Les pressions juridiques augmentent, la santé de Julian Assange décline

Julian Assange n’est reconnu coupable d’aucun crime ni même poursuivi pour le moindre délit par le gouvernement britannique qui le maintient incarcéré dans une prison de haute sécurité. Aucune faveur ne lui est accordée, pas même l’assignation à résidence surveillée. Et les États-Unis ont obtenu le droit de plaider à nouveau son extradition malgré les révélations fracassantes de ces derniers mois: la CIA avait élaboré des plans pour assassiner Assange et le témoin clé du dossier a avoué avoir menti. Karen Sharpe explique comment les traitements inhumains imposés au fondateur de Wikileaks affectent sérieusement sa santé, mais suscitent aussi une importante mobilisation partout dans le monde. (IGA)


 

Julian Assange est toujours enfermé dans la prison de haute sécurité de Belmarsh. Sa santé décline à tel point qu’il a subi un mini AVC  provoqué en grande partie par des audiences juridiques qui apparaissent aussi contestables qu’interminables : la première devant un tribunal de première instance, suivie d’un appel devant la Haute Cour et du prochain appel devant la Cour suprême. 

Le 4 janvier 2021, la magistrate Vanessa Baraitser s’est prononcée de manière inattendue contre l’extradition de Julian vers les États-Unis. Sa décision reposait sur les conditions inhumaines des prisons supermax US. Elles feraient courir un risque de suicide à Julian. Les conditions à Belmarsh ne sont guère meilleures, surtout en période covid. Et il a été signalé à la juge que Julian avait sérieusement envisagé de se suicider à Belmarsh. Malgré tout, la juge Baraitser a refusé la libération sous caution de Julian, insistant sur le fait qu’il allait « s’enfuir » avant l’audience et ainsi priver l’accusation de sa chance de faire appel.

La santé de Julian, tant mentale que physique, s’est constamment détériorée, et ses problèmes pulmonaires chroniques l’exposent à un risque élevé de contracter le Covid-19. Malgré les appels pressants du monde entier pour que Julian soit libéré – au moins pour être assigné à résidence – la juge Baraitser est restée intransigeante.

Le 15 janvier, les procureurs US ont fait appel de la décision de Baraitser de bloquer l’extradition. Le 7 juillet, la Haute Cour britannique a accepté d’entendre l’appel, mais sur des bases limitées. Coïncidence ou non, cette décision a été annoncée 11 jours après que le dossier de l’accusation a été fortement compromis. En effet, son témoin vedette, Sigurdur Thordarson est un sociopathe diagnostiqué et condamné pour fraude, détournement de fonds et crimes contre des mineurs. Il a révélé au média islandais Stundin que son témoignage incriminant Julian était basé sur des mensonges. Les procureurs US lui auraient en retour promis l’immunité.

Par ailleurs, un mois avant l’appel devant la Haute Cour, Yahoo News a publié un rapport d’enquête détaillé expliquant comment la CIA, avec la complicité de personnes au plus haut niveau du gouvernement, avait non seulement comploté pour enlever Julian de l’ambassade d’Équateur et le livrer aux États-Unis, mais avait aussi discuté de son empoisonnement et envisagé une fusillade dans les rues de Londres. Cela n’a apparemment rien fait pour dissuader les juges de prendre une décision qui semblait acquise.

L’audience de la Haute Cour a eu lieu les 27 et 28 octobre. Julian était présent par liaison vidéo depuis Belmarsh le premier jour, mais il semblait souffrant et il a dû quitter l’audience avant la fin. Le 10 décembre, les deux juges de la Haute Cour ont annoncé leur décision d’annuler la décision de la juridiction inférieure contre l’extradition. Ils ont affirmé que l’on pouvait se fier aux assurances des États-Unis selon lesquelles Julian serait bien traité dans les prisons de haute sécurité US. Les juges savaient pourtant que ce gouvernement US garantissant la sécurité de Julian avait comploté pour l’assassiner et avait clairement déclaré qu’il avait le droit de revenir sur ces assurances. Ce sont des éléments parmi d’autres qui relèvent le caractère ridicule du raisonnement des juges.

Le lendemain de l’arrêt, Stella Moris a révélé que Julian était effectivement très mal en point – il avait subi une mini attaque cérébrale le premier jour de l’audience en raison du stress extrême causé par les interminables batailles juridiques et par le déclin général de sa santé. L’AVC a laissé Julian avec des signes de dommages neurologiques et pourrait bien être le précurseur de futurs problèmes cardiovasculaires, une issue qui avait été prédite deux ans plus tôt par Doctors for Assange.

Dévastées par la détérioration de l’état de santé de Julian et par le fait qu’il est à deux doigts d’être extradé vers les États-Unis, un nombre croissant de personnes dans le monde entier – parlementaires, autorités chargées des droits de l’homme, médecins, chefs religieux, artistes, juristes, journalistes, écrivains – demandent que Julian soit libéré. Alarmés par son mini-AVC, 300 médecins du monde entier ont demandé la libération immédiate de Julian pour des raisons médicales : « En tant que citoyens, nous sommes alarmés par la persécution extraterritoriale de M. Assange, qui menace la souveraineté nationale, l’État de droit, les droits de l’homme et la liberté de la presse dans le monde entier. En tant que médecins, nous sommes alarmés par la nouvelle du mini-AVC de M. Assange, dans le contexte d’une détérioration physique dramatique, qui souligne que son incarcération menace également sa santé, voire sa vie. »

Julian a déposé un recours le 23 décembre pour que l’affaire soit entendue par la Cour suprême. En attendant la prochaine étape d’une affaire truffée de transgressions juridiques, de conflits d’intérêts et de violations des droits de l’homme, Julian restera en détention provisoire à la prison de Belmarsh pendant de nombreux mois encore. Et la menace d’une extradition pour subir une peine de 175 ans d’isolement continue de miner sa santé et son bien-être. Julian n’a toujours pas été reconnu coupable d’un crime, où que ce soit. Il n’a pas non plus été accusé d’un crime par le gouvernement qui le maintient en prison.

Quelle que soit l’issue de l’épreuve judiciaire de Julian, il ne sera jamais trop tard pour que ses paroles aient un écho dans le monde entier – si ce n’est pas pour sauver sa vie, alors pour sauver la nôtre.

 

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