“Le Nicaragua est victime de la politique du deux poids deux mesures”

“Comme partout, les Nicaraguayens veulent l’instruction, des emplois, de bons moyens de transport et de bonnes routes, une économie prospère, la paix et la stabilité.” Témoignage

 

 

Julie Lamin est une enseignante du secondaire engagée en Grande-Bretagne. Pendant les vacances d’été 2017, participant à une délégation d’enseignants organisée par son syndicat, l’Union nationale de l’Éducation (section des enseignants), elle s’est rendue au Nicaragua à l’invitation du syndicat des enseignants nicaraguayens (ANDEN) et du ministère de l’Éducation. Le but de la délégation était de soutenir les enseignants nicaraguayens pour développer le programme d’apprentissage de l’anglais comme deuxième langue.

 

Ayant pu constater directement les immenses progrès réalisés par le Nicaragua dans la vie des jeunes et de leurs familles sur le plan de l’éducation, de la santé et du bien-être dans un des pays les plus sûrs d’Amérique latine, Julie a été choquée et blessée d’entendre parler de la violence qui a commencé à déstabiliser le pays neuf mois plus tard. Ce qui était encore plus blessant, sachant les terribles souffrances qu’enduraient ses camarades enseignants au Nicaragua aux mains de l’« opposition », c’était la position prise par Amnesty International, une organisation que Julie soutenait par un don mensuel régulier et en participant à ses campagnes.

 

 

Qu’est-ce qui a fait changer d’avis Julie ?

 

 

Julie a été choquée qu’Amnesty mène une campagne pour défendre des prisonniers « politiques » alors qu’elle savait que certaines des personnes qu’Amnesty considérait comme des prisonniers politiques étaient aussi celles-là mêmes qui étaient à l’origine des violences que ses amis avaient subies. Elle a immédiatement annulé son prélèvement mensuel pour Amnesty et a augmenté son versement mensuel pour la Campagne de solidarité avec le Nicaragua. Elle a écrit à Amnesty International pour expliquer pourquoi ils se trompaient à propos du Nicaragua. Deux mois plus tard, sa lettre n’avait toujours pas reçu de réponse.

 

Julie a décrit ce qu’elle voyait dans les articles émanant du Nicaragua. « La vie des honnêtes gens était perturbée par les barrages routiers, les « tranques » (barricades) mises en place par les voyous de « l’opposition » dans de nombreuses villes du Nicaragua. Ces gens violents, pour la plupart de jeunes hommes, avaient arraché les pavés (le Nicaragua a plus de routes pavées que la plupart des pays d’Amérique latine) pour construire des barricades empêchant les enfants d’aller à l’école, les adultes d’aller travailler et les camions de livrer de la nourriture dans le pays. »

 

De plus, Julie a un lien personnel avec le Nicaragua : « J’ai comparé le contexte avec ce qui se passait dans mon quartier. Si des gens s’étaient conduits de cette manière dans ma rue, j’aurais appelé la police. »

« C’est là qu’intervient le deux poids deux mesures », commente Julie. « Pendant l’été 2011, lorsqu’il y a eu des émeutes au Royaume-Uni, la police était dans les rues avec des chevaux, des gaz lacrymogènes, des matraques et des boucliers. Par la suite, le système judiciaire a prononcé quelques peines très sévères, envoyant même une femme en prison parce qu’elle avait reçu des shorts volés et deux jeunes hommes pour un message sur Facebook qui ne les verra finalement jamais passer à l’acte. »

« La police nicaraguayenne est différente de la police britannique et très différente de la police dans des pays comme les États-Unis. Je ne pense pas que la police nicaraguayenne soit formée pour contrôler des émeutes comme nos policiers. »

 

Émeutes de 2011 en Angleterre

 

« Non seulement les barrages routiers étaient nuisibles économiquement, mais ils étaient aussi un acte terroriste. Vous ne discuteriez pas avec les voyous qui les contrôlaient, notamment parce que leurs armes avaient l’air assez puissantes. Qui leur a fourni ces armes ? Il s’agissait d’un acte de terrorisme parce qu’elles étaient utilisées pour attaquer les individus mêmes qui étaient les symboles de ce qu’avait réalisé le Nicaragua – des enseignants, des travailleurs de quartier, des travailleurs médicaux, des agents de police – les gens qui consacrent leur vie à bâtir un pays meilleur.

