur accepter – mais sociologiquement déconstructrice – ce qu’elle n’est guère prête à tolérer.

L’objectif qui était poursuivi à travers ces deux publications, double expression d’une même intention de recherche, consistait à mesurer au plus près de la réalité sociale concernée l’imbrication structurelle des sphères journalistique, politique et économique. Un tel champ d’investigation – on l’imaginera sans peine – est forcément traversé de tous côtés par des enjeux idéologiques à l’égard desquels il est impérieux de prendre ses distances. Pour mener à bien ces recherches et éviter l’écueil toujours menaçant du parti pris politique, la démarche s’est donc voulue d’abord et avant tout empirique : dépouillement systématique de la presse économique et financière, qu’elle soit quotidienne, hebdomadaire ou mensuelle, francophone, néerlandophone ou anglophone, alternative ou proche des milieux d’affaires ; écrémage de différents sites Web d’investigation journalistique consacrés à l’élite du pouvoir ; recoupement des données recueillies par d’autres sources, certaines très officielles, telles que les Who’s Who nationaux et internationaux, les déclarations d’intérêts financiers des commissaires européens, les curriculum vitae de dirigeants politiques, les documents publiés par divers lobbies industriels ou encore les archives de compagnies privées et publiques. Les bilans financiers des sociétés ont aussi constitué pour cette double étude un matériel particulièrement précieux ; plusieurs centaines de rapports annuels de multinationales ont ainsi été dépouillés, fournissant nombre d’informations touchant à l’interpénétration du monde des affaires avec ceux de la politique et des médias ; une particulière attention a été réservée aux annuaires des divers lieux de sociabilité de l’élite, au premier rang desquels les clubs privés, où le chercheur « [pénètre] souvent, comme l’écrit Jean Garrigues, sur la pointe des pieds, parfois même par effraction. » A ces matériaux de première main ont été articulés une large gamme d’ouvrages, essais, pamphlets ou mémoires rédigés par d’anciens ou actuels dirigeants politiques ou économiques, ou encore des travaux scientifiques consacrés à la description des principaux groupes d’entreprises en Europe, aux Etats-Unis et ailleurs.

Cette enquête de longue haleine a permis de mettre en évidence les rapports d’imbrication croissante entre presse dominante et « capital », ce dernier vocable recouvrant en l’occurrence un ensemble de réseaux d’intérêts croisés, fait d’actionnaires, d’appareils et d’institutions diverses dont on a tenté de mettre en évidence les articulations le plus souvent tues. L’enjeu n’était pas, bien évidemment, de démasquer quelque « collusion secrète » entre gens de presse et milieux d’affaires, mais plutôt d’étudier la place objective occupée par les médias dans un dispositif d’encadrement politique et idéologique général où s’entremêlent des agents sociaux aussi divers que les propriétaires des groupes de presse, les directeurs de médias, les cercles privés, ou encore les réseaux familiaux tissés entre journalistes et dirigeants économiques.

Par souci d’interroger les effets discursifs et rhétoriques de ces rapports d’imbrication, l’enquête a conduit, enfin, à montrer comment et dans quelle mesure ce lien organique entre presse et pouvoir, repérable à travers toute une série de clichés empruntés à l’idéologie dominante , trouve principalement à s’exprimer dans la couverture médiatique des luttes sociales. L’« archaïsme », la « démagogie » ou encore l’« irrationalité » du syndicalisme de combat se sont révélés ainsi comme autant de figures marquantes, c’est-à-dire de marqueurs significatifs et de lieux communs d’un certain prêt à penser patronal et politique séduisant à son corps plus ou moins défendant l’élite médiatique. La couverture par la presse belge francophone du conflit social des Forges de Clabecq est apparue à cet égard particulièrement éclairante. « Fasciste », « gangster », « gourou », « manipulateur » ou encore « mafieux », les journalistes dominants n’ont pas ménagé les termes stigmatisants susceptibles, à leurs yeux, de rendre compte de la personnalité de Roberto D’Orazio, alors délégué principal FGTB des Forges de Clabecq. Non moins éclairante à cet égard aura été, comme l’analyse l’a montré, la dernière grande grève des TEC en Wallonie qui a vu les éditorialistes de « gauche » comme de « droite » relayer les accusations les plus diverses à l’encontre du personnel en lutte et des syndicaliste, allant de leur incivisme supposé jusqu’à la mise en péril irresponsable de l’économie régionale, en passant par le cliché du fonctionnaire privilégié et oisif.

