Le Maroc renonce, la France aussi: les Sahraouis sont au sommet

Le cinquième sommet bilatéral entre l’Union européenne et l’Union africaine (29-30 novembre 2017) se déroule à Abidjan, en Côte d’Ivoire. Le sommet, qui réuni les chefs d’État des pays africains et européens, aura pour thème principal l’investissement, la croissance et les opportunités pour les jeunes. Des thèmes prioritaires pour le continent africain, dont plus de 60% de la population a moins de 25 ans. Les autres sujets de discussion sont la paix et la sécurité, la gouvernance (relative à la démocratie, aux droits humains et aux migrations), le développement économique, le climat et le travail. Les priorités accordées, principalement en fonction des attentes européennes, sont les deux suivantes : le flux migratoire des côtes nord-africaines et l’instabilité de nombreuses régions en raison du terrorisme djihadiste et du retour des combattants étrangers.

 

Le sommet devrait reconfirmer tous les programmes de soutien et de coopération dans les zones les plus critiques: le Sahel, la Corne de l’Afrique et le golfe de Guinée.

 

L’Union européenne accordera en particulier le refinancement de toutes les missions de paix – Sahel, Somalie, République centrafricaine – et revendiquera à son tour que les pays de l’Afrique subsaharienne et de l’Afrique du Nord s’engagent à bloquer le flux de migrants vers le continent européen. En d’autres mots, de l’argent en échange d’une limitation des flux migratoires, sans tenir compte des droits humains, du trafic et de la violence contre les migrants dans de nombreux pays.

 

Du côté africain, le sommet d’Abidjan a déjà connu beaucoup de difficultés et de controverses avant même de commencer. Après plus d’un mois de négociations intenses, la République arabe démocratique sahraouie (RASD) participera au sommet en Côte d’Ivoire. La nouvelle, jusqu’à la semaine dernière, n’était pas acquise, en raison du boycott entrepris par le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita.

 

Rabat n’a pas accepté la présence de la RASD (et au sein de la même Union africaine) car il s’agit d’un Etat qui n’est pas formellement reconnu par les Nations Unies. Le ministre français des Affaires étrangères, Le Drian, a soutenu la position marocaine sur l’inconstitutionnalité d’un Etat non reconnu.

 

L’échec de convoquer la RASD avait déclenché la réaction des pays africains qui la soutiennent – l’Algérie, l’Afrique du Sud, le Nigeria et de nombreux pays de l’Afrique australe – et qui ont menacé le boycott du sommet. Seule la médiation de la Haute Représentante pour les Affaires européennes, Federica Mogherini, et du Président de l’Union africaine, Moussa Faki, ont permis d’obtenir la semaine dernière la participation de tous les Etats de l’Union, y compris la RASD.

 

De son côté, Brahim Ghali, secrétaire général du Front Polisario et président de la RASD, a exprimé ses remerciements à l’Union africaine et à Bruxelles, car « cette convergence d’objectifs a pris le dessus sur la manœuvre exercée par le Maroc et ses partisans (France, ndlr) pour exclure du sommet la RASD, un pays fondateur et légalement reconnu par l’Union africaine ».

 

Une victoire politique qui atténue les nombreuses difficultés internes de la RASD. La mission de paix de l’ONU (MINURSO), en dépit de la récente visite du nouvel envoyé spécial, l’allemand Horst Khoeler, semblerait toucher à sa fin (expiration prévue en avril 2018). La politique de Rabat devient chaque jour plus agressive avec des arrestations aveugles d’activistes et de journalistes sahraouis – comme ce fut le cas avec Gdeim Izik – avec les protestations de nombreuses ONG par rapport aux différentes violations de droits humains.

 

En plus de l’impasse politique et de la répression, la RASD fait face au déclin des fonds qui n’arrivent plus à garantir des niveaux décents pour la population dans les camps de réfugiés dans le désert algérien de Tindouf – entre 100.000 et 200.000 personnes –  avec des répercussions importantes en matière d’alimentation et de santé.

Traduit de l’italien par Stefano Mauro

Source : Il Manifesto