Israël supplie le monde de continuer à payer ses factures de l’occupation

Israël demande que le monde continue de faire fonction d’ONG privée de l’Autorité palestinienne – autrement dit, que les contribuables américains, européens et japonais continuent de financer l’occupation.


 

Un peu plus tôt, en ce mois de novembre, les complices d’Israël se sont rencontrés en Europe pour discuter de l’aide à l’Autorité palestinienne.

La réunion propose une leçon sur la façon dont des États tiers utilisent l’aide afin de soulager Israël de ses obligations vis-à-vis des lois internationales et de prolonger et exacerber l’état actuel d’injustice extrême qui règne en Palestine.

Des déclarations faites par des États tiers à propos de la conférence des donateurs prouvent une acceptation totale de l’occupation militaire perpétuelle telle qu’elle a été redéfinie par le nouveau gouvernement israélien, ainsi que de l’annexion de facto de la terre palestinienne.

Cette approche a été clairement articulée cette semaine par Ayelet Shaked, la ministre israélienne de l’Intérieur qui, un jour, avait honteusement facilité un appel à l’extermination des mères palestiniennes sous prétexte que celles-ci « donnent naissance à de petits serpents ».

« Il n’y a pas de véritable solution au conflit israélo-palestinien », a dit Shaked à The Hill. « Nous devrions gérer le conflit, pas le résoudre. »

Ce que Shaked voulait dire, comme l’a expliqué l’analyste Josh Ruebner, c’est que « Israël devrait appliquer en permanence un pouvoir d’apartheid sur les Palestiniens ».

 

Le ministre norvégien des Affaires étrangères a apparemment appuyé ce point de vue en proposant qu’on rende l’occupation israélienne légèrement moins pesante pour les Palestiniens plutôt que d’y mettre un terme carrément.

La Norvège préside les réunions de l’Ad Hoc Liaison Committee (AHLC – Comité de liaison spécial) qui voient des États tiers négocier l’aide à l’Autorité Palestinienne avec la participation de responsables israéliens. La dernière réunion de l’AHLC a eu lieu le 17 novembre.

L’objectif déclaré du comité « est de développer la fondation institutionnelle et économique d’un État palestinien en s’appuyant sur une solution négociée à deux États ».

Mais le gouvernement israélien – actuellement dirigé par le collègue et dirigeant du parti Yamina de Shaked, Naftali Bennett – rejette candidement l’instauration d’un État palestinien sans conséquences de la part de ses amis internationaux.

 

Deux poids, deux mesures

Les deux poids, deux mesures sont ahurissants.

Alors qu’ils prennent chaleureusement parti pour les criminels de guerre israéliens qui rejettent la paix, les hauts responsables des États-Unis, des Nations unies et de l’Union européenne traitent le Hamas à Gaza comme un paria pour son rejet par principe de la reddition à Israël prônée par Oslo.

Pour cette position où ils affirment leurs droits, les Palestiniens de Gaza ont subi un blocus économique israélien de plus de quinze ans qu’ils ont payé de leurs vies et de leurs moyens de subsistance.

L’ONU, l’UE et la Banque mondiale ont donné leur accord au siège cruel appliqué par les Israéliens en déclarant fallacieusement qu’il s’imposait « en raison de préoccupations sécuritaires » plutôt que comme une forme de guerre de changement de régime.

Dans son rapport à l’AHLC ce mois-ci, l’UNSCO, une mission des Nations unies qui représente le secrétaire général, reconnaît que le Hamas a consolidé son pouvoir et accru ses capacités militaires, malgré le siège israélien contre Gaza.

Une fois pour toutes, le blocus de Gaza est un crime de guerre par punition collective et un échec politique pour ceux qui soutiennent les ambitions de changement de régime d’Israël dans le territoire.

Mais, au lieu de réclamer sans équivoque une levée immédiate du blocus, l’UNSCO invite instamment les Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza à s’unir « sous une seule et même structure de gouvernance » – une structure qui, présume-t-on, ne défiera pas Israël.

On en demande beaucoup à ces Palestiniens qui vivent sous la botte de l’occupation militaire, mais on ne réclame pour ainsi dire rien de la part de leur oppresseur.

Tel-Aviv ose même « supplier la communauté internationale » pour qu’elle fasse des donations à l’Autorité palestinienne, a récemment déclaré Akiva Eldar, un auteur qui écrit dans le journal israélien Haaretz.

Tout en déclarant ouvertement qu’il ne prévoit pas de retourner à la table des négociations, ajoutait Eldar, Israël 

« demande néanmoins que le monde continue de faire fonction d’ONG privée de l’Autorité palestinienne – autrement dit, que les contribuables américains, européens et japonais continuent de financer l’occupation ».

 

Soulager Israël de ses responsabilités

L’aide à l’Autorité palestinienne – qui, sur papier, est censée servir de corps intérimaire vers la création d’un État palestinien mais, en réalité, sert avant tout de bras policier de l’occupation israélienne – soulage Israël de ses responsabilités financières envers les Palestiniens vivant sous son occupation.

Les fonds utilisés avant la signature des accords d’Oslo dans les années 1990 et destinés à procurer un bien-être élémentaire aux Palestiniens vivant sous occupation sont à la disposition d’Israël pour alimenter la mise en place de ses colonies en Cisjordanie, et ce, en violation des lois internationales.

Selon Eldar, les dépenses d’Israël pour ses colonies « ont été multipliées par quatre » dans les années qui ont suivi la création de l’AHLC.

Zvi Bar’el, un autre commentateur de Haaretzécrit que « l’on pourrait prétendre que chaque dollar donné aux Palestiniens a libéré un dollar israélien à investir dans les colonies ».

Et c’est ainsi qu’Israël a approuvé les plans de construction de plus de 3 000 nouveaux logements dans les colonies de Cisjordanie, et ce, quinze jours avant la conférence de l’AHCL.

N’empêche, les mêmes parties qui microgèrent l’aide à l’Autorité palestinienne n’imposent toujours pas de conditions à Israël, qui continue de profiter d’un siège à la table de la conférence des donateurs internationaux.

 

Source originale: The Electronic Intifada
Traduit de l’anglais par Jean-Marie Flémal, Charleroi pour la Palestine
Photo : Oren Ziv / ActiveStills