La presse dominante face à ses critiques : figures de l’ « individualisme corporatiste »

L’accueil réservé par les médias belges à L’information sous contrôle a témoigné lui aussi, à sa façon, d’une certaine forme d’orthodoxie journalistique. Dans la presse dominante, c’est un silence quasi absolu qui a accueilli la sortie du livre. Les journaux et magazines, à de très rares exceptions près , ont préféré à l’époque ignorer l’existence même de l’ouvrage, trop occupés qu’ils étaient à rendre compte du pamphlet de Pierre Péan et Philippe Cohen consacré à La face cachée du Monde. Néanmoins, l’auteur de ce livre et des pages qui suivent a eu l’occasion, à de nombreuses reprises, de débattre avec des journalistes, que ce soit lors de conférences ou, le plus souvent, au détour de conversations.

Les griefs formulés à l’encontre des thèses développées dans l’ouvrage en question sont généralement apparus de trois ordres.

Politisation du discours, d’abord. D’aucuns ont ainsi porté l’analyse au crédit (c’est-à-dire au discrédit) d’un militantisme à caractère politique : les médias étaient, à en croire l’un deux, « condamnés pour ne pas se rallier aux thèses d’extrême gauche » . Argument relevant d’une lecture manifestement biaisée de l’ouvrage dans la mesure où il n’est pas fait une seule fois, dans le livre « incriminé », référence à un quelconque engagement dans quelque formation ou courant politique. Et argument d’autant plus étonnant qu’il ne faisait aucune place aux analyses qui concluent l’ouvrage et qui montrent, pièces à l’appui, avant même toute interprétation construite, combien le discours des journalistes eux-mêmes peut être, sur certaines questions sensibles, qu’ils le sachent ou non, qu’ils le veuillent ou non, profondément imprégné d’une politisation objective du propos.

Grille de lecture « déterministe », a-t-on dit aussi, et faisant l’impasse sur les réalités pratiques et anthropologiques du terrain et donc sur le libre-arbitre des acteurs concernés ou encore sur les chartes et codes déontologiques élaborés par diverses instances de contrôle. Preuve que le subjectivisme méthodologique reste aujourd’hui encore la matrice théorique d’une large majorité des gens de presse dans leurs réflexions sur leur propre métier, lesquels, en ayant recours comme tant d’autres au concept d’individu autonome, se réclament d’une logique « thérapeutique » et psychologique portant à ignorer les conditions de production et de reproduction du système médiatique et, par conséquent, les structures mentales collectives qui peuvent en résulter. Lors des débats, la réaction des journalistes dominants à ces analyses consistait essentiellement à opposer que nul – ni à la direction ni au conseil d’administration – ne leur a jamais dicté ce qu’ils devaient écrire, cette déclaration de principe en forme de profession de foi étant, à leurs yeux, la preuve indubitable de l’évidente indépendance de la presse. En réalité, ce que les « professionnels des médias », comme on aime d’ordinaire à les présenter, se refusent à reconnaître, surtout ceux qui remplissent les rôles les plus déterminants au sein des rédaction, c’est que, s’ils occupent des postes de commandement dans la presse, c’est précisément, comme l’a très bien montré Alain Accardo – et comme Noam Chomsky eu a l’intuition –, parce qu’ils ont pu faire la preuve qu’ils étaient capables de produire, sans directive, une information « orientée, dans la mesure du possible, vers des prises de position sinon toujours favorables aux thèses officielles, du moins compatibles en dernière analyse avec la défense et la reproduction de l’ordre établi ».

« Attaques ad hominem », a-t-on dit enfin, moralement condamnées comme autant de violations de la vie privée. Victimes ici aussi de l’idée socialement reçue mais sociologiquement fallacieuse selon laquelle les agents sociaux seraient parfaitement libres de leurs choix et de leurs opinions, certains se sont en effet empressés de confondre la description des liens familiaux qu’entretiennent les journalistes dominants avec le monde des affaires avec on ne sait quelle chasse aux sorcières. Que l’on puisse mettre en évidence des réseaux de pouvoir, passe encore ; que ceux-ci soient à l’origine d’un dispositif d’encadrement général assurant la reproduction d’un système de rapports de domination, c’est déjà plus difficile à entendre ; mais que ces mêmes mécanismes s’incarnent dans des personnalités clairement identifiées, cela devient définitivement inaudible pour certains. Or, si la mise en évidence de ces liens ne vise pas à mettre en doute l’intégrité des rédacteurs cités, ces liens n’en constituent pas moins autant d’éléments structurants de l’habitus de classe des élites journalistiques et de leur adhésion au système économique dominant. En accusant ainsi l’auteur du livre de verser dans le « tous pourris », on se refusait de voir les réalités d’un corps journalistique hétérogène composé de professionnels dominés et d’une élite entretenant d’étroites relations avec les pouvoirs politique et financier.

