Le plan pour poursuivre Lula et le PT dévoilé

Cela fait plusieurs années qu’on fait chanter le Brésil pour une farce: au prétexte de combattre la corruption, on a détruit sa démocratie, démoralisé l’État de droit, liquidé le prestigieux pouvoir judiciaire, frappé durement son économie et changé le destin politique du pays. Cette farce a été dénoncée tout au long de ces années par Lula — principale victime directe de cette opération —, par la gauche, par les forces démocratiques, sans que le pouvoir judiciaire tempère les ardeurs arbitraires de ladite opération Lava Jato (lavage express, NdT).

 

 

Maintenant, les plaintes contre les scandaleuses conversations entre les agents de la Lava Jato, impliquant des membres du Tribunal suprême fédéral (le Supremo Tribunal Federal, STF), les médias, des parlementaires de droites et les États-Unis, révèlent brutalement l’entièreté du piège mis en place afin de poursuivre le Parti des travailleurs (PT) et Lula et ainsi bloquer la volonté populaire réclamant son retour à la présidence du pays.

 

Le second paquet de plaintes révèle, pour une part, l’implication directe d’un membre du STF, qui se comporte en militant politique d’un projet de droite, soumettant cette instance suprême du pouvoir judiciaire au juge Sergio Moro, et subordinant aussi toute l’opération Lava Jato à des instances nord-américaines, lesquelles il est dit qu’il est obligatoire de consulter.

 

Bien que toutes ces révélations ne confirment qu’à peine ce qui avait été systématiquement dénoncé, une partie de l’opinion publique reste abasourdie par celles-ci, tandis qu’une autre en profite pour changer le fusil d’épaule après avoir adhéré de manière enthousiaste à la Lava Jato et avoir érigé Sergio Moro en héros national. Le STF lui-même à maintes reprises, il y a encore de cela quelques semaines, a rejeté toutes les dénonciations de la défense de Lula sur le caractère en rien impartial de Sergio Moro pour pouvoir juger Lula. Les positions politiques concrètes de ce juge, ses liens directs avec le Parti de la social-démocratie brésilienne (Partido da Social Democracia Brasileira, PSDB), la condamnation de Lula sans preuve, la persécution politique du PT, n’ont en rien servi à ce que soit déclarée son manque total d’impartialité. 

 

À plusieurs reprises, Moro a agi comme le chef politique d’une faction du pouvoir judiciaire afin d’empêcher la mise en liberté de Lula, ignorant des décisions d’instances plus hautes que la sienne, et non seulement ça : il a influencé certains juges afin de compliquer ou d’entraver la sortie de Lula pour les funérailles de parents et d’amis, ainsi que de concéder des entretiens ; tout ceci laissait supposer qu’il existait une étroite coordination entre tous les membres de la Lava Jato, violant par là toutes les normes juridiques de l’impartialité que les juges doivent démontrer.

 

Au dévoilement de ces conversations, la première réaction de Moro fut de dire qu’il n’avait rien fait d’illégal, reconnaissant par là même la véracité de toutes ces révélations. Quand la réponse générale a impliqué qu’il avait commis de graves violations de la loi, toute la droite s’est alors orientée dans une autre direction : le caractère illégal des écoutes et l’interception des conversations. Quand on s’est enfin rendu compte qu’une grande quantité de l’information interne de l’opération Lava Jato était arrivée à un média, Moro s’est plaint que son cellulaire avait été hacké, comme s’il préparait une justification sur la manière supposément illégale dont avait été obtenue toute l’information.

 

Après que les médias d’information ont amplement diffusé toutes les données, Globo a directement été accusé par le journaliste Glenn Greenwald, qui dirige The Intercept au Brésil, d’avoir directement participé à l’opération Lava Jato. Alors, ce média corporatif a commencé à disqualifier cet organe de presse alternatif, a lancé des attaques très dures contre le journaliste, soulignant le caractère supposément illégal de l’obtention de l’information et signalant que les matériels aient pu avoir été falsifiés.

 

Le pays reste destabilisé, s’attendant à de nouvelles révélations, vu que ceux qui détiennent le matériel —en plus d’en envoyer une copie complète à l’extérieur — annoncent de nouvelles révélations.

 

– Emir Sader, sociologue et scientifique politique brésilien, il est coordinateur du Laboratorio de Políticas Públicas de la Universidad Estadual de Rio de Janeiro (UERJ).

 

Photo : »L’opération Lava Jato a toujours été une farce judiciaire ». Marcelo Camargo/Agência Brasil

Traduit de l’espagnol par J-N. Pappens pour le Journal Notre Amérique