L’accord infâmant entre l’UE et Israël va-t-il réellement s’attaquer au changement climatique ?

Ursula von der Leyen, la patronne de la Commission européenne, vient de signer un accord trilatéral de coopération énergétique entre l’UE, l’Égypte et Israël. Elle s’en est prise aux “régimes autoritaires”. Evidemment, elle ne visait pas ses partenaires économiques… (IGA)


 

Les doctorats honoris causa sont parfois décernés à des personnes parmi les moins honorables qui soient.

Cette semaine, l’Université Ben-Gourion, dans le Néguev, a remis cette distinction à Ursula von der Leyen, la patronne de la Commission européenne. Si on se base sur son discours de réception, le seul diplôme que méritait réellement Madame von der Leyen était un « MD » – un master’s in deception, autrement dit une maîtrise en tromperie.

Madame Von der Leyen a eu l’audace de présenter la coopération avec Israël comme un pas vers la « décarbonisation de notre mélange énergétique ».

Le « câble électrique le plus long du monde et le plus bas en mer, qui relie Israël à Chypre et à la Grèce », résultera « au fil du temps » en une « électrification à partir de sources renouvelables », a-t-elle affirmé. Aussi bien le câble qu’un « pipeline transporteur de gaz et d’hydrogène propre » destiné à la Méditerranée orientale ont été, a ajouté Madame von der Leyen, un « grand exemple de démocraties qui s’unissent, non seulement en des temps de conflit, mais surtout pour combattre cet énorme ennemi que nous partageons, et qui n’est autre que le changement climatique ».

Il serait insensé de se fier aux certitudes de Madame von der Leyen.

Les sociétés qui participent aux projets qu’elle a encensés comprennent ExxonMobil, Chevron et Shell. Toutes ces firmes tirent profit des carburants fossiles – la seule cause hyper-importante du réchauffement climatique.

La destruction de l’environnement est en effet un ennemi colossal, pour l’humanité. Mais pourquoi les géants des carburants fossiles auraient-ils envie de le combattre ?

Se libérer ?

Madame von der Leyen a décrit la coopération énergétique avec Israël comme une façon de « nous libérer de notre dépendance des carburants fossiles russes ».

Tout le monde n’est pas aussi enthousiaste. Victoria Nuland, une vétérane du département d’État américain, ne croit pas que le pipeline EastMed permettra à l’Europe de procéder assez rapidement à un remplacement du gaz russe.

Madame Nuland a longtemps été déterminée à garder les bureaucrates de Bruxelles à leur place.

En 2014 déjà, on avait eu vent d’un enregistrement de Madame Nuland disant de façon péremptoire quel était l’avis qui comptait à propos de l’Ukraine. « Au diable l’UE », avait-elle dit à l’époque.

Madame von der Leyen fait montre du genre de déférence exigée par Madame Nuland. Depuis que la Russie a envahi l’Ukraine, la patronne de la Commission européenne à mis l’accent sur son « unité » avec les EU.

En se mettant à plat ventre devant Israël cette semaine, Madame von der Leyen aura certainement fait plaisir à l’administration de Joe Biden. Ses commentaires ont impliqué le genre de duplicité avec laquelle les politiciens américains arrivent à leurs fins depuis bien trop longtemps.

À l’Université Ben-Gourion, elle s’en est prise aux « régimes autoritaires au-delà de nos frontières ». Afin d’éviter tout doute à propos du régime sur lequel elle concentrait ses flèches, Madame von der Leyen a ensuite pointé du doigt la Russie.

Une approche sélective

L’UE et les EU ont une approche sélective des régimes autoritaires. Les régimes autoritaires qui achètent des armes occidentales et qui font de l’œil aux entreprises occidentales sont considérés comme des partenaires appréciés.

Dans le cadre de son périple, Madame von der Leyen a signé un accord trilatéral de coopération énergétique entre l’UE, l’Égypte et Israël.

Sous la férule d’Abdulfattah al-Sisi, l’Égypte est l’incarnation parfaite d’un régime autoritaire. Des milliers de personnes sont aujourd’hui en prison pour avoir exprimé des opinions qu’al-Sisi et ses mentors ne partagent pas.

L’Égypte joue un rôle essentiel dans le blocus de Gaza, elle aussi, mais cela ne semble aucunement avoir figuré à l’agenda de Madame von der Leyen.

Cette semaine, Madame von der Leyen a aussi rendu visite à Mohammed Shtayyeh, de l’Autorité palestinienne, laquelle emprisonne et torture des Palestiniens afin de contenter Israël et l’UE.