On observera, au passage, que ces deux derniers griefs sont, à bien y regarder, pour le moins contradictoires, mais aussi emblématiques de la situation de double bind dans laquelle se trouvent plongés les acteurs du champ concerné. D’un côté, on rejette massivement l’analyse structurelle du système médiatique au nom de l’autonomie irréductible de ses acteurs ; de l’autre, on refuse l’analyse sociologique des liens concrets entre journalistes dominants et pouvoirs au nom de la défense de la profession « attaquée de l’extérieur ». Ce n’est là, en réalité, que l’expression bien connue de cette attitude caractéristique par laquelle les producteurs de biens symboliques, qu’ils soient artistes, écrivains, intellectuels ou journalistes, se trouvent généralement portés à se réclamer en même temps et contradictoirement d’une vision individualiste de la profession et de la production mais aussi d’une conception corporatiste de leur propre univers social.

Critique versus éthique : la théorie du complot et l’analyse « dysfonctionnelle » comme discours écrans

Cette propension à envisager sous un tel rapport contradictoire les relations entre presse et pouvoir n’est pas le seul fait des journalistes dominants. Il existe, en effet, toute une tradition d’intellectuels et de polémistes ayant privilégié tantôt l’analyse du système et de ses logiques, tantôt celle des acteurs et de leurs manquements. Les débats sur les rapports entre information, économie et politique ne datent pas en effet d’aujourd’hui. Pour s’en tenir au domaine franco-belge, depuis les premiers balbutiements du journalisme moderne, au milieu des années 1830, jusqu’aux récents débats sur Le Monde – ou, pour le dire en n’épinglant que deux noms, de Balzac à Péan –, la presse n’a pas cessé de faire l’objet de soupçons plus ou moins avérés, de diatribes plus ou moins pertinentes, de mises en cause plus ou moins radicales. Dans cette littérature abondante, le plus souvent sans prétention scientifique et, faut-il le dire, d’inégale qualité, il convient de s’arrêter un instant sur ces deux « modèles » pour le moins contestables que constituent la « théorie du complot » et ce qu’on pourrait appeler l’analyse « dysfonctionnelle ».

Dès la fin du XIXe siècle, des écrits tous plus incendiaires les uns que les autres se sont enchaînés avec un même objectif : démasquer les turpitudes d’une profession qui, rongée de l’intérieur, comme on aimait à le dire, par des « magouilles » et un esprit de chantage, incarnait alors la servilité cynique à l’égard du pouvoir. Pour d’autres, plus radicaux encore, la presse entretenait non seulement avec l’élite et les « puissances d’argent » des liaisons coupables, mais se trouvait aussi et surtout au cœur d’une conspiration mondiale, le plus souvent d’origine sioniste ou bolchevique, que les mieux informés se donnaient pour mission de révéler au grand public. C’est sans doute l’extrême droite littéraire et politique, en France notamment, qui, bien que n’ayant pas le monopole de ces fantasmagories, a proposé le modèle le plus abouti de cette « théorie du complot » – que l’on songe en particulier à l’œuvre du polémiste Henry Coston. Si ces travaux très documentés constituent aujourd’hui encore un matériau historique non négligeable, leurs excès langagiers, leur poujadisme, leur rhétorique nauséabonde, leurs relents ouvertement racistes et, plus encore, leur propension à n’envisager la critique du pouvoir que sous le seul spectre de la conspiration n’en restent pas moins idéologiquement irrecevables, sans compter qu’ils font obstacle plus que tremplin à une véritable construction critique de la réflexion sur la problématique en cause.

Une autre perspective dont il faut aussi tenter d’éviter l’écueil est celle que l’on pourrait qualifier de « dysfonctionnelle ». On peut la voir à l’œuvre dans nombre d’ouvrages polémiques consacrés hier au « scandale de Panama » ou plus près de nous aux manipulations grossières dont la presse occidentale s’est rendue « coupable » dans sa couverture médiatique du faux charnier de Timisoara. Ces dossiers répondant à la logique médiatique de l’audimat s’inscrivent dans le paradigme de la vaccine barthésienne, entendue au sens d’indicateur idéologique dont la fonction consiste à reconnaître publiquement les manquements aux normes déontologiques les plus élémentaires pour mieux masquer le fonctionnement normal de l’institution. Axée sur les révélations, scandales et affaires en tout genre, cette grille de lecture n’éclaire, quand elle est éclairante, que la face visible d’un réseau bien plus complexe de relations d’imbrication entre personnel politique, milieux d’affaires et médias. J’ai déjà montré ailleurs comment cette logique du procès, imprégnée à la fois d’expiation et d’autocélébration, reste dominante dans la profession journalistique. Et l’on pourrait aujourd’hui parler d’une loi implicite dans le milieu, répondant à la loi des trois « S » (Sexe, Sang, Sport) de la presse people : celle des trois « P » de la presse dite sérieuse : Péché, Pénitence et Pardon.

