La fin de l’Union soviétique: l’importance de la paix

L’Union Soviétique a disparu il y a 30 ans, en décembre 1991. Loin des discours haineux et violents qui dominent malheureusement dans notre espace médiatique, autant sur l’Union Soviétique d’hier que sur la Russie d’aujourd’hui, et si on analysait cette disparition plutôt sous l’angle de l’aspiration à la paix ?

 

On lit toutes sortes de théories sur la fin de l’Union Soviétique, notamment que ce pays aurait disparu essentiellement soit pour des raisons idéologiques (« le communisme c’est mal »), soit du fait du nationalisme, soit du manque de « démocratie » (le plus souvent sans définir ce que c’est), soit pour finir, du fait de ses dirigeants. Souvent, on oublie que l’Union Soviétique, de 1917 à 1991, n’a jamais vraiment connu la paix. Car ce pays était bien en guerre jusqu’en 1991, et la « guerre froide », revendiquée en 1947 par le président des USA de l’époque, Harry Truman, était bien une guerre… gagnée par les Etats-Unis. C’est ce que déclara d’ailleurs le président US Georges Bush (père), en janvier 1992, dans son discours sur l’état de l’Union : « Grâce à Dieu, l’Amérique a gagné la guerre froide ». L’Union Soviétique n’a donc pas « éclaté » ou « chuté », elle a été défaite. Surtout, elle a perdu la bataille de la paix, qui est un combat non pas militaire mais social, politique et économique.

Le choix de la paix par les Soviétiques leur valut la guerre

La paix est une question essentielle pour l’Humanité. La paix c’est la « sécurité humaine », pouvoir vivre sa vie dans les meilleures conditions possibles : sociales, économiques et politiques. En 1917, les Bolcheviks russes, à l’origine du mouvement communiste, de toutes les factions politiques européennes, étaient les plus résolus à mettre fin à la Première Guerre Mondiale, qui avait conduit, sous la direction des impérialistes européens (dont la IIIe République alors « Empire colonial français »), à des millions de morts. Ce fut d’ailleurs la première décision politique qu’ils prirent après la Révolution : « le décret sur la paix » : « une paix immédiate, sans annexion et sans contribution de guerre ». Cela leur valut l’hostilité de ces mêmes fauteurs de guerre : dès le milieu de l’année 1918, une coalition de 14 Etats (dont la France, la Grande-Bretagne, les USA, le Japon…) envoya des centaines de milliers de soldats envahir la Russie soviétique et financèrent les armées des contre-révolutionnaires. Bilan de cette guerre : 7 millions de morts, 60 milliards de dollars de pertes matérielles. Lors de la Deuxième Guerre Mondiale, la croisade des nazis contre le « judéo-bolchévisme » poursuivit cette première agression, fit 23 millions de morts et 200 milliards de dollars de pertes. Mais cette « guerre sainte » de l’Europe occidentale nazie échoua et l’Armée Rouge entra dans Berlin.

La militarisation des Soviétiques, une des causes de leur défaite

Malgré sa victoire militaire en Europe, en 1945, l’Union Soviétique était donc à terre. Mais la guerre s’est poursuivie sous forme de « guerre froide », après la destruction par les USA des villes japonaises d’Hiroshima et de Nagasaki, et son demi-million de morts directes et indirectes, instaurant la menace nucléaire. En réponse, les soviétiques sont allés jusqu’à dédier 25% de leurs ressources économiques, et jusqu’à la moitié de leurs scientifiques et de leurs ingénieurs, au militaire. Cette militarisation fut décisive dans la défaite soviétique de 1991. C’est ainsi que fut perdue la bataille de la paix : la société soviétique, tournée vers la guerre, l’économie nuisible, s’est bureaucratisée. Une « seconde économie », maffieuse, tentaculaire (qu’évoquent les universitaires états-uniens Roger Keeran et Thomas Kenny, dans leur ouvrage de référence : « le socialisme trahi », traduit en français aux éditions Delga) s’est développée en parallèle de l’économie légale. La faiblesse des investissements dans la paix (biens de consommation, éducation, culture, santé), malgré des réalisations notables, a conduit à des manques et des mécontentements populaires. La capitulation politique de Gorbatchev en 1991 ne fut que le coup de grâce à toutes ces dérives.

La disparition de l’Union Soviétique n’apporta pas la paix

Mais la disparition de l’URSS n’apporta pas non plus la sécurité humaine ; au contraire, ce fut une catastrophe. En Russie, durant les années 1990, le Produit Intérieur Brut a été diminué de moitié, l’espérance de vie masculine a baissé de 11 ans et on a enregistré un « excédent de décès » de 3 millions de personnes. Le peuple russe s’est fait dépouiller de ses biens communs, à hauteur de 1000 milliards de dollars, qui sont passés dans les poches de quelques milliardaires. Au niveau international, ni la défaite de l’URSS, ni l’hégémonie militaire des USA, n’ont pas amené la paix, au contraire, mais de nouvelles guerres en Irak, en Yougoslavie, en Afghanistan, en Lybie, en Syrie, au Mali… et l’augmentation des dépenses militaires mondiales qui dépassent en 2020 les 2000 milliards de dollars ! Nos ressources sont dilapidées en vain alors que l’Humanité affronte le plus grand défi de son histoire : une catastrophe écologique inédite qui menace les bases mêmes de la vie humaine sur terre !

La paix, le seul chemin possible pour l’Humanité

Il est difficile de tirer des leçons de l’histoire. Néanmoins, ce que nous a appris l’Union Soviétique en termes pacifistes, c’est qu’on ne construit pas la paix par le militaire : elle se construit bien dans le dialogue, le désarmement, le développement et le partage des richesses, au niveau mondial, de toute l’Humanité, afin d’assurer à chaque être humain cette sécurité humaine qui nous manque toujours autant. Ainsi, au lieu de l’aggravation des tensions entre l’OTAN et la Russie, les pacifistes appellent à une réédition des discussions d’Helsinki, auxquelles participa activement l’URSS, jusqu’à son Acte Final en 1975.

 

 

Toutes les références des informations de cet article se trouvent dans le livre : « OSEZ LA PAIX », p91-95, publié par LE TEMPS DES CERISES et disponible ICI.