Les reportages biaisés mènent à des mauvaises politiques

Les reportages biaisés mènent à se forger une vision du monde totalement fausse, ce qui peut conduire à des mauvaises décisions, avec parfois des résultats irréversibles. Que ce soit au niveau des relations entre pays ou à celui des individus, les médias grand public portent une lourde responsabilité.


En lisant cet article du New York Times sur la croissance économique de la Chine, on peut avoir l’impression que le pays se dirige vers une récession.

L’économie chinoise ralentit, un signe inquiétant pour le monde entier

La production économique a augmenté de 4 % au cours du dernier trimestre de 2021, soit un ralentissement par rapport au trimestre précédent. La croissance s’est essoufflée, les acheteurs de maisons et les consommateurs devenant prudents.

BEIJING – La construction et les ventes immobilières se sont effondrées. Des petites entreprises ont fermé en raison de la hausse des coûts et de la faiblesse des ventes. Les gouvernements locaux, criblés de dettes, réduisent les salaires des fonctionnaires.

L’économie chinoise a nettement ralenti au cours des derniers mois de l’année dernière, les mesures prises par le gouvernement pour limiter la spéculation immobilière ayant également nui à d’autres secteurs. Les fermetures et les restrictions de voyage pour contenir le coronavirus ont également réduit les dépenses de consommation. Les réglementations strictes imposées à tous les secteurs, des entreprises Internet aux entreprises de soutien scolaire, ont déclenché une vague de licenciements.

Le Bureau national des statistiques de la Chine a déclaré lundi que la production économique d’octobre à décembre n’était supérieure que de 4 % à celle de la même période de l’année précédente. Il s’agit d’un ralentissement par rapport à la croissance de 4,9 % enregistrée au troisième trimestre, de juillet à septembre.

La demande mondiale d’électronique grand public, de meubles et d’autres articles non essentiels pendant la pandémie a permis à la Chine d’enregistrer des exportations record, empêchant ainsi sa croissance de se ralentir.

Notez les attributs négatifs parsemés dans presque chaque phrase. L’économie chinoise doit être en très mauvais état.

Jusqu’à ce point, l’article n’a pas encore mentionné sa donnée centrale – qui est sensationnellement bonne et aurait dû figurer dans le titre.

Ce n’est qu’après que le lecteur ait été suffisamment préparé à penser que les données sont en fait mauvaises, que l’article en parle. La donnée sensationnellement bonne est immédiatement atténuée par une autre phrase négative.

Sur l’ensemble de l’année dernière, la production économique de la Chine a augmenté de 8,1% par rapport à 2020, selon le gouvernement. Mais une grande partie de la croissance a été enregistrée au cours du premier semestre de l’année dernière.

Une croissance de 8,1%, après une croissance de 2,3% sur l’année du Covid-19 2020, me semble excellente. Elle dépasse l’objectif de 6% que le gouvernement avait fixé et est supérieure aux estimations précédentes. Pour la Chine, c’est le taux de croissance le plus élevé depuis une décennie.

 

Au fil des décennies, la tendance de la croissance du PIB en Chine a été à la baisse. C’est un phénomène normal pour les sociétés sans croissance démographique, lorsqu’elles sont proches de leur potentiel économique maximal. Dans une ou deux décennies, la Chine aura probablement des taux de croissance constants d’environ 2 à 4%, avec de petites récessions de temps à autre.

Pour l’instant, la Banque centrale chinoise fait pression pour une croissance encore plus élevée : [*]

La Chine ouvrira plus largement la boîte à outils de sa politique monétaire pour maintenir la stabilité du crédit total, a déclaré mardi Liu Guoqiang, gouverneur adjoint de la Banque populaire de Chine (BPC), la banque centrale du pays, promettant de déployer davantage de politiques favorables à la stabilité jusqu’à ce que la pression à la baisse sur l’économie soit fondamentalement atténuée.

Dans une nouvelle mesure d’assouplissement, la BPC a abaissé lundi le taux des accords de prise en pension à sept jours de 10 points de base (pb) à 2,1 % et a réduit le taux d’intérêt de la facilité de prêt à moyen terme (MLF) à un an de 2,95 % à 2,85 %.

La réduction des deux taux directeurs est la première depuis environ deux ans.
En outre, selon Liu, les banques commerciales soumettront jeudi des cotations optimales pour le taux préférentiel des prêts (LPR). Le LPR, le taux de référence de facto pour les prêts, est mis à jour le 20 de chaque mois, qui tombe cette fois-ci le jeudi.

Contrairement aux banques centrales « occidentales » qui ont imprimé de l’argent et baissé les taux à moins de 0 % pour sauver leurs marchés financiers, la Chine a encore les moyens de développer son économie. Son secteur de la construction est surendetté et un peu chancelant, mais il ne sera pas autorisé à s’effondrer.

Le NYT a tendance à écrire sur un ton négatif à propos des économies de tous les « ennemis » supposés des États-Unis. C’est une énorme erreur, car elle conduit à des illusions chez les politiciens et les dirigeants américains.

Lorsque feu l’ancien sénateur John McCain a qualifié la Russie de « station-service gazière déguisée en pays », il a démontré les effets d’un tel endoctrinement.

La Russie est le quatrième producteur mondial d’électricité, juste derrière la Chine, les États-Unis et l’Inde, qui sont beaucoup plus importants. Elle est le cinquième producteur mondial d’acier, avec une production inférieure de seulement 2 % à celle des États-Unis. Les chiffres officiels de son PIB en dollars américains semblent inférieurs à ceux de l’Italie. Mais on estime qu’un tiers de l’économie russe fonctionne de manière informelle et non déclarée et, après prise en compte et correction, son PIB à parité de pouvoir d’achat est plus important que celui de l’Allemagne.

Les lecteurs du New York Times et des autres médias américains n’apprennent pas ce genre de choses. C’est pourquoi ils sous-estiment ce à quoi ils s’exposent lorsqu’ils poussent à un conflit avec la Russie ou la Chine. Le manque de connaissances réelles sur le monde est à l’origine de mauvaises politiques étrangères.

 
Source originale: Moon of Alabama

Traduction et note de présentation Corinne Autey-Roussel pour Entelkheia

[*] Note de la traduction : la Chine table probablement sur sa méga-initiative de routes commerciales « Belt and Road » pour maintenir un taux de croissance élevé.