Les partisans de ces deux modèles, qui sont généralement perçus comme parfaitement antagonistes, semblent occuper des positions en tous points opposés dans le champ de la réflexion. Ainsi, là où les adeptes de la théorie du complot, obsédés par la recherche de « preuves » censées valider leur théorie, s’évertuent à faire du moindre fait l’indice d’une collusion généralisée à dénoncer, les partisans de la théorie « dysfonctionnelle » ont pour fonction « objective » et plus ou moins consciente, d’éviter, quant à eux, une remise en cause globale du système en confessant ses dysfonctionnements occasionnels. L’antinomie apparemment insurmontable de ces deux modèles masque en réalité une convergence de vues bien plus profonde. C’est, en effet, une même perspective éthique qui sous-tend ces travaux, qu’il s’agisse pour les uns de déplorer la déchéance morale de la nation ou de la civilisation, ou pour les autres de regretter l’existence au sein de la profession de pratiques honteuses ou condamnables. En toute logique, l’alternative indexée par ces deux modèles se résume tantôt au remplacement d’une élite « corrompue » par une élite « populaire » et « nationale », tantôt à l’adjonction d’un supplément d’âme au système par le renforcement de ses principes déontologiques.

C’est notamment en réaction à ces deux modèles que s’est inscrite notre propre enquête, consistant à prendre au plus concret la mesure des liens tissés entre médias, économie et politique. Trois grands cadres conceptuels nous ont guidé. Respectivement : le paradigme marxiste des rapports entre idéologie, classes sociales et pouvoir d’Etat (Gramsci et Althusser) ; l’économie politique des mass-media américains (Chomsky et Herman) et la théorie sociologique de la reproduction des classes dominantes (Bourdieu, Pinçon et Pinçon-Charlot). Sans ignorer les fossés théorique et académique qui séparent ces différents courants de recherche, je pense toutefois qu’il est possible de les articuler, en certains points s’entend.

L’intellectuel gramscien comme ciment du bloc historique

Dans le domaine de l’analyse marxiste des productions symboliques, l’originalité d’Antonio Gramsci réside dans son refus d’accorder la primauté définitive au moment économique ou au moment politico-idéologique. En ce sens, son matérialisme se définit non tant par l’intérêt porté aux rapports et forces de production dont le droit, l’Etat, ou les idées ne seraient que de vulgaires et mécaniques reflets, que par l’étude du lien organique réalisant l’unité infrastructure-superstructure au sein de ce qu’il nomme bloc historique. Ainsi, bien que déterminé en dernière instance par l’infrastructure, le superstructurel n’en conserve pas moins une relative autonomie ainsi qu’une place privilégiée au sein de ce bloc. Les idéologies, discours et autres représentations sociales ne se réduisent donc pas à de simples productions arbitraires et individuelles, mais s’identifient au contraire à des forces historiques à part entière, organiquement liées à la classe dominante. La notion de bloc historique se révèle dès lors, a rappelé Christine Buci-Glucksmann, « inséparable d’une approche nouvelle des intellectuels comme fonctionnaires des superstructures, comme organisateurs de l’hégémonie à tous les niveaux de la société. »

S’il est indéniable que le rôle hégémonique et le statut social des intellectuels organiques les prédisposent à occuper le « lieu géométrique des rapports entre les classes, ce qui contribue à les faire apparaître comme classe moyenne », il n’en demeure pas moins que ces derniers entretiennent d’étroites relations de proximité avec les secteurs de la haute finance, de l’industrie ou de l’appareil d’Etat. Cependant, comme le faisait très justement remarquer Gramsci, les intellectuels ne peuvent exercer cette direction culturelle qu’à la seule condition d’apparaître comme autonomes et relativement détachés de la classe dominante. Il convient, dès lors, d’effectuer un va-et-vient constant entre d’une part les déclarations d’intentions destinées à rassurer l’opinion quant à l’autonomie propre de la sphère intellectuelle et d’autre part le procès réel des productions idéologiques dans la mesure où celles-ci ne seraient, selon le mot de Gramsci, que « de petites lubies individuelles sans les forces matérielles » qui les sous-tendent.

Cette « fabrique industrielle » du consensus s’appuie de nos jours sur l’existence d’une multitude d’appareils privés dont la fonction, plus ou moins sentie et consentie par les agents qui en ont la charge, est d’assurer l’adhésion de l’opinion publique au système dominant de production-consommation. Si ces divers espaces de rencontre et de pouvoir que sont les directoires médiatiques, instituts de recherches, cercles de réflexion, think tanks et autres clubs de l’élite constituent assurément le cœur de la production idéologique, c’est aussi dans ces mêmes lieux que se forge la conscience collective de la classe dominante. Il s’impose, dès lors, de procéder à une description détaillée de ces officines du pouvoir, de la composition de leurs organes de décision ainsi que du profil de leurs fondateurs et membres-participants – hommes d’affaires, ministres, diplomates, militaires ou encore éditorialistes – sans jamais perdre de vue le lien étroit qui unit ces structures aux capitaux privés.

