L’OTAN entre en guerre contre la Russie

Les causes et les intérêts essentiels des guerres ne sont souvent pas apparents au premier abord. Ils sont dissimulés par une avalanche de propagande. Cependant, tôt ou tard, les forces motrices et la signification réelles et plus profondes du conflit apparaissent.

Dans le cas du conflit en Ukraine, la nature de la guerre se révèle à une vitesse considérable. L’Ukraine n’est que le premier champ de bataille physique de ce qui est, par essence et dans les faits, une guerre entre l’OTAN et la Russie.

La non-appartenance de l’Ukraine à l’OTAN est, et a été pendant plusieurs années, largement une fiction. Déjà considérablement armée et continuant de recevoir des armes en quantité, l’Ukraine est la ligne de front d’une guerre qui vise un changement de régime à Moscou et la subordination complète de la Russie à l’OTAN.

Les développements de ces derniers jours le montrent clairement.

Premièrement, les sanctions économiques très importantes imposées par les États-Unis et les puissances européennes visent à paralyser l’ensemble de l’économie russe. Au cours des dernières 24 heures, on a déconnecté les principales banques russes du système de paiement international SWIFT, tandis que les actifs de la banque centrale russe ont été effectivement gelés.

Les mesures prises à l’encontre de la banque centrale russe auront un impact particulièrement dévastateur et immédiat sur l’ensemble de l’économie russe. Un haut responsable du gouvernement Biden a déclaré lundi que cette mesure bloquerait l’accès à des «centaines de milliards de dollars» d’actifs. «Le rouble est en chute libre», a-t-il jubilé, «et bientôt vous verrez l’inflation qui va monter en flèche et l’activité économique se contracter». Il a qualifié les sanctions de «notre engagement à imposer une force écrasante» à la Russie.

L’un des calculs des puissances impérialistes est que la destruction de l’économie russe et du rouble aggravera les divisions au sein de l’oligarchie russe et alimentera le mécontentement social, créant ainsi les conditions d’un changement de régime, voire de l’éclatement du pays. «Si les gens font confiance à la monnaie, le pays existe», a écrit le New York Times qui citait Michael S. Bernstam, chargé de recherche à la Hoover Institution de l’Université de Stanford. «S’ils n’y font plus confiance, alors le pays part en fumée».

Deuxièmement, les pays de l’OTAN livrent des systèmes d’armes avancés directement à l’Ukraine. Les États-Unis ont envoyé 1 milliard de dollars d’aide militaire à l’Ukraine au cours de l’année écoulée. La dernière tranche de 350 millions de dollars a été fournie dimanche par le secrétaire d’État américain, Antony Blinken. Washington arme directement l’Ukraine de missiles sol-air Stinger et de missiles antichars Javelin. Les forces ukrainiennes utilisent déjà la technologie avancée «fire-and-forget» Javelin contre les chars russes, fournie par les États-Unis en janvier avant l’invasion.

Le chancelier allemand Olaf Scholz a annoncé dimanche que 110 milliards de dollars de fonds supplémentaires seraient alloués à l’armée allemande, près de deux fois le montant de son budget annuel, et que l’Allemagne fournirait également une aide militaire directe à l’Ukraine. La machine de l’impérialisme allemand, mobilisée contre l’Union soviétique pendant la Seconde Guerre mondiale, avance à nouveau vers la Russie sur les champs de l’Ukraine.

L’Union européenne finance également, pour la première fois, l’achat et la livraison d’armes à l’Ukraine.

Troisièmement, avec l’aide des gouvernements, des forces de combat privées sont envoyées en Ukraine depuis les pays de l’OTAN. Dimanche, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a annoncé que l’Ukraine allait créer une légion internationale pour sa guerre contre la Russie. Il a déclaré: «Quiconque veut se joindre à la défense de l’Ukraine, de l’Europe et du monde peut venir se battre aux côtés des Ukrainiens contre les criminels de guerre russes».

La ministre britannique des Affaires étrangères, Liz Truss, a déclaré dimanche qu’elle était «absolument» favorable à ce que des citoyens britanniques se rendent en Ukraine en tant que combattants.

Les réseaux de déploiement de ces mercenaires existent depuis 2014. Ils ont acheminé des éléments d’extrême droite en Ukraine et les ont renvoyés dans leur pays d’origine, où ils ont parfois été reconnus coupables de terrorisme suprématiste blanc. En Ukraine, les forces ont travaillé avec le bataillon Azov et la Légion nationale géorgienne. Ces réseaux bénéficient désormais de l’aide ouverte des gouvernements britannique et américain. Au cours de la semaine écoulée, plus de 60 personnes, pour la plupart des retraités des forces d’opérations spéciales, ont quitté le Royaume-Uni et au moins six, les États-Unis.

