La vraie menace pour les États-Unis, c’est la pauvreté

Les grands médias américains ne cessent de célébrer la force supposée de l’économie américaine. Presque quotidiennement, les gros titres parlent de chiffres encourageants, de croissance durable, de tendances positives et de gains ininterrompus. La réalité sur le terrain, cependant, nous dit quelque chose de totalement différent, et qui soulève des questions : les Américains sont-ils mystifiés ? Et dans quel but ?

“L’économie américaine a progressé de 1,7 % au quatrième trimestre, couronnant une année solide”, a rapporté le New York Times. “L’économie américaine a progressé de 5,7 % en 2021, soit la croissance annuelle la plus rapide”, a renchéri le Washington Post. Reuters, Voice of America, The Financial Times, CNN, Market Watch et bien d’autres ont abondé dans le même sens. Mais si tel est le cas, pourquoi la cote de popularité du président américain Joe Biden n’a-t-elle jamais été aussi basse ? Et pourquoi de nombreux Américains ont-ils littéralement faim ?

Dans un sondage d’opinion national réalisé par Reuters/Ipsos et publié le 3 février, seuls 41% des adultes américains approuvent les performances de Biden dans l’exercice de ses fonctions. Un pourcentage impressionnant de 56% les désapprouvait. Ces chiffres n’ont pas été un surprise totale, car la trajectoire descendante de la présidence de Biden s’est dessinée peu après son arrivée à la Maison Blanche, il y a plus d’un an.

La vérité, c’est que Biden n’était pas le premier choix des démocrates comme candidat à la présidence. À en juger par divers sondages d’opinion et les premiers résultats des primaires démocrates de 2020, c’est Bernie Sanders qui représentait l’espoir démocrate d’un changement réel et substantiel. La politique du parti, l’insistance des médias libéraux sur le fait que Sanders n’était pas “éligible” et la peur d’un second mandat de Trump ont poussé Biden à franchir les rangs des candidats pour être présenté comme le seul espoir de “salut de l’Amérique”.

Alors que les républicains restent attachés à l’héritage de Donald Trump et sont encore largement unis politiquement et idéologiquement, les démocrates sont de moins en moins confiants dans leur leadership et sans certitude quant à l’avenir de leur démocratie, de leur gouvernance et de leur économie. Bien sûr, ils n’ont rien à se reprocher en ayant de telles opinions.

Alors que les dirigeants démocrates continuent d’être obsédés par leur peur de Trump, et que les médias libéraux insistent sur le fait que l’économie américaine est aussi saine qu’elle peut l’être, l’Américain moyen continue de lutter contre la pauvreté qui ne cesse de s’étendre, l’inflation et le manque de perspectives d’avenir.

Voici quelques chiffres qui donnent à réfléchir : 56 % des Américains ne sont pas en mesure de dégager de leur épargne disponible un maigre montant de 1000 dollars pour les dépenses d’urgence, rapporte CNBC ; 1 adulte américain sur 10 a souffert de la faim en décembre dernier en raison de la pauvreté, rapporte Forbes.com ; le centre de l’université Columbia sur la pauvreté et la politique sociale, a révélé que le taux de pauvreté des enfants aux États-Unis s’élève à 17%, “l’un des plus élevés parmi les pays développés”.

Si l’on étudie les travailleurs américains séparément de la population générale, les chiffres sont encore plus sombres : trois quarts des travailleurs américains ont déclaré qu’il était “très ou assez difficile de joindre les deux bouts”, selon une étude menée par Shift Project et rapportée par NBC News online. 40% des travailleurs interrogés ont déclaré qu’ils n’étaient pas en mesure de trouver 400 dollars d’argent de secours. Mais le plus choquant de tous, selon la même étude, est que “environ 20% ont déclaré avoir souffert de la faim parce qu’ils ne pouvaient pas se permettre de manger suffisamment”.

En dehors des aides gouvernementales occasionnelles, qui ont été accordées par les administrations Trump et Biden, peu de choses ont été faites en termes de changements structurels de l’économie américaine qui garantiraient une plus grande égalité entre tous les secteurs de la société. Au lieu de cela, les priorités de l’administration semblent être allouées à tout autre chose.

Dans Politico, David Siders décrit le discours politique actuel dans les cercles du parti démocrate, où “les démocrates perdent la tête pour 2024”. Étant donné que la cote de popularité du président démocrate est “lamentable”, les démocrates craignent le retour de Trump. “Tout le monde ne peut parler que de Trump – les donateurs, les politiques, les initiés du parti, les médias”, a déclaré Siders citant un conseiller démocrate. Le même conseiller a décrit “un cycle bizarre” où la “conversation revient sans cesse à Trump”.

Qu’elle soit consciente ou non de cette obsession, l’administration Biden semble fonctionner entièrement selon une stratégie politique qui consiste à ternir l’image de Trump et ses partisans, à revenir encore et encore, sur l’histoire de l’insurrection du 6 janvier, à espérer une scission entre Républicains ou tout autre miracle qui renforcerait leurs chances de conserver leur majorité au Congrès lors des prochaines élections de mi-mandat en novembre.

Ce faisant, les dirigeants démocrates ne semblent pas tenir compte de la dure réalité sur le terrain, où les prix des denrées alimentaires montent en flèche et où l’inflation a atteint des niveaux insupportables. Selon de nouvelles données, publiées le 10 février par le Bureau of Labor Statistics, l’indice des prix à la consommation (IPC) américain a augmenté de 7,5 % en janvier par rapport au même mois de l’année précédente, ce qui en fait le “rythme annuel le plus rapide depuis 1982”, rapporte le Financial Times.

Pour éviter de fournir de véritables réponses aux questions difficiles sur le bien-être de millions d’Américains, sur la fonction réelle de leurs institutions démocratiques et sur la corruption existante au sein du système politique américain – indépendamment de qui contrôle le Congrès ou réside à la Maison Blanche – les démocrates et leurs médias blâment leurs rivaux républicains ou créent des distractions en matière de politique étrangère.

Ils continuent de parler de la “menace chinoise” et de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, alors que la véritable menace est celle des politiciens hors-sol qui amassent des richesses, se battent pour le pouvoir et le prestige pendant que leurs compatriotes continuent d’avoir faim.

 

Source originale: Le blog de Ramzy Baroud

Traduit de l’anglais par Chronique de Palestine