Si cette première démarche systématique s’impose, elle n’autorise nullement le chercheur à exclure de ses investigations les entreprises publiques de la production symbolique. Nous pensons au contraire que la distinction privé-public ne concerne que la personne juridique de ces institutions et non leur fonction objective d’appareil d’Etat qui consiste, selon Louis Althusser, à « s’aligner sur la politique de l’Etat bourgeois, et répandre, avec les variantes convenables à leur public respectif, les grands thèmes de la messe idéologique perpétuelle de l’Etat bourgeois, ceux de l’Idéologie d’État ». Il en est ainsi, en particulier, du débat contemporain sur ladite « globalisation » où l’idée centrale qui sous-tend très souvent le propos est bien celle d’un personnel politique qui aurait, victime de la « mondialisation néo-libérale », failli à son rôle de garant du bien commun. Investi en quelque sorte d’une neutralité institutionnalisée, l’Etat ne pourrait donc y échapper sauf à trahir, par la pratique, la « mission sociale » qu’il est censé, en théorie, incarner. C’est bien dans ces termes que pensent aujourd’hui certains représentants de l’altermondialisme relayés, dans leurs analyses, par une partie des grands médias. Michel Barrillon a ainsi montré comment le discours au sein d’un mouvement comme Attac relève, très clairement, d’un fétichisme politique qui trouve à s’exprimer dans « la référence incantatoire à la citoyenneté, la sacralisation de la taxe Tobin et de l’intérêt général, et le constant souci de rappeler les hommes politiques à leurs devoirs d’intérêt général ».

C’est dans ce contexte particulier que le concept d’hégémonie s’avère particulièrement précieux en ce qu’il articule à l’idée d’exploitation économique d’une classe par une autre, le nécessaire développement par cette dernière de multiples stratégies croisées de domination politique mais également symbolique. Ce modèle, comme tout modèle, a néanmoins ses limites. Le paradigme gramscien, à l’instar du concept althussérien d’« appareil idéologique d’État », relève d’abord et avant tout du registre de la description théorique. Il convient dès lors de faire de cette problématique des rapports entre médias et pouvoir l’objet central d’une réflexion sociologique, articulant investigation empirique et mise en perspective critique.

L’économie politique américaine des mass-médias : avancées et limites du modèle chomskien

Dans le vaste courant de recherches que constitue l’économie politique des mass-media, les travaux menés par Noam Chomsky et Edward S. Herman font généralement, et à juste titre, figure de précurseurs. C’est dans Manufacturing Consent. The Political Economy of the Mass Media, dont la première édition chez Pantheon Books date de 1988 , que les deux auteurs décrivent ce qu’ils nomment « un modèle de propagande ». Ce modèle se donne pour objectif non seulement d’étudier les rapports étroits des médias américains avec les institutions du pouvoir (élite politique des Etats-Unis, milieux financiers, complexe militaro-industriel, instituts d’expertise, etc.), mais également d’éclairer, à la lumière de ces analyses, la couverture journalistique des conflits militaires internationaux par la presse nationale et les plus puissantes chaînes de télévision. Les deux auteurs distinguent cinq filtres constituant autant de dispositifs de censure.

La nature de la propriété des entreprises de presse constitue le premier filtre. La concentration monopolistique du secteur, qui voit la quasi-intégralité des grands médias sous contrôle de groupes de presse entretenant des relations avec la haute finance nord-américaine, est à l’origine d’un premier dispositif de censure. Les intérêts communs des mass medias avec les milieux d’affaires sont au principe d’un discours dominant de légitimation du système économique et politique qui vise à maintenir le statu quo. Il existe sur ces questions une littérature imposante ; que l’on songe, en particulier, aux travaux d’Eric Barnouw, Dean Alger, Robert McChesney, Ben Bagdikian ou encore Herbert Schiller.

L’accroissement des rentrées publicitaires est le deuxième dispositif implicite de censure. Devenue la principale source de financement dans le secteur de la presse écrite et radio-télévisée, la publicité est en mesure d’influer sur le contenu précis des journaux et des émissions d’actualité. Inutile, là aussi, de développer plus longuement ce problème aussi vieux que la presse moderne elle-même.

La dépendance des médias à l’égard des sources officielles est au principe d’un troisième filtrage des informations. Dirigeants politiques, chefs d’entreprises, cadres militaires, financiers et autres experts « accrédités » par le pouvoir, sont devenus, constatent les auteurs, les principales sources des médias. Non seulement ces « agents de l’institution » sont quantitativement dominants mais ils bénéficient également d’un traitement de faveur de la part des journalistes disposés, pour diverses raisons, à recourir aux soins de ces magistères. De nombreux articles et ouvrages ont ainsi mis en évidence le manque cruel de distance critique de la presse à l’égard du haut personnel politique (Lance Bennett), du Ministère britannique de l’Intérieur (Philip Schlesinger et Howard Tumber), du Département d’Etat US (John Zaller et Dennis Chiu) ou, plus généralement, de l’élite du pouvoir (Rémy Rieffel) .