Quatrièmement, les responsables américains et européens font des déclarations de plus en plus belliqueuses, indiquant qu’ils préparent une guerre directe avec la Russie. L’ajout de 7.000 soldats américains en Europe de l’Est annoncé par le gouvernement Biden la semaine dernière porte le déploiement total des États-Unis sur le continent à plus de 100.000.

Interrogé lundi sur la question de savoir si les troupes supplémentaires seraient incorporées dans la «force de réaction rapide» de l’OTAN qui a été activée vendredi, le porte-parole du ministère de la Défense, John Kirby, a déclaré: «Si elle devait être activée, nous voulons être sûrs d’être prêts».

L’OTAN et l’Ukraine délibèrent également sur l’opportunité d’imposer une zone d’exclusion aérienne au-dessus de l’Ukraine, dans laquelle les forces militaires américaines engageraient directement les avions russes. «Nous avons besoin que l’Occident impose une zone d’exclusion aérienne sur des parties importantes de l’Ukraine», a déclaré le président ukrainien Volodymyr Zelensky. Des membres du Congrès américain, dont le député républicain Adam Kinzinger, ainsi que des responsables politiques britanniques demandent que les États-Unis et l’OTAN imposent une zone d’exclusion aérienne au-dessus de l’Ukraine.

Cinquièmement, une campagne anti-Russie coordonnée et féroce est menée dans les médias. Des médias bourgeois aux médias sociaux, le barrage de propagande de guerre est à couper le souffle. CNN présente sans relâche des reportages sur les atrocités russes présumées, et le New York Times consacre la majorité de ses pages à leur publication. Lundi, le correspondant de NBC Richard Engel a demandé sur Twitter si les États-Unis et l’OTAN devaient détruire un convoi russe à l’extérieur de Kiev, même si cela signifiait «une confrontation directe avec la Russie».

Les universitaires, qu’ils soient impressionnables ou malhonnêtes, inondent Twitter de vitriol dirigé contre Poutine et la Russie, tout en ignorant le fait que l’armée ukrainienne est criblée de forces d’extrême droite et fascistes.

Les salves médiatiques ininterrompues visent à créer un climat de haine dirigé contre la Russie et les Russes. Les affirmations selon lesquelles les États-Unis ne visent pas la population russe sont démenties par la campagne qui vise à empêcher les musiciens et les athlètes russes de se produire et de participer à des événements internationaux. À cela s’ajoute l’exigence de retirer les produits russes des rayons.

L’objectif central de cette offensive de propagande est de détourner l’attention de la population de la crise sociale, de la flambée des prix et du nombre stupéfiant de décès dus à la pandémie, et d’essayer de diriger la colère des masses vers la campagne de guerre impérialiste.

Tout cela ne change en rien l’opposition du World Socialist Web Site à l’invasion de l’Ukraine par le gouvernement russe. Le régime de Poutine, qui représente les intérêts d’une faction de l’oligarchie russe, répond aux conséquences catastrophiques de la dissolution de l’Union soviétique par la promotion d’un nationalisme russe réactionnaire, en combinant la menace nucléaire et une tentative désespérée de forger une sorte d’accord avec les impérialismes américain et européens.

L’invasion de l’Ukraine ne fait que diviser la classe ouvrière russe et ukrainienne et crée une confusion et une désorientation populaires dans les pays impérialistes qui sont utilisés par les États-Unis et l’OTAN pour faire avancer leurs plans de guerre.

Les objectifs de longue date de l’impérialisme américain et européen de démembrer la Russie coïncident avec ce qui est maintenant la force motrice centrale derrière la frénésie de guerre: l’immense crise sociale et économique à Washington et dans les autres capitales.

L’escalade de cette guerre menace l’humanité d’une catastrophe. Dans de telles conditions, il est nécessaire de ne pas se laisser guider par l’émotion, de ne pas se laisser emporter par la propagande des gouvernements capitalistes et des médias de masse, mais d’analyser clairement ce qui se passe et de développer, sur cette base, une orientation indépendante pour la classe ouvrière.

Un nouveau mouvement antiguerre de masse, basé sur la classe ouvrière internationale, doit être construit. Cette opposition, cependant, doit être développée comme un mouvement politique conscient pour le socialisme. Cela signifie la construction du Comité international de la Quatrième Internationale et de ses partis de l’égalité socialiste affiliés dans chaque pays.

(Article paru en anglais le 1er mars 2022)

 

Source: WSWS

Photo: Des soldats de l’armée américaine du Bataillon 5-4 d’artillerie de défense aérienne préparent un convoi entre l’Allemagne et la Roumanie, le 7 février 2022 (Armée des États-Unis, sergent Rene Rosas)