“Diaboliser Robespierre, c’est une manière de dire que la seule révolution possible, c’est celle de Macron”

L’association Les Amis de Robespierre pour le bicentenaire de la Révolution (ARBR) souffle ses trente bougies ! Au menu des réjouissances : un colloque et la projection d’un documentaire autour du célèbre avocat d’Arras. Les explications d’Alcide Carton, son président.


 

Dans quelles circonstances est née votre association ?

 

Elle a été créée à Arras en 1987 à l’initiative notamment de Christian Lescureux. Dans ses rangs figuraient alors l’avocat Fernand Bleitrach, le député du Pas-de-Calais Rémy Auchedé, Marcel Roger, conseiller municipal à Arras, mais aussi des historiens et des passionnés d’histoire.

Placée sous l’égide de Michel Vovelle, directeur de l’institut d’histoire de la Révolution à la Sorbonne, en charge de la coordination scientifique du bicentenaire de la Révolution française, sa fondation est intervenue à une époque où, en France, dominait l’école de François Furet, contestant la tradition jacobine…

On voulait bien célébrer la Révolution mais en s’arrêtant à 1791. Exit l’œuvre des grands révolutionnaires comme Robespierre, Danton ou Marat… Pour Furet et ses acolytes, Robespierre était un terroriste, un assassin, un guillotineur. Ils l’assimilaient aux communistes, à l’URSS, à la Corée du Nord et bien sûr à Staline, le « sommet de la terreur » !

L’association est donc née non seulement pour soutenir l’action de Michel Vovelle qui défendait l’idée que la Révolution constituait un bloc qu’on ne pouvait séparer en morceaux, mais aussi pour contrer la « légende noire » de Robespierre bien ancrée dans l’opinion publique. Et enfin pour réagir face aux amalgames.

Ces images perdurent comme le montre un récent article du Point. L’idée sous-jacente est qu’il faille renoncer à la perspective révolutionnaire, aux changements profonds, que la seule révolution possible, c’est celle de Macron…

 

Caricature “Robespierre cuisinier ou la marmite épuratoire”

 

Quel bilan tirez-vous de ces trente ans d’exercice ?

 

Nous avons édité une centaine de bulletins et organisé trois au quatre conférences par an. Aujourd’hui, l’association compte 370 adhérents dont une centaine originaire des Hauts-de-France et 70 de l’étranger.

A partir de 2012, nous avons intensifié notre difficile combat auprès de la mairie d’Arras afin que la maison où vécut Robespierre (où il vécut avec sa sœur Charlotte de 1787 jusqu’en 1789 et son départ pour les Etats généraux à Versailles) devienne un centre historique dédié à l’avocat arrageois et à la Révolution française.

Une revendication vieille de trente ans. Via une pétition, 7 000 personnes ont soutenu notre démarche, dont un prix Nobel américain de physique ! Frédéric Leturque, le maire de centre-droit, y a été sensible et le conseil municipal s’est finalement rangé à cette proposition en décembre 2016. Propriété de la Ville, elle était louée depuis 1997 aux Compagnons du Devoir.

Les touristes exprimaient souvent leur déception, voire leur colère, d’y trouver, lors de leur passage, si peu d’évocation du célèbre personnage. Désormais, cette demeure du XVIIIe siècle (9, rue Maximilien-Robespierre à Arras) est ouverte au public le vendredi, le samedi et le dimanche de 15 à 18h.

Comment expliquez-vous ce revirement ?

 

La recherche universitaire a évolué. Elle s’est mondialisée. Des historiens se sont penchés sur le sujet, sans a priori politiciens. Le maire a aussi trouvé que ce personnage était un atout pour sa ville, autant historique que touristique. Même s’il est controversé, Robespierre demeure un « enfant d’Arras » au même titre que Guy Mollet ou Vidocq…

 

De quelle façon allez-vous célébrer ce trentième anniversaire ?

 

A travers un colloque* qui se déroulera les vendredi 23 et samedi 24 novembre 2017 au Centre Mercure, rue Carnot, à Arras ; l’université d’Artois pourtant sollicitée ne semblant pas intéressée par notre initiative.

La thématique ? Comment les révolutionnaires et Robespierre ont inventé la République d’aujourd’hui ou du moins ce qui en reste… On va surtout s’intéresser à la façon dont ils ont imposé les prémices de la République.

A titre d’exemple, le Code civil n’est pas né tout seul ; ce sont les révolutionnaires qui l’ont imaginé. Napoléon n’a fait que reprendre la plupart de leurs idées. Lors de ce colloque introduit par Claude Mazauric, une quinzaine de chercheurs exposeront leurs travaux…

 

 

D’autres temps forts sont-ils programmés ?

 

Effectivement. Un documentaire sera projeté le vendredi à 20h… Il a été réalisé par APIA (Association de production audiovisuelle), une association arrageoise composée de jeunes passionnés du septième art.

Le film raconte l’excursion, à Arras, d’une classe de lycéens un peu turbulents sur les pas de Robespierre. Ils y découvrent différents aspects de ses engagements professionnels et publics.

A travers des échanges avec le président de l’ARBR notamment, mais aussi des extraits de ses discours et plaidoiries, les lycéens se confrontent à la pensée du Robespierre d’avant son départ pour les états généraux de 1989…

 

En quoi justement ses prises de position vous paraissent d’actualité ?

 

Jusqu’au bout, Robespierre est resté attaché à l’article 1 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, qui précise que « les hommes naissent et demeurent égaux en droits ». Rien à voir avec une égalité formelle.

Robespierre défend l’idée qu’il n’y a pas de droits, ni de liberté, sans l’égalité, sans le droit à la subsistance. Il a défendu les idées de Paix et de République sociale où l’égalité ne soit pas un vain mot. Si ce n’est pas moderne ça, je n’ai plus qu’à aller faire du vélo !

 

Tout a-t-il été écrit ou dit sur Robespierre ?

 

Non, des chercheurs nous questionnent encore souvent sur sa vie d’avocat, son enfance. Il reste des champs d’études, en matière d’histoire rurale notamment, largement inexplorés, des choses à mettre en lumière non seulement autour de Robespierre mais de la Révolution en général. Il faut interroger par exemple l’adhésion du peuple à la Révolution ?

Pourquoi tel château a-t-il été brûlé et tel autre épargné ? Pourquoi tel maire a-t-il décidé, dans le cadre de la conscription, d’envoyer son fils combattre l’envahisseur ?

 

 

*Les inscriptions (10 euros, gratuit pour les étudiants et les chômeurs) sont d’ores et déjà possibles en ligne : http://amis-robespierre.org/COLLOQUE-Revolution-Robespierre-287.

Renseignements auprès d’ Alcide Carton au 06.81.72.82.66.

 


Biographie express de Maximilien Robespierre (1758 – 1794) dit l’Incorruptible

 

Mai 1758 : naissance à Arras

Dès 1781 : avocat au conseil d’Artois

Avril 1789 : élu député du Tiers Etat d’Artois

Août 1792 : élu premier député de Paris à la Convention. Il est le chef de file des Montagnards

Juillet 1793 : il est appelé au gouvernement et mobilise les énergies pour gagner une guerre qu’il n’a pas voulue

Juillet 1794 : victime d’un complot, il est exécuté sans procès

 

Source: Investig’Action