Les « tirs de barrage » ou « artillerie protestataire » constituent le quatrième filtre médiatique. Il s’agit là de la possibilité offerte au pouvoir de répondre à une information critique qui aurait déjà passé l’épreuve des trois premiers filtres, en organisant une réaction collective par l’entremise de dispositifs divers mais orchestrés et complémentaires (fax en direct dans des émissions de télévision, journaux spéciaux, pétitions, projets de loi, etc.).

Enfin, le dernier filtre réside dans l’anticommunisme primaire des médias américains. Institué en véritable doctrine par le pouvoir et les hérauts de l’information, ce discours idéologiquement marqué, constatent Chomsky et Herman, agit comme un véritable mécanisme de contrôle et de censure à l’encontre des « hérésies » politiques.

L’intérêt principal du modèle, ici très brièvement décrit, réside premièrement, à nos yeux, dans ce qu’il met en évidence l’articulation interne et la logique d’enchaînement de différents dispositifs de censure et dans ce qu’il accorde une attention toute particulière à la propriété des entreprises de presse ainsi qu’aux liens qu’elles entretiennent concrètement avec les autres instances de pouvoir. Il réside d’autre part en ce que ce modèle a de pratique dans l’analyse du rapport entre infrastructure économique et superstructure politico-idéologique, même si ce n’est pas explicitement dans ces termes que Chomsky et Herman pensent leur objet.

Ce paradigme a néanmoins ses limites. Tout d’abord, on préférera aux termes d’élite, de pouvoir et de propagande, les termes de classe, d’Etat et d’idéologie, ce qui n’est évidemment pas qu’une querelle de mots, comme nous l’avons déjà dit, et ce en particulier dans la problématique qui est la nôtre. Ensuite, on soulignera que cette approche étudie principalement les relations des médias avec d’autres institutions comme autant d’interventions venant de l’extérieur. Si cette première analyse s’impose, il convient de la compléter par une étude sociologique de la fraction dominante du corps journalistique dans ce qu’elle personnifie elle-même ces imbrications diverses. Il en va ainsi, par exemple, de tel rédacteur en chef qui cumule les fonctions de conseiller économique de grandes entreprises, de sherpa politique, de chercheur dans un think tank ou encore de membre d’un club privé particulièrement influent au niveau national ou international. Enfin, et c’est peut-être là l’essentiel, notre travail ne se réduit pas à l’analyse des relations étroites entre presse et pouvoir. Il se veut aussi une contribution à l’étude de la fonction d’encadrement remplie par ces instances médiatico-idéologiques dans le dispositif global de reproduction d’un système considéré comme un tout.

Homologie, hégémonie et reproduction sociale

Si la théorie du monde social de Pierre Bourdieu n’étudie pas, explicitement du moins, le système comme un tout articulé en instances, elle fournit cependant de puissants concepts pour analyser précisément la stratégie hégémonique d’une classe dans sa dynamique sociale propre. Ainsi, s’il est vrai que le concept de champ focalise l’attention sur les spécificités de chaque univers pensé a priori comme espace autonome avec sa propre logique, il est pourtant une notion bourdieusienne qui permet, quant à elle, de penser l’articulation concrète entre champs médiatique, politique et économique, celle d’homologie structurale. Celle-ci définit le fait que la structure des différents champs particuliers reproduit la structure propre au champ des classes sociales et que, dans chaque champ étudié, se reproduit l’opposition entre un pôle dominant et un pôle dominé, ce dernier étant généralement occupé par des agents socialement inférieurs. Par delà l’autonomie relative des univers considérés, il convient dès lors d’établir rigoureusement les correspondances entre ces champs et les liens entre les positions et les agents identifiés à des personnes ou à des collectifs. C’est à cette seule et unique condition que l’on pourra confirmer la thèse gramscienne de l’hégémonie et déterminer les médiations garantissant « dans des registres divers et sous des formes parfois méconnaissables », à suivre Alain Accardo, « l’accomplissement de la logique de classe dans le champ considéré ».