Mohammed Shtayyeh a tapoté Madame von der Leyen dans le dos pour l’engagement nominal de l’Europe dans la recherche de la paix et de la justice.

C’était une blague de très mauvais goût.

Au cours de l’année écoulée, l’UE a retenu le financement des hôpitaux palestiniens. Il n’y a rien de juste dans le fait de priver des patients cancéreux de leur traitement.

Bien que Madame von der Leyen ait claironné une décision permettant la reprise du financement, elle n’a jamais dénoncé – du moins publiquement – l’homme qui a bloqué ce financement, le commissaire européen hongrois Olivér Várhelyi. Son silence est inexcusable, compte tenu du fait qu’elle est la patronne de ce même Monsieur Várhelyi et qu’elle aurait pu exercer des pressions considérables sur lui si elle avait désiré le faire.

Avec lâcheté

Les droits palestiniens ont à peine été mentionnés par Madame von der Leyen, cette semaine. La seule exception remarquable a été quand elle a déclaré que l’UE « condamnait avec fermeté » le meurtre de la journaliste Shireen Abu Akleh.

Sur le plan des condamnations, celle-ci était plutôt du genre lâche. Madame von der Leyen n’a pas reconnu qu’il y avait un coupable manifeste, dans cette exécution – l’armée israélienne.

Madame von der Leyen n’a strictement rien dit non plus cette semaine sur la violence de la police israélienne au cours des funérailles de Shireen Abu Akleh.

Madame von der Leyen a qualifié l’agression commandée par Vladimir Poutine de « barbare » et a décrit comme « terrifiante » l’occupation par la Russie de certaines parties de l’Ukraine.

Mais elle n’oserait jamais utiliser des termes aussi forts pour faire allusion à Israël.

Cela dit,toute critique d’Israël émanant de l’UE sonne creux. Les mêmes forces de police qui ont chargé à la matraque les porteurs du cercueil de Shireen Abu Akleh participent aux activités de recherche financées par l’UE.

Dans son discours à l’Université Ben-Gourion, Madame von der Leyen a encensé Israël en le qualifiant de « pionnier mondial de la science et de l’innovation ».

Impatiente d’accueillir favorablement le « pionnier mondial », l’UE accorde des subventions de recherche à l’industrie israélienne de l’armement et même à une société créée par un ancien chef du Mossad, l’agence d’espionnage d’Israël et son bureau des assassinats.

Cette semaine, Madame von der Leyen s’est bien gardée d’attirer l’attention sur les aspects obscurs du partenariat entre l’UE et Israël. Ella a plutôt insisté pour que ce partenariat soit mis à profit, entre autres, pour combattre le changement climatique.

Une fois encore, Madame von der Leyen a oublié nombre de détails importants.

L’Israel Electric Corporation est un participant majeur aux projets énergétiques soutenus par Madame von der Leyen. La même société est activement impliquée dans le vol et la colonisation par Israël de la Cisjordanie.

Si les projets sont menés à bien, l’énergie engendrée dans les colonies qui violent les lois internationales sera importée en Europe.

Il y a quelque chose d’obscène dans le fait de suggérer qu’Israël est enthousiasmé par la résolution des problèmes environnementaux de la planète. Ce genre d’obscénité est exactement ce à quoi nous devrions nous attendre de quelqu’un qui mérite bel et bien sa « maîtrise en tromperie ».

 

David Cronin est l’auteur de plusieurs ouvrages, dont Europe Israël : Une alliance contre-nature (Ed. La Guillotine – 2013) et  Europe’s Alliance With Israel: Aiding the Occupation (Pluto Press, 2011 – L’Alliance de l’Europe avec Israël contribue à l’occupation). Il a participé à la rédaction du rapport “The israeli lobby and the European Union”. 
Son dernier livre est : Balfour’s Shadow: A Century of British Support for Zionism and Israel (Pluto Press – Londres 2017). Il a écrit de nombreux articles pour de nombreuses publications, dont The Guardian, The Wall Street Journal Europe, European Voice, the Inter Press Service, The Irish Times and The Sunday Tribune. En tant qu’activiste politique, il a tenté d’appliquer un état d’ “arrestation citoyenne” à Tony Blair et Avigdor Lieberman pour crimes contre l’humanité. 

 

Source originale: The Electronic Intifada

Traduit de l’anglais par Jean-Marie Flémal pour Charleroi pour la Palestine

Photo: capture d’écran vidéo Twitter

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