Le Journal Notre Amerique 37 : le Nicaragua sous le feu des projecteurs

Comme si c’était un signe prémonitoire, l’actuelle vague de protestations au Nicaragua a été précédée d’un grand incendie : début avril, la réserve naturelle Indio Maiz, au sud du pays, avait perdu 5.000 hectares. Déjà, cet événement avait été instrumentalisé pour faire croire que le gouvernement de Daniel Ortega avait un quelconque intérêt à profiter de ce drame environnemental !

A l’origine de ces soupçons, le refus de l’aide proposée par l’un des pays voisins, le Costa Rica, tandis que le gouvernement avait préféré, pour des raisons techniques, accepter l’aide du Mexique. Et voilà comment la première phase de la diabolisation du président Daniel Ortega a été enclenchée. Puis, suite à une manifestation contre la réforme des pensions, l’engrenage de la propagande massive a été lancé. Le gouvernement nicaraguayen a été désigné coupable, quoi qu’il dise ou fasse. Il y a un air de déjà vu : selon le discours eurocentrique de nos médias, un leader du Sud serait inapte à gouverner selon les valeurs de nos chères “démocraties”.  Mais pourquoi se tireraient-ils systématiquement une balle dans le pied en donnant toujours un prétexte idéal à leurs adversaires ? 

Dès que les médias privés parlent d’Evo, Lula, Correa, Maduro ou Ortega, c’est aux accusés de fournir la preuve de leur innocence. Et pourtant, la même chose n’a jamais été envisagée pour nos dirigeants, qui jouissent d’un traitement de faveur. Quand Bush a décidé d’envahir l’Irak, il lui a suffi de demander à son porte-parole de faire une petite mise en scène aux Nations Unies. Les millions de pacifistes rassemblés dans le monde entier auraient aimé voir l’ensemble des médias se prononcer de façon unanime et déclarer cette guerre illégale. A nous de rester vigilants pour empêcher les suivantes. 

Quant aux secteurs de l’opposition insurrectionnelle au Nicaragua, les jeunes générations ne devraient pas être dupes. S’appeler “la résistance”, créer des simulacres de “guérilla urbaine”, et crier que “la fin de la tyrannie approche” peut être stimulant et romantique pour des jeunes pressés d’écrire une page de l’histoire de leur pays, mais cela ne suffit pas à se rendre légitime auprès du peuple. Le gouvernement du FSLN a été élu démocratiquement à trois reprises. Le chemin parcouru depuis les heures sombres des dictatures latino-américaines des années 1960 et 1970 ne doit donc pas être pris à la légère. Les slogans en faveur de la démocratie sous une forme abstraite et contre la “dictature” révèlent une matrice idéologique dont nous pouvons parfaitement suivre les traces. Suivez l’argent ! 

L’histoire latino-américaine contemporaine a été marquée par des changements de régime qui ont compté sur l’appui inestimable des administrations US, dans le cadre d’une “doctrine de sécurité intérieure” issue de la guerre froide. Lorsque l’administration Trump condamne un pays latino et le punit avec ses sanctions, il n’est jamais question de justice sociale, de lutte contre la corruption ni de défense de la démocratie et la liberté. Pas plus que du droit au développement ni de qualité des services publics. Ce discours humanitaire n’est que la vitrine d’une intervention ouverte ou dissimulée en faveur des intérêts de ses propres multinationales, et cela afin d’empêcher l’émergence d’un monde multipolaire.