Les Etats-Unis appellent au calme, tout en attisant le conflit entre l’Inde et le Pakistan

Le 14 février, 41 soldats indiens étaient tués dans un attentat perpétré par un groupe terroriste. Le gouvernement pakistanais est accusé de soutenir ce mouvement et les faits se sont déroulés dans la région du Cachemire, source d’historiques disputes entre New Delhi et Islamabad. Depuis, la tension monte et fait craindre une escalade pouvant déboucher sur un conflit ouvert entre deux Etats dotés de l’arme nucléaire. Officiellement, Donald Trump se pose comme un médiateur appelant au calme entre les deux parties. Mais de leur côté, John Bolton et Mike Pence ont donné à l’Inde leur feu vert pour des frappes aériennes. Washington aurait-il un intérêt à voir la situation s’enflammer ? (IGA)


 

La semaine dernière, les puissances internationales ont exhorté l’Inde et le Pakistan d’éviter toute nouvelle escalade de la confrontation militaire. Les deux pays sont entrés en guerre à trois reprises au cours des sept dernières décennies. De plus, ils sont tous deux dotés de l’arme nucléaire. La préoccupation internationale est donc palpable.

 

Les États-Unis ont récemment rejoint les appels de la Russie, de la Chine et de l’Europe plaidant la retenue et demandant aux dirigeants indiens et pakistanais de négocier une résolution pour éviter un glissement catastrophique vers un conflit ouvert.

 

Alors qu’il se trouvait dans la capitale vietnamienne de Hanoï pour un sommet avec le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un, le président US Donald Trump a affirmé que les États-Unis faisaient office de médiateur pour désamorcer la crise entre l’Inde et le Pakistan.

 

« Nous avons été au milieu pour essayer d’aider les deux camps à la fois », a déclaré Trump.

 

Toutefois, de manière incongrue, le gouvernement Trump a agi de manière inverse pour attiser les récentes tensions entre New Delhi et Islamabad.

 

Le conseiller pour la sécurité nationale de Trump, John Bolton, et le secrétaire d’État, Mike Pompeo, ont tous deux publié des déclarations qui « soutiennent le droit de l’Inde à la légitime défense contre le terrorisme« . Les responsables US ont également accusé le Pakistan de parrainer des actes de terrorisme perpétrés par des groupes militants dans le Cachemire, une région sous contrôle indien. Le territoire septentrional du Cachemire est à l’origine de vives controverses entre l’Inde et le Pakistan depuis qu’ils ont obtenu leur indépendance de la Grande-Bretagne en 1947.

 

Le massacre de 41 soldats indiens le 14 février dans la partie indienne du Cachemire a suscité l’indignation parmi la population indienne qui exige une revanche. L’attentat-suicide a été revendiqué par le groupe militant cachemirien Jaish e-Mohammed (JeM). L’Inde a affirmé que le Pakistan était impliqué dans cette atrocité en soutenant JeM. Ce que les autorités pakistanaises ont nié.

 

Une dramatique escalade est survenue quelques jours plus tard, lorsque l’Inde a mené des frappes aériennes à l’intérieur du territoire pakistanais, contre un camp d’entraînement de militants, en représailles au massacre de ses troupes au Cachemire. Si l’Inde avait limité ses frappes au Cachemire pakistanais, on aurait pu dire que les représailles étaient proportionnées. Mais la violation du territoire pakistanais – à environ 50 km à l’ouest de la ligne de contrôle historique – apparait comme un acte de guerre. La dernière fois que des avions indiens ont frappé le Pakistan, c’était en 1971, lors de la troisième et dernière guerre entre les deux pays.

 

Sans surprise, des avions pakistanais ont ensuite lancé des frappes sur le Cachemire indien. Il y aurait également eu de nouvelles incursions d’avions indiens, deux d’entre eux auraient été abattus par l’armée pakistanaise. Le Pakistan a également perdu l’un de ses avions lors d’une fusillade, mais l’appareil s’est manifestement écrasé à l’intérieur de son territoire.

