Les plastiques envahissent le monde

Les déchets de plastique défigurent nos paysages, en compagnie des canettes en aluminium et autres détritus de notre société d’hyperconsommation. Ces débris doivent être collectés, mais c’est un travail herculéen pour lequel on mobilise parfois des groupes de jeunes volontaires. Mais une bonne partie de ces débris vont se jeter dans les mers via les rivières et les fleuves. Un certain nombre échoue sur les plages qu’il faut aussi nettoyer. Ces déchets flottants sont emportés par les courants marins et sous l’effet de courants tourbillonnants vont se concentrer dans une zone que l’on appelle le 7ème continent.

De fait, dans l’océan Pacifique, à mi-chemin entre la Californie et Hawaï, les déchets de plastiques se concentrent dans une zone de 3,5millions de kilomètres carrés, soit 6 fois la France. Ce 7ème continent n’est pas constitué de plastiques les uns contre les autres mais on en compte quand même à certains endroits 750.000 par km² ! Quand on trouve1 kg de déchets par km², on considère que cette zone fait partie du continent. Cette aire de concentration des déchets est composée à 90% par du plastique et parmi les 10% restants on compte des débris de pêche, notamment des filets dans lesquels viennent se prendre les poissons et les cétacés. Le résultat de ce maelstrom a été découvert en 1997 et depuis lors on estime qu’il s’est multiplié de 100 fois. En 40 ans. Aujourd’hui, on évalue la masse de ce cet agglomérat de débris à 80 000 tonnes !

On imagine souvent que l’amas de détritus est semblable aux déchets retrouvés sur les plages. Or, il s’agit plutôt d’une soupe de plastique constituée de quelques macro-déchets épars, mais surtout d’une myriade de petits fragments. Le terme continent sert à sensibiliser le grand public, mais ne traduit pas la réalité. Selon certains chercheurs, il l s’agit surtout d’une multitude de micro-plastiques, d’un diamètre inférieur à 5 mm, en suspension à la surface ou jusqu’à 30 mètres de profondeur, difficiles à voir de loin. Mais quand on puise dans l’eau, on en remonte une quantité impressionnante. D’autres chercheurs qui ont prélevé plus 1 million d’échantillons ont découvert que les déchets ne sont pas seulement microscopiques, mais que les ¾ des débris dépassent les 5 cm. Cela serait plutôt une bonne nouvelle » parce que « les gros débris sont bien plus faciles à collecter que les microplastiques. Mais il faudrait pour cette récolte des moyens gigantesques qu’aucun État ne veut assumer, d’autant plus que ces gyres (c’est ainsi que l’on appelle ces plaques de déchets plastiques concentrés. Gyres est au pluriel, car il en existe d’autres dans le Pacifique et dans l’Atlantique. Ainsi, la plaque de déchets du Pacifique Est (Eastern Pacific Garbage Patches) et la plaque de déchets du Pacifique Ouest (Westerne Pacific Garbage Patches) forment la grande poubelle du Pacifique.

Une atteinte à la vie marine

Il en existe même en Méditerranée, mais aucun gyre permanent n’y existe, seuls des tourbillons ponctuels regroupent momentanément les importants rejets des États côtiers qui entraînent une accumulation de détritus. On évalue à une moyenne à 115 000 particules par km2 les déchets qui contaminent la mer. Le poids total de ces plastiques est moins impressionnant : 600 tonnes, à raison d’une moyenne de 1,8mg par déchet. Mais le risque, c’est de voir ces quantités augmenter considérablement avec le temps, la Méditerranée étant quasi fermée.
Il est évident que les zones de concentration des détritus sont absolument peu propices à la vie marine. On estime que près de 300 espèces marines sont affectées. Ainsi, par exemple, des scientifiques et vétérinaires ont analysé un cachalot échoué sur une plage de Sardaigne. Ils ont trouvé à l’intérieur de son corps un baleineau mort avec près de 22 kg de déchets logés dans son ventre. Son estomac était rempli aux deux tiers de plastique. Avec de telles quantités de plastique dans l’estomac il fort probable que les nutriments n’aient jamais atteint le système sanguin du cétacé, car les intestins étaient encombrés par la masse de déchets plastiques.
Ici, les scientifiques n’ont pas attribué la cause de la mort aux déchets flottants, mais à des déchets qui s’enfoncent aux grandes profondeurs où les cétacés se nourrissent.

Nous buvons du plastique

Si les plastiques se brisent en petits fragments dans la mer, il en va de même pour les plastiques plus proches des humains. Le plastique génère aussi des quantités astronomiques de microplastiques qui contaminent les écosystèmes et les corps humains. Le plastique ne se dégrade pas il se fragmente en microdébris,, en microplastiques (d’une taille inférieure à 5mm) en particules encore plus petites, les nanoplastiques. La question se pose de savoir si ces particules invisibles sont présentes dans notre alimentation. En juillet 2022, une étude d’une grande précision scientifique réalisée par Agir pour l’environnement a été publiée. Elle a testé la présence de microparticules dans l’eau des bouteilles en plastique. Le résultat est inquiétant : 83% de l’eau que nous buvons contient des nanoplastiques. Les 10 marques les plus courantes dans le commerce ont été analysées et ont donné le résultat précité alarmant. Ainsi donc, l’eau, élément indispensable à la vie et qui plus est, l’eau de consommation courante, est polluée par une contamination de micro et nanoparticules de plastique. Cette pollution est d’autant plus élevée que les bouteilles sont placées au soleil ou exposées à une autre source de chaleur, ce qui ne manque pas d’arriver au cours de leur transport et de leur maniement ultérieur par les consommateurs.

Réutilisation et recyclage

Passons les détails très précis de l’étude et venons-en à la conclusion : si l’on veut ne plus ingurgiter des quantités énorme de microplastiques, il faudrait en revenir aux bonnes vieilles bouteilles en verre. Celles-ci ont le désavantage d’être plus lourdes lors que les bouteilles en plastique sont légères, incassables et on peut les jeter après utilisation… et nous reviennent sous forme de microparticules. Les bouteilles en verre peuvent être recyclées une vingtaine de fois, ce qui diminue la consommation de matière et d’énergie lors de l’ensemble du cycle d’utilisation. Mais ceci n’est possible que grâce à la mise en place d’une consigne qui incite les consommateurs à rapporter la bouteille vide. On peut même imaginer une consigne pour les bouteilles en plastique dont la présence devrait diminuer jusqu’à disparaître. On prétend que la réutilisation est difficile à mettre en œuvre et pourtant elle persiste pour les bouteilles, en verre, du secteur horeca en Belgique. En Allemagne la consigne est toujours organisée et va même jusque consigner des bouteilles en plastique.

Le plastique a envahi nos vies. Quand il est utilisé pour fabriquer des objets durables, on doit se réjouir de son utilisation. Mais quand il constitue des objets jetables, principalement les emballages de liquides alimentaires, c’est une plaie aussi bien pour l’environnement, la santé humaine que pour la vie marine.

 

Source: Pour.press