Il s’agit donc de montrer comment, parvenant à contrôler des positions dominantes dans différents univers sociaux, la grande bourgeoisie en France comme en Belgique réussit non seulement à survivre aux changements de régime ou aux crises politiques mais comment encore elle parvient à étendre et à renforcer, à partir de sa domination dans le monde économique, sa domination dans la praxis sociale tout entière, puisqu’il apparaît, ainsi qu’Alain Bihr l’a souligné, que sa « domination sur le premier ne peut s’approfondir qu’à la condition que s’étende sa domination sur la seconde . » Bref, sans volonté consciente et permanente de manipulation, le capital économique est toujours convertible, par la trame des pratiques et médiations sociales, en capital politique sur le pouvoir d’Etat ainsi qu’en capital symbolique ou encore social.

Contre le mécanicisme, la pensée linéaire et les déterminations directes, le chercheur intéressé à cette problématique a donc à mettre à jour les réseaux de relations enchevêtrées, de montrer comment ces réseaux s’incarnent dans certains agents qui en sont comme les marqueurs et donc de corréler des informations et des données que la pratique ordinaire et même scientifique sépare trop souvent. On peut, en effet, penser avec Pierre Bourdieu que le « portefeuille de liaisons » propre à un agent social est d’autant plus important que « les liaisons sont plus nombreuses, plus stables et plus rentables » mais également « mieux cachées . »

On ne peut cependant limiter la reproduction d’une classe sociale à ces seules stratégies externes de contrôle sur les appareils d’Etat, qu’ils soient répressifs ou idéologiques. Si la bourgeoisie demeure une réalité incontestable en tant que classe en soi du fait de sa position dans les rapports de production, elle se doit également d’exister pour soi comme classe consciente de ses intérêts et organisée politiquement pour les défendre. Il faut donc compléter l’étude de l’imbrication entre sphères économique, étatique et médiatique par l’analyse des dispositifs que l’on pourrait qualifier d’« internes » en ce que leur fonction objective est de garantir les intérêts globaux des dominants par rapport aux intérêts fractionnels et multiples associés à chaque champ. Les diverses fractions de la classe dominante – vieille bourgeoisie patronale, noblesse d’Etat, nouvelles dynasties d’affaires, etc. – cultivent, en effet, une intense sociabilité « qui se caractérise, selon Anne-Catherine Wagner et P.-Paul Zalio, par la recherche systématique de l’entre-soi, au point de constituer paradoxalement la bourgeoisie comme une classe collectiviste . » Dans cette perspective, une attention toute particulière doit être portée au phénomène des cercles privés dont on a pu montrer, il y a longtemps déjà, qu’il participait d’une collectivisation de la vie sociale. Dans ces clubs, « soigneusement tenus à l’abri des importuns », rappellent Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, c’est non seulement l’entre-soi propre à la bourgeoisie qui est en jeu mais également le capital social de relations soutenues que cette dernière s’efforce de maintenir avec les agents dominants des institutions politiques et médiatiques.

Médias et champ du pouvoir : une triple rupture théorique et programmatique

On l’aura compris : à l’image des liens qui se nouent entre milieux d’affaires, personnel politique et presse dominante, les champs de la recherche en la matière sont nécessairement multiples. Quant à la démarche scientifique sous-tendant cette recherche, depuis la collecte des informations jusqu’à leur interprétation, elle exige une triple rupture à la fois théorique et programmatique.

Rupture, d’abord, avec un certain sens commun tout à la fois professionnel et sociologique. Les recherches de ce genre, on l’imaginera aisément, suscitent bien des interrogations dans le chef des journalistes, pour ne pas dire une franche hostilité. Face à ce qui peut, dès lors, apparaître à certains comme des « accusations », il est toujours permis à chaque journaliste, comme le souligne Jacques Le Bohec, de se replier sur « soi-même et sur sa conscience par définition inattaquable », ce qui lui « fournit le seul refuge argumentatif qui permette de présenter une façade acceptable à l’extérieur et en son for intérieur. » On prend toujours le risque, en quittant les plates-bandes balisées des débats éthiques, d’être soupçonné de violer l’intégrité psychique des acteurs, sinon de pratiquer l’amalgame et le procès d’intention, ou tout au moins de porter un regard foncièrement désenchanteur et pessimiste sur le monde. Certains chercheurs, tel Cyril Lemieux, récusent pourtant cette rupture de principe, considérant qu’il n’est de critique « juste » et « efficace » que celle qui, bien disposée à l’égard de son objet, part des présupposés mêmes des acteurs. Nous pensons au contraire, avec l’auteur des Méditations pascaliennes, que le premier acte sociologique à poser est celui qui consiste à mettre en suspens l’illusio propre à chaque champ, cette « condition indiscutée de la discussion », qui réunit hérétiques et orthodoxes dans une même foi et qui « interdit de fait la mise en question des principes de la croyance, qui menacerait l’existence même du champ ». Il en va ainsi notamment de l’idée selon laquelle la presse serait de facto le garant de la liberté d’expression, du pluralisme politique et de la démocratie.