 

Les tensions se sont encore aggravées avec la capture d’un pilote indien par les Pakistanais qui ont diffusé une séquence vidéo le montrant blessé et le visage ensanglanté. Cela n’a pas manqué de provoquer un tollé à New Delhi où l’on a accusé Islamabad de contrevenir à la Convention de Genève sur le traitement des prisonniers de guerre. Le Premier ministre pakistanais, Imran Khan, a promis de renvoyer le pilote indien en guise de geste pour une désescalade.

 

Néanmoins, les tensions et le danger d’une guerre totale continuent de monter. Plusieurs échanges transfrontaliers d’artillerie lourde entre les forces indiennes et pakistanaises ont été signalés. Alors que les deux gouvernements disent ne pas vouloir la guerre, la dynamique pourrait échapper à leur contrôle et exploser.

 

Le conflit au Cachemire est certainement semé d’énormes difficultés historiques attribuables au lourd héritage impérialiste britannique. Londres s’est employé à diviser les terres et les peuples avec un profond mépris des droits et des traditions autochtones. Londres a ainsi mené une politique partisane cynique pour ses intérêts impérialistes. Aujourd’hui, l’ingérence de Washington dans les affaires indo-pakistanaises fait écho au subterfuge britannique du passé.

 

Les relations entre le Pakistan et des groupes militants cachemiris, que l’Inde qualifie de « terroristes », ne sont qu’un élément d’une équation complexe. Une autre partie de l’équation est la militarisation intensive de la province par l’Inde et son occupation abusive du territoire et des personnes qui aspirent à faire partie du Pakistan. Rappelons que la région est majoritairement musulmane.

 

Pour qu’une solution pacifique aboutisse, il faut un processus sérieux de démilitarisation de toute la région du Cachemire. Cette tâche revient principalement à l’Inde.

 

Cependant, ce qui n’est pas constructif, c’est la manière simpliste et maladroite avec laquelle les États-Unis sont intervenus récemment en adoptant délibérément la version indienne des faits. En proclamant le « droit à la légitime défense » de l’Inde contre un terrorisme supposément sponsorisé par le Pakistan, les hauts responsables du gouvernement Trump donnent en réalité leur feu vert pour que New Dehli lance des attaques aériennes contre son voisin.

Ce soutien inconsidéré de Washington entraîne, comme on pouvait s’y attendre, une spirale de violence qui pourrait finalement mener à une guerre totale entre deux États nucléaires.

L’autosatisfaction affichée par le président Trump sur sa prétendue médiation entre l’Inde et le Pakistan est très éloignée de la réalité des faits. Tardivement, le gouvernement US prononce les mots « retenue » et « calme ». Mais ils sont démentis par les mots précédents de Bolton et de Pompeo qui ont accordé à l’Inde le droit de commettre des actes de guerre.

 

Bien sûr, à quoi fallait-il s’attendre des Etats-Unis ? Le gouvernement Trump est actuellement en train de violer la souveraineté du Venezuela avec des menaces d’invasion militaire. Washington a complètement perdu son sens du droit international et des normes de conduite.

 

Washington a en fait des raisons plus profondes de voir éclater un conflit entre l’Inde et le Pakistan. Une telle confrontation entraînerait des problèmes géopolitiques majeurs pour la Chine. Pékin est un allié historique du Pakistan, mais il s’est également efforcé récemment de se rapprocher de l’Inde. Attiser une confrontation en Asie du Sud servirait l’intérêt de Washington visant à déstabiliser la Chine et à contrer les plans stratégiques de la Russie pour une intégration économique de l’Eurasie.

 

Les dirigeants politiques indiens et pakistanais doivent garder la tête froide et considérer la situation dans son ensemble. Récemment encore, le Premier ministre indien Narendra Modi et le Premier ministre pakistanais Imran Khan exprimaient le souhait d’améliorer les relations entre leurs deux pays. Ils doivent résister aux manigances politiciennes et aux manipulations de l’extérieur pour obtenir des avancées politiques. L’épineux et historique problème du Cachemire peut être résolu si l’Inde et le Pakistan concluent un véritable compromis.

 

Source originale: Strategic Culture

Traduit de l’anglais par Investig’Action

Source: Investig’Action