Le Nicaragua a le droit de défendre ses citoyens pacifiques et respectueux de la loi contre ceux qui organisent le terrorisme ou y participent, et s’ils sont en prison en attendant leur procès, c’est le droit légitime du Nicaragua. Dans ma lettre à Amnesty, j’ai souligné que ces personnes suspectes de terrorisme attendaient d’être jugées – elles n’étaient pas encore passées en procès parce que, comme cela se passe dans tout pays où la loi est régulièrement occupée, il faut recueillir des preuves des deux côtés, la défense comme l’accusation. »

 

Pourriez-vous m’en dire plus sur la solidarité avec les enseignants nicaraguayens…

 

Personnellement, j’ai soutenu le Nicaragua depuis 1979, lorsque les Sandinistes ont mis fin à l’affreuse dictature de Somoza et ont commencé à bâtir un pays démocratique avec la participation des masses. J’avais 21 ans !

Je suis allée au Nicaragua en 1987 pendant la guerre des Contras dans le cadre d’une brigade de reforestation ; pendant la dictature de Somoza, l’environnement avait été détruit et le gouvernement sandiniste essayait de restaurer sa richesse naturelle. Y retournant trente ans plus tard, j’ai vu un pays magnifique capable de nourrir sa population…

Pendant les années 1990, j’ai été si occupée par mon métier et ma famille que je n’ai pas pu être active dans le travail de solidarité. Lorsqu’en 2017 mon syndicat a demandé des volontaires pour prendre part à la délégation d’enseignants, j’ai été ravie d’être acceptée.

Notre délégation a travaillé étroitement avec le ministère nicaraguayen de l’Éducation – nous avons trouvé remarquable que ce ministère ait écouté les enseignants et leurs syndicats – pour faire progresser l’enseignement de l’anglais (la langue maternelle des Nicaraguayens de la côte caraïbe est l’anglais, c’est pourquoi le Nicaragua voulait que nous soutenions leur développement de l’anglais).

La délégation de 2017 a été une telle réussite que le syndicat national de l’éducation (sa section enseignants) a recruté une seconde délégation pour 2018. Malheureusement, en raison de la violence au Nicaragua et des conseils du ministère britannique des Affaires étrangères, nous n’avons pas pu partir. J’étais catastrophée !

 

Quel est votre message à vos compatriotes qui ne connaissent rien sur le Nicaragua ?

 

Les pays comme le Nicaragua, Cuba et le Venezuela veulent tout simplement bénéficier des mêmes avantages que les gens dans mon pays. Ils veulent un système de santé gratuit pour que les gens puissent vivre en meilleur santé sans craindre de ne pas avoir les moyens de se faire soigner. Les enfants dans les écoles nicaraguayennes avaient tous l’air en bonne santé et bien nourris. En revanche, il y a beaucoup d’enfants dans ma région de Grande-Bretagne qui n’ont pas l’air en aussi bonne santé et aussi bien nourris.

Comme partout, les Nicaraguayens veulent l’instruction, des emplois, de bons moyens de transport et de bonnes routes, une économie prospère, la paix et la stabilité. C’est exactement ce que le gouvernement sandiniste essaie de leur procurer.

Pourtant, l’ombre qui plane sur leur désir de jouir de ces droits de base est celle des ailes de l’aigle étasunien, dont la trajectoire de vol a été déterminée par la doctrine Monroe d’il y a 200 ans et qui déclarait que l’Amérique latine était son « arrière-cour » légitime.

 

Les critiques avancées par les médias britanniques, y compris la BBC, accusent Daniel Ortega d’être un dictateur…

 

Ils omettent de mentionner qu’il a été élu à une majorité de 72%. Ils ne voient pas les manifestations massives de soutien en sa faveur et pour la paix dans les rues de Managua. Ils oublient de dire comment les voisins ont défendu leurs voisins et leur quartier contre les actes terroristes avec les outils à portée de main – machettes, pelles, bâtons et pierres – contre des bandes de criminels bien armés.

Les Nicaraguayens se sont soulevés contre l’injustice d’une tentative de coup d’État. Si les médias veulent vraiment savoir ce que fait un dictateur, ils devraient parler aux Nicaraguayens, qui leur diront comment le dictateur Somoza traitait ceux qui s’opposaient à lui : il les torturait, les enterrait vivants dans des grottes et les jetait dans des gouffres et des volcans.

Oui, beaucoup de Nicaraguayens ont survécu à cette dictature et c’est pourquoi ils défendent la démocratie pour laquelle ils ont combattu, une démocratie pour laquelle des membres de leur famille et des amis sont morts un jour.

 

Traduit par Diane Gilliard

Source : Journal Notre Amérique