En tournée dans l’Hexagone, Fadwa Barghouti s’est arrêtée à « Grenay, la Rouge »…

Attachée à l’internationalisme prolétarien des origines du Parti communiste français, la municipalité de Grenay, recevait, ce samedi 16 mars, Fadwa Barghouti, la compagne de Marwan Barghouti, le « Mandela palestinien » détenu par Israël depuis 2002 (1), et « citoyen d’honneur » de Grenay depuis 2017.

 

Fadwa Barghouti s’est posée, le temps d’une après-midi, à « Grenay la Rouge », au cœur du Bassin minier du Pas-de-Calais. Une étape obligée d’une tournée qui l’a conduite « en France et en… Corse », souligne, l’œil plein de malice, Jacques Bourgoin, maire honoraire (PCF) de Gennevilliers, présent à ses côtés. Cette commune de la banlieue parisienne appartient au « réseau des villes pour la libération de Marwan Barghouti ». Celui-ci regroupe une trentaine de collectivités locales qui ont fait de ce combattant palestinien, un « citoyen d’honneur. » Tout comme Grenay en 2017.

 

 

Un procès politique

 

 

« Nous payons très cher pour obtenir notre liberté. Beaucoup de sang et de larmes ont déjà coulé. Depuis le début de notre combat, des milliers de martyrs sont tombés. Il y a eu des destructions économiques, des confiscations de terres. Nous n’avons d’autres choix que de poursuivre ce combat », souligne d’emblée Fadwa Barghouti qui remercie ses hôtes tant leur « soutien est important. Grâce à vous, nous ne nous sentons pas abandonnés ». Puis de rappeler que « depuis 1967, un million de Palestiniens sont passés par la case prison, soit un quart de la population ! Aujourd’hui, le gouvernement d’occupation détient toujours 6 500 prisonniers palestiniens dont 300 enfants. 350 militants demeurent en détention administrative, sans procès ! ».

Parmi ces détenus de l’État israélien : son mari Marwan Barghouti. Il entamera en 2019 sa 17e année de détention. « Le procès de Marwan, c’était le procès de l’Intifada. Un procès politique. Ils ont voulu faire un exemple. Marwan n’a jamais reconnu la légitimité de ce tribunal israélien. De ce procès, il a cependant fait une tribune. Depuis, du fond de sa prison, il a mené de front des études universitaires et son combat pour la démocratie, la liberté et le droit des femmes. Il se dit prêt à sacrifier sa liberté pour que son peuple soit libre. En dépit des souffrances et des privations, si la possibilité est offerte à nos deux peuples de vivre côte à côte, il est prêt à signer », poursuit-elle. Et Fadwa de souligner que son compagnon « demeure l’une des personnalités politiques les plus populaires en Palestine. En 2006, il a été réélu au conseil consultatif palestinien (le Parlement) alors qu’il était en prison ». En 2009 et 2016, il a été le dirigeant « le mieux élu du comité central du Fatah », l’organisation dont est aussi membre Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité palestinienne.

 

 

 

Les « salutations » de Georges Ibrahim Abdallah

 

 

Des applaudissements nourris ponctuent son intervention. Dans l’assistance : des jeunes d’Avion, une ville voisine dont Marwan Barghouti est également « citoyen d’honneur ». Anthony Sardo de la Jeunesse communiste a séjourné en Cisjordanie. Il a été confronté aux injustices permanentes dont font l’objet les Palestiniens. Les check-points qui entravent – régulièrement – leur liberté de mouvement, l’ont particulièrement marqué. De ce séjour en Orient, lui et ses potes sont cependant revenus gonflés à bloc bien décidés à multiplier les initiatives de solidarité…

La solidarité avec la Palestine, Stéphane Hardy connaît bien. Depuis un demi-siècle, il soutient la résistance de ce peuple « sous toutes ses formes ». A maintes reprises, il a battu le pavé aux côtés de ses « amis de l’Union juive française pour la paix (UJFP) ». Ardent partisan de la campagne « Boycott, désinvestissement, sanctions » (BDS), cet animateur du Collectif de soutien à la résistance palestinienne (CSRP) basé à Lille, ne peut alors s’empêcher de dénoncer l’odieux amalgame « antisionisme/antisémitisme ».