Rupture théorique, ensuite, mais avec le théoricisme, c’est-à-dire avec ce que Pierre Bourdieu appelait la vision scolastique du monde social. Ainsi, pour en revenir à l’enquête que j’ai menée, la démarche aura consisté d’une part à mettre à l’épreuve pratique des concepts utilisés dans l’analyse de formations sociales historiquement et géographiquement déterminées et d’autre part à découvrir par-delà les cas précis étudiés ces invariants structurels relevant d’une perspective identifiée, selon l’expression de Bourdieu, à un « comparatisme de l’essentiel ». Cet empirisme aura passé notamment par l’identification concrète de personnalités situées au confluent des instances dont il s’agissait de décrire l’imbrication. Si certains de ces agents sont indiscutablement plus puissants que d’autres, ne serait-ce que par le volume global des capitaux multiples qu’ils rassemblent dans leur seule personne, l’essentiel ne réside pourtant pas là. Il s’agit, en réalité, de mettre à nu ce qui constitue justement la force du système, à savoir les relations entre les multiples éléments des structures et, plus encore, la connexion organique entre ces structures.

Rupture, enfin, avec les modes linguistiques dominantes faisant prévaloir les phénomènes relevant de la catégorie du neuf. Cet effet de champ, né de cette double logique d’intellectualisation du discours journalistique et de médiatisation de la recherche, est par exemple celle qui consiste, dans les discours les plus reçus, qu’ils émanent de chercheurs plus ou moins officiels ou de journalistes plus ou moins essayistes, à présenter la réalité comme inédite, la société comme changeante, le pouvoir comme diffus ou encore les individus comme singuliers. Nous avons pu, entre autres exemples, montrer que dans les débats sur ce qu’il est convenu d’appeler « mondialisation » – d’un mot qui lui-même est un effet de mode autant que d’imposition –, des affinités idéologiques existent entre certains représentants de la presse dominante et les dirigeants « médiagéniques » d’Attac qui trouvent à s’exprimer dans le registre lexical commun de la novlangue petite-bourgeoise. On le voit bien, par exemple, dans la critique commune de la « marchandisation » du monde – où l’analyse des rapports de production est le plus souvent absente –, dans le rejet du seul capitalisme financier jugé « parasitaire » et dans la reconnaissance, a contrario, d’un capitalisme sain, celui de l’industrie, des biens et services, ou encore, dans le dépassement artificiel des classes sociales – et plus encore de leur lutte – dans le concept flou et rassembleur de « citoyenneté ». Tous effets de discours ayant pour enjeu, comme l’a souligné à juste titre Louis Pinto, de mettre « fin au règne des agents collectifs, et notamment des classes sociales, la lutte des classes étant disqualifiée avec le vieux marxisme, lieu géométrique de tous les archaïsmes ». Dans la mesure où ces langages semi-savants véhiculent des représentations politiquement et idéologiquement marquées, il importe d’y opposer des formulations scientifiques de la réalité. Après tout, si le terme de capitalisme constitue l’horizon indépassable de la critique du monde, on pourrait dire, avec Braudel, que c’est probablement parce que « si décrié qu’il soit […] on n’en a pas trouvé d’autre pour le remplacer ». Et l’on pourrait aisément en dire autant des concepts d’hégémonie, d’idéologie ou encore de bourgeoisie, pour ne prendre que ces seuls exemples.

*

L’enjeu final des recherches dont les deux premiers livres parus constituent quelque chose comme le rapport d’étape ne se limite donc pas, au total, à l’étude de l’imbrication entre champs économique, politique et idéologique. Il s’agit plus fondamentalement de dessiner, sous l’aspect d’une épure structurale, les formes qu’épouse aujourd’hui l’hégémonie de la classe dominante et de déterminer l’apport de l’institution médiatique à cette dynamique. Pour le dire autrement, la classe dominante ne se sert pas seulement des médias comme relais, vecteurs ou instruments d’une « propagande » ; le champ du pouvoir est bien plutôt invaginé dans le champ médiatique, du fait non seulement de l’entrelacement des directoires considérés, mais également de la multipositionnalité de certains de ses agents à l’intersection de ces différentes sphères.

Si choisir c’est renoncer, selon l’expression consacrée, alors comprendre le fonctionnement des médias dans le dispositif de la reproduction sociale revient à prendre ses distances à l’encontre des discours convenus relevant du mécanicisme économique, de l’idéalisme triomphant ou encore d’un certain sens commun professionnel. Le travail scientifique consiste à briser les relations les plus explicites pour faire apparaître le système des relations cachées entre presse et pouvoir. Pierre Bourdieu avait l’habitude de dire qu’en sociologie comme ailleurs « une recherche sérieuse conduit à réunir ce que le vulgaire sépare ou à distinguer ce que le vulgaire confond ». On ne peut qu’abonder dans son sens.

Université de Liège