Il rappelle surtout le combat mené, ici dans le Nord-Pas-de-Calais, pour la libération de Georges Ibrahim Abdallah. Détenu en France depuis 1984, le partisan communiste libanais « a lui aussi été fait « citoyen d’honneur » par la municipalité de Grenay, en 2012 à l’initiative du comité « Libérez-les ! » (59 – 62) ». Puis Stéphane Hardy de transmettre à Fadwa Barghouti les « salutations de Georges auquel l’une de nos camarades a rendu visite, ce matin même, dans sa prison de Lannemezan dans les Hautes-Pyrénées ».

Il revient également sur la situation d’Ahmad Sa’adat, le secrétaire général du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), « enlevé par les forces d’occupation en 2006 », puis condamné à 30 ans de prison par un tribunal militaire israélien, « après avoir été préalablement arrêté par les autorités palestiniennes, il faut le dire ».

 

 

Deux peuples, deux Etats

 

 

Quant à Christian Champiré, maire de Grenay, il s’inquiète de l’attitude de ceux qui soutiennent les exactions du gouvernement de Benyamin Netanyahou, le Premier ministre de l’Etat hébreu : « Ceux qui ne lui rappellent par ses devoirs, rendent un bien mauvais service à Israël. » Indubitablement, les crimes de Tsahal nourrissent l’antisémitisme. Et le premier magistrat d’insister : « Pour faire la paix, il faut être deux. C’est pour cette raison que nous exposons les deux drapeaux – israélien et palestinien – sur le fronton de la mairie. »

La Ville a ainsi fait « de Marwan Barghouti un citoyen d’honneur parce qu’il incarne, l’exemple d’un responsable capable de concevoir malgré tout, la possibilité pour deux peuples de vivre côte à côte comme l’ont appris les habitants de l’Afrique du Sud grâce à Nelson Mandela. Symbole de paix et de dialogue, Marwan soutient le principe de deux états sur une même terre. Il a appelé à lutter contre l’armée d’occupation israélienne mais n’a jamais soutenu la mort de civils », soulignait, en 2017, Christian Champiré dans Regard, le magazine municipal.

 

 

 

Un appel à la jeunesse

 

 

Invitée à conclure ces échanges, Fadwa Barghouti se félicite de la « présence de jeunes dans cette salle. Un jour, vous verrez la Palestine libre et vous aurez une pensée pour les anciens ». Dans la foulée, elle propose à l’assistance de multiplier les échanges épistolaires avec les familles de prisonniers. Adjointe aux Affaires scolaires à Grenay, Christelle Buissette acquiesce.

En juillet dernier, elle avait piloté la réception à Grenay de six jeunes palestiniens âgés de 10 à 13 ans. « Ils avaient participé aux activités du centre de loisirs. L’expérience sera renouvelée cette année », précise-t-elle. Désormais, son ambition serait de créer « un partenariat avec les familles, d’échanger pour avoir des nouvelles et savoir comment la situation évolue là-bas ».

Le lendemain, Fadwa Barghouti reprenait l’avion pour la Palestine via la Jordanie, avec l’espoir de pouvoir de nouveau rendre visite à son mari. Une opportunité qui lui a été interdite ces deux dernières années ! Cette sanction pourrait être levée fin mars. Tous envisagent désormais de faire du 17 avril, décrétée Journée internationale de solidarité avec les prisonniers politiques, un temps fort de mobilisation.

 

 

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Marwan Barghouti, 59 ans, a été arrêté en 2002, alors qu’il est député, suite à la deuxième Intifada. En 2004, il est condamné à des peines de réclusions à perpétuité. Né près de Ramallah, il est l’un des fondateurs à 15 ans du mouvement des jeunes du Fatah, le mouvement de libération créé par Yasser Arafat. Arrêté à plusieurs reprises dès l’âge de 18 ans par l’armée israélienne, il a pris part à la première intifada (1987) appelant le peuple palestinien à un soulèvement de masse contre l’occupation de son pays.

                           

 

Journaliste à Liberté Hebdo, Kmieciak est l’auteur de l’ouvrage « Pologne, liberté j’écris ton nom » et spécialiste de l’histoire ouvrière franco-polonaise dans les Hauts-de-France.

 

Source